Le premier album solo de Tikkenzo, le tchatcheur des bad boys
de Plaisance, est sur le marché depuis deux semaines. Une
invitation au public pour découvrir la réalité
de la prison. BC166 a été concocté durant
les trois années d'emprisonnement de l'artiste. Un disque
qui risque fort d'offusquer certains. Un accord parental est d'ailleurs
recommandé. Âmes sensibles, s'abstenir !
Le petit bijou de Tikkenzo est en vente chez tous les disquaires.
Produit par Harbour Music, il s'intitule BC166. Le titre
renvoie à la matricule qui avait été attribuée
à l'artiste en prison, "comme les bufs qu'on
marque au fer". Cela remonte à huit ans. Tikkenzo
avait été condamné à trois ans d'emprisonnement
pour possession de cannabis. "Zot ti panse ki se moi,
ki zot ti tret kouma enn zanimo, ki zot ti pe donn sa nimero-la.
Zordi mo pe servi li dan enn lot manyer", raconte le
chanteur.
BC166 a mûri pendant les années où
il a purgé sa peine. C'est dans liniversite qu'il
a imaginé, écrit et composé les titres de
l'opus. "J'ai écrit la plupart des chansons dans
les moments difficiles. De détresse et de solitude",
confie-t-il. Le morceau Mo Mama, empreint d'une forte émotion,
narre les instants où l'artiste se retrouvait seul dans
sa cellule, à réfléchir. Il était
triste. Ses proches, sa mère en particulier, lui manquaient.
Il a alors pris conscience de ses erreurs et surtout de l'importance
de la famille. Dans la chanson, Tikkenzo demande à sa mère
de lui pardonner ses absences fréquentes. Il lui demande
aussi pardon pour ne lui avoir pas obéi. "Mo pa
honte pou dir ki souvan mo larm ti koule. Li pa ti pe koule akoz
ki mo ti anprizone, non. Li ti koule akoz mo ti santi mwa elwanye
"
Le premier album solo de Tikkenzo a été réalisé
en plusieurs étapes. Sa première année d'emprisonnement
a été consacrée à l'écriture
et la deuxième à la composition. Avec son compagnon
de cellule Dominique David, le chanteur travaillait régulièrement
sur BC166. "On passait de nombreuses nuits blanches
ensemble, à bosser." Dominique David, qui a une
bonne maîtrise de la basse, lui donnait le beat avec
la bouche pendant que Tikkenzo écrivait et composait les
morceaux. Le dimanche, jour où ils avaient le droit de
jouer à la guitare, ils répétaient sans relâche.
Un autre copain, Ti-Boulot, assurait la partie chur. "C'est
là que je me suis rendu compte du nombre de talents - musiciens,
chanteurs, peintres - que l'on trouve à la prison",
dit Tikkenzo.
Estimant que chaque malheur a son pendant de bonheur, Tikkenzo
affirme que c'est grâce à son incarcération
qu'il est parvenu à réaliser BC166. "J'avais
depuis des années l'idée de publier mon premier
solo. Mais je ne savais pas quelle direction prendre. C'est en
prison que j'ai trouvé ma voie. San sa moman mo lavi-la,
pa ti pou ena sa album-la. Ousoi li pa ti pou koumsa."
Sa première nuit à la prison, Tikkenzo l'a vécue
difficilement, passant des heures à s'interroger. C'est
ainsi que Remanded to jail a vu le jour.
Les autres thèmes abordés dans BC166 sont
la musique, l'hypocrisie, la créolité, la tristesse,
la fin des temps, les faux amis, la joie
Dans un langage
explicite, voire cru, Pwin D'interogasyon dénonce
le trafic de drogue dans la prison alors que Laba, ponctué
de rimes percutantes, raconte le quotidien d'un détenu.
La musique de Kreol assault est, elle, inspirée
de l'hymne national mauricien. Dans Krim Kont Limanite,
Tikkenzo alongside Blakkayo demande à l'autorité
de revoir la justice. "Zot pe rann zot kont ki zot pe
fer ?", interroge-t-il.
Les autres featurings sont assurés par Ol-Pay et
Wendy Vas (Otentikkenzo), Blakkayo et Ras Ricky (Mo
prefere), KoulB et Ras Mayul (Pou Lamizik), Benz Blakka
(La fin de Tan), Choko (Inter) Denis Rose (Mo
Mama). Ultimatum (Pwin D'interogasyon). "Enn
ta kiksoz inn deroule par azar. Monn less letan fer le soz. Se
par vibrasyon ki monn invit sa bann artis-la pou sant ek mwa",
précise Tikkenzo.
Se présentant comme un rappeur touche-à-tout, c'est
sur des riddims reggae, seggae, reggae hip-hop et hip-hop
que Tikkenzo exprime son art. Il était important pour lui
d'inclure le seggae à son registre musical, ce genre faisant
partie de la culture mauricienne. "Me se enn seggae dan
mo manyer. Ce qui fait que je reste un rappeur à deux cents
pour cent", souligne-t-il.