Yann Von Arnim, 49 ans, se sent mieux dans les profondeurs de
l'océan que sur terre. Il partage son temps entre l'archéologie
sous-marine, la biologie sous-marine et l'aquaculture. Ce passionné
du grand bleu a plusieurs cordes à son ancre
C'est dans sa résidence secondaire à Mahébourg
que Yann Von Arnim nous accueille. Située en face de la
mer, avec une vue magnifique sur l'île aux Aigrettes, l'île
au Phare, ainsi que l'endroit où s'est déroulée
la bataille navale de Grand-Port. Un vrai havre de paix qui sert
plutôt de bureau à celui qui a l'air de baigner dans
son élément. Son accent cache maladroitement ses
origines. Yann Von Arnim vit à Maurice depuis 1977, mais
est né en Allemagne. Il atterrit sur notre île lorsque
sa mère se remarie avec un Mauricien.
Aquaculture.
Étudiant la biologie marine à Maurice puis l'océanographie
à l'étranger, il ne travaillera cependant pas véritablement
dans ce domaine. Son premier boulot l'amène à se
tourner vers l'aquaculture. "J'ai travaillé pendant
des années dans le domaine de l'élevage de camarons
à Ferney, Mon Trésor et Riche en Eau",
confie-t-il. Depuis six ans, ce passionné de plongée
sous-marine est employé à la Ferme Marine de Mahébourg,
située à Pointe aux Feuilles. "J'y agis
comme consultant en aquaculture. Je fais des audits techniques.
J'observe l'ensemble de la structure pour constater s'il n'y a
pas de fissures, si l'élevage se porte bien et s'il ne
pollue pas. Je le fais quatre fois par an. Le reste de l'année
est consacré aux projets."
Le Coureur.
En 2004, alors que les travaux débutent pour l'installation
de la Ferme Marine de Mahébourg, un événement
inattendu va marquer tous ceux qui s'attellent à cette
tâche. L'épave du négrier Le Coureur
est découverte par un des plongeurs. Yann Von Arnim fera
partie de l'équipe d'archéologues qui travaillera
sur l'épave. Une véritable aubaine pour lui. "Cela
a été une superbe expérience. On avait l'impression
de toucher à l'histoire de façon concrète",
se rappelle-t-il avec émotion.
Sur le terrain.
Travailler sur un tel projet offre une satisfaction indicible.
Mais ce n'était cependant pas ses premiers pas dans l'archéologie.
En 1979, il avait déjà affûté ses armes
sur l'épave du Sirius, retrouvée à
Mahébourg. L'occasion de se mettre de plain-pied dans l'archéologie
sous-marine. "L'archéologie n'est pas ma vocation
mais ma passion", affirme-t-il. Il a eu l'occasion de
s'adonner à cette discipline à plusieurs reprises.
Yann Von Arnim jouit aujourd'hui d'une reconnaissance internationale.
Une véritable performance pour quelqu'un qui n'a jamais
étudié l'archéologie. "Je n'ai pas
appris l'archéologie à l'université mais
sur le terrain", dit-il en souriant.
Archéologie.
Cette passion est devenue une activité à plein temps.
On le sent ému lorsqu'il parle de ce métier. "Je
me suis aperçu que le domaine de l'archéologie est
passionnant. On touche à énormément d'aspects
différents et à plusieurs professions. On est à
la fois chercheur, détective, chimiste, physicien, plongeur
et même historien." Il élabore : "Prenons
par exemple l'épave du Sirius. Pour ce qui est de
l'histoire, on sait seulement que le bateau a été
sabordé. On y a mis le feu et il a explosé. À
travers l'archéologie, on peut trouver des éléments
supplémentaires. On est arrivé à savoir que
le navire s'est cassé en trois, que c'est la chambre de
poudre arrière qui a explosé. On a pu établir
que l'arrière du bateau s'est détaché, que
la partie principale a continué à brûler sur
le récif avant de glisser vers le bas et qu'une partie
du bateau est restée sur le récif."
Depuis l'enfance.
Retour en arrière. À l'âge de 12 ans, il découvre
une épave romaine mais ne s'en rend pas compte sur l'instant.
"J'ai vu des amphores que j'ai prises pour des pots de
fleurs. Ce fut mon premier contact avec une épave."
À vrai dire, sa passion pour l'archéologie date
de sa tendre enfance. "Mon père me disait toujours
que je passais mon temps à dessiner des poissons, des bateaux
et des épaves. Quelque part, cela devait être ancré
en moi."
Récifs artificiels.
L'archéologie occupe une bonne partie de son temps, mais
Yann Von Arnim s'adonne aussi à d'autres activités
dans le domaine de l'environnement marin. Il est attaché
à la Mauritius Marine Conservation Society (MCCS) et à
la United Nations Development Programme (UNDP). Participant à
plusieurs projets dans le domaine de la protection de l'environnement
marin, Yann Von Arnim a un petit faible pour la création
de récifs artificiels. À ce jour, il a aidé
à immerger une douzaine de bateaux. "J'aime bien
visiter ces lieux. Quand on immerge un bateau, le corail pousse
dessus et les poissons commencent à les fréquenter.
Il y a tout un écosystème qui s'organise autour
de la structure. C'est un peu comme une impureté dans une
huître autour de laquelle se forme une perle."
Hobbies.
Yann Von Arnim se passionne également pour la photographie
sous-marine. "Il est vrai que la photographie est un outil
de travail pour l'archéologue et le biologiste sous-marin,
mais j'aime bien faire de la photo pour le plaisir."
Son autre grande passion se trouve parfois dans les épaves
qu'il a l'occasion de visiter. Yann Von Arnim avoue être
un grand amateur de porcelaine. Collectionneur, il ne rate jamais
l'occasion d'étudier ces uvres d'art qui lui sont
si chères. "J'aime bien collectionner les vieilles
porcelaines. Il y a toute une symbolique autour. C'est un peu
comme un tableau. Il y a un artiste qui a gravé un dessin
où il a voulu exprimer quelque chose. Cet aspect-là
me passionne. Ce que j'aime aussi, c'est que la porcelaine est
fragile et résistante à la fois. Un diamant est
très dur et éternel; la porcelaine est quelque chose
de cassable, de friable. Ceci dit, même quand elle est cassée,
elle résiste très bien à l'épreuve
du temps."