Week-End/SCOPE


12-Mars

Maurice dans l'objectif

Dans le viseur, il y a mille et un angles d'où contempler Maurice. Douce et chaude, la lumière qui l'éclaire confère des attraits particuliers au pays dans un agréable foisonnement de formes et de couleurs. Jamais clichés, baignés de soleil, ou drapés d'un voile de brume, les paysages se renouvellent sans cesse. Mais ils n'auraient pas été aboutis sans ces visages et ces silhouettes d'enfants, de femmes et d'hommes qui racontent la manière de vivre et d'être Mauriciens. Que ce soit dans l'effort du travail ou dans la nonchalance des jeux d'enfants. La diversité qui compose au final la culture mauricienne est un atout précieux, autre symbole de richesse. L'ensemble compose une image idyllique bien réelle qui est notre environnement, notre quotidien. En couleur comme en noir et blanc, Maurice demeure un pays généreux en images dont l'on ne se rassasie pas.

Mais il y a aussi l'autre face de la carte postale. Celle moins reluisante qui fait peur et qui inquiète, une image blessée et égratignée par la petitesse d'esprit des uns, l'imbécillité et l'égoïsme des autres. Le 12 mars alors que Maurice célèbre son accession à l'indépendance et au statut de République autour du quadricolore l'occasion est toujours donnée de se repenser, de se ressaisir et de se rappeler nos richesses.

C'est dans ce cadre que Scope a fait appel aux 12 photographes qui ont bien voulu fouiller dans leurs archives pour partager leurs visions respectives du pays avec nos lecteurs. Scope les remercie d'avoir répondu spontanément à cette requête. D'où l'album que nous offrons à nos lecteurs cette semaine.


noorjahan alladin : Île de vie et de couleurs

À travers son viseur, Noorjahan Alladin contemple une île "remplie de couleurs, pleine de vie et qui met en valeur sa culture". En allant à la rencontre des paysages, de la flore et des gens, elle explore le monde "dans une île de valeurs aux multiples facettes qui brillent toujours peu importe la perspective." Photographe professionnelle, Noorjahan Alladin espère toujours faire découvrir Maurice autrement. Après des études en NTC Design, en Graphic & Multimedia Design et en photojournalisme, elle s'est donnée les moyens requis pour y parvenir.

Alexa Gordon-Gentil : Terre de contrastes

Maurice, nous écrit la photographe : "C'est d'abord le pays où je suis née, où j'ai grandi, et dont je ne pars que pour y revenir un jour. On parle souvent d'île arc-en-ciel, pourtant Maurice n'existe pas que par le mélange. C'est surtout une terre de contrastes. C'est un pays touchant, qui rend grave et rêveur à la fois." Alexa Gordon-Gentil a commencé à photographier ce qui l'entourait à 16 ans. Trois ans plus tard, après une première année de prépa littéraire, elle est aujourd'hui en deuxième année de licence de cinéma à Paris. Ses photos ont déjà été publiées dans des magazines à Maurice, et proposées au public lors de l'exposition "Vrac" en juillet 2009, au musée de la photographie de Port-Louis. Elle a aussi été sélectionnée pour un concours international de photographie, et a illustré la couverture d'un roman paru aux Éditions Julliard en France.

Sachin Aubeeluck et Bhim Bulloram de Pix Holiday : Le paradis pour cadre

En toile de fond : le ciel, le sable, le soleil, les cocotiers, les principaux éléments qui confèrent à Maurice son cachet paradisiaque. C'est dans ce cadre qu'opèrent Sachin Aubeeluck et Bhim Bulloram, directeurs et photographes de Pix Holiday. Présents dans une dizaine d'hôtels, ils gravent ces sourires et ces sensations de plaisir que procure Maurice à ceux qui viennent souvent de très loin pour en profiter. Photos de familles, de cérémonies nuptiales, de sorties en mer, d'activités nautiques, de tournois de golf, et d'événements thématiques, Sachin Aubeeluck et Bhim Bulloram se sont spécialisés dans un genre photographique différent. Conscients que leurs photos feront le tour du monde, ils n'arrêtent pas d'innover. Maurice, ici, leur permet toutes les possibilités. Initialement Pix Holiday avait été montée avec la collaboration de partenaires français. En dehors du cadre hôtelier, l'équipe est quelques fois présente dans des centres commerciaux. Son travail est aussi visible sur pix-holiday.com

Bouck Vythilingum Pillay : Richesse culturelle

En sa capacité de photojournaliste, Bouck Vythilingum Pillay est de toutes les situations et de toutes les scènes. Dans un pays en pleine mutation, l'information se renouvelle à chaque instant et elle prend souvent différentes teintes. Bouck Vythilingum Pillay choisit, cette fois, un aspect de son travail et ressort de ses archives des photos de spectacle, de concert ou de démonstration. Culturellement, Maurice est riche.

Christian Bossu-Picat : Carte postale : côté pile, côté face

Maurice, son île aux images, est une constante source d'inspiration pour Christian Bossu-Picat. Des années depuis qu'il la photographie il la présente sous ses meilleurs profils à travers de magnifiques photos prises de la terre ou du ciel. Mais quand atterrit l'hélico et que le photographe redescend sur terre le revers de la carte postale offre un portrait qui soulève des inquiétudes. Il n'y a pas que le béton envahissant, il y a aussi cette manière de penser par laquelle intervient la division. Christian Bossu-Picat souhaite que l'on soit tous liés et que chacun se sente pleinement Mauricien. Ce qui nous permettrait sans doute de cadrer avec ce décor idyllique qui n'a de cesse d'immortaliser. L'effort est attendu de chaque individu, de même que des politiques. En attendant, le créateur de la compagnie l'Île aux images persiste à le dire, "Maurice est un pays fantastique!"

Jean-Jacques Fabien : Lumières de Maurice

Elle prend parfois cette teinte orangée visible au petit matin à Albion. À Mahébourg, au même moment, les nuages rougissent d'un air romantique au dessus de l'îlot Mouchoir Rouge. Au Morne, elle reste douce, comme une poésie habillant la montagne des souvenirs. Pour sa première exposition, Jean-Jacques Fabien a voulu montrer Maurice à travers ses paysages et ses lumières. Du 26 février au 24 avril, son œuvre est visible au restaurant Le Cabanon Créole, Côté Jardin, à Rivière-Noire. Une occasion de découvrir le talent du photographe et surtout d'apprécier des aspects méconnus du pays, dont la richesse en terme d'images, nous est présentée comme inépuisable. Jean-Jacques Fabien s'intéresse aussi aux scènes de la vie mauricienne. Sa collection réalisée aux Salines vaut amplement le détour.

Ravi Jetshan : Maurice, naturellement plurielle

Amateur peut-être, mais Ravi Jetshan reste indéniablement passionné. Créateur de bijoux, il a été amené vers la photographie en photographiant les œuvres de Ravior. Et il en est devenu un mordu. Ce sont principalement les scènes de vie qui l'interpellent. Cela, tout restant sensible à la lumière de Maurice et aux multiples couleurs qui composent son décor. Et puis, il y a ce mélange culturel, une particularité qui apparaît naturellement dans presque toutes les images de la vie sans que l'on ait à la chercher. Ici la machine d'un " contrôleur " de bus, là un marchand de sorbet un soir à China Town, là-bas, un enfant au bord de l'eau, autant de souvenirs, toute une ambiance à préserver.

Chloé Ip Kai Ming : Perpétuer

Même si on finit, par habitude, par ne plus voir certaines choses de notre quotidien, rien n'est pour autant banal. Il suffit de savoir sous quel angle observer pour comprendre la richesse et la beauté des choses. C'est ce que veut démontrer Chloé Ip Kai Ming dans son travail. Aspirant à faire carrière dans le domaine, le pays lui offre de vraies aubaines. Caméra en bandoulière, elle circule, ainsi, ça et là, en quête de ces instants magiques qui permettent aux choses de briller de mille feux. Photographe de la nouvelle génération, Chloé Ip Kai Ming s'intéresse aussi aux métiers traditionnels tout en développant des affinités particulières avec la photographie de mode.

Steeve Dubois : Île inspirée

Malgré les années passées, Steeve Dubois ne s'est jamais lassé d'apprécier son île à travers le viseur de sa caméra. Les sujets à photographier n'ont jamais manqué. Le fait d'être Mauricien, dit-il, fait déjà de nous des inspirés. Maurice, poursuit le Président du Cercle des Artistes Photographe (CAP) reste une vraie aubaine pour ceux qui s'intéressent à l'art photographique. Il y a la clarté de sa lumière, la beauté de son paysage et la diversité de ses cultures qui nous offrent des opportunités uniques que le monde nous envie. Il suffit presque de juste appuyer le doigt sur la déclencheur si l'on parvient à entretenir cette sensibilité qui nous fait vivre en pleine conscience de l'opportunité qui nous est offerte. De l'école classique, Steeve Dubois a avancé vers la nouvelle ère de la photographie sans se départir de ses principes et de sa philosophie.

Kunal Jankee : Ode au beau

Maurice, c'est aussi des visages, des créations, et une autre approche unique du glamour. C'est vers cela que s'avance désormais Kunal Jankee. Un sens aigu du détail et de l'esthétisme, le photographe croit en la beauté et sait où la trouver. En studio comme à l'extérieur, Kunal Jankee - photographe de pub et de mode - utilise les éléments, les expressions, la lumière et les outils mis à sa disposition pour sublimer ses sujets en conférant à la photographie un cachet exceptionnel.

Jameel Peerally : L'essence du vrai

Inlassable globe-trotter, Maurice reste finalement l'un des cadres favoris de Jameel Peerally. Chasseur d'âmes, en quête de l'essence du vrai, il demeure un témoin de son temps allant perpétuellement à la rencontre de la vie où qu'elle soit. Ce sont ses souvenirs qu'il ramène de ses nombreuses escapades. En monochrome, en couleur, en grand angle ou en cadrage serré, il vit la photographie en philosophe, comme une manière de vivre, un instant de partage et de rencontres.

Tristan Breville : Arrêter le temps

Sans Tristan et Marie Noëlle Breville, la photographie mauricienne n'aurait pas eu de mémoire, et sans cette base, son avenir aurait été incertain. Responsable du Musée de la Photographie, Tristan Bréville reste un témoin permanent de la vie mauricienne et du temps qui passe. À travers ses photos, ce sont des parcelles entières de notre histoire et de notre patrimoine qui ont été sauvées de l'oubli. Comme ici, ces scènes de vie traditionnelle qui appartiennent aujourd'hui au passé.