En tant que président du Conseil des Religions quel
regard portez-vous sur l'association de la politique à
la religion ?
Je vous réponds d'abord en tant que prêtre de l'Eglise
catholique. Depuis 1977 il y avait une demande de la part des
catholiques au Cardinal Margéot pour fonder un parti politique
chrétien. Le Cardinal a toujours refusé cet amalgame
politico-religieux et il en a donné les raisons essentielles
dans une lettre pastorale de Carême publiée en 1977
qui a pour titre Foi et politique, tensions et unité.
Elle se trouve dans le livre que j'ai édité récemment
sur les écrits du Cardinal Margéot (i).
En 2005, avant les élections générales, les
chefs de toutes les religions existantes à Maurice ont
été invités par le Conseil des Religions
à signer un document demandant aux hommes religieux de
ne pas s'engager dans la politique de parti et de ne pas donner
de consigne de vote. Ce document a été lancé
officiellement en présence de la plupart des responsables
religieux de cette époque. En tant que président
du Conseil des Religions, je m'inscris totalement dans la ligne
de ces deux documents et je pense qu'il est sage de ne pas faire
l'amalgame entre politique et religion.
Êtes-vous pour ou contre les discours politiques lors
des cérémonies religieuses ?
Personnellement, toujours au nom du refus de l'amalgame politico-religieux,
je ne suis pas pour que les leaders politiques prennent la parole
au cours des cérémonies religieuses. Il y a là
une ambiguïté qui ne permet ni à la religion
ni à la politique d'être autonome l'une vis-à-vis
de l'autre.
Il n'y a pas que les politiciens à blâmer, mais
aussi des dirigeants des associations socioculturelles qui n'hésitent
pas à indiquer aux électeurs l'identité du
candidat pour lequel ils doivent voter
quel est votre avis
à ce sujet ?
Dans la ligne de ce qui a été énoncé
clairement par le Cardinal Margéot dans sa lettre pastorale
de 1977, reprise par Monseigneur Maurice Piat à plusieurs
reprises et inscrite dans le document du Conseil des Religions
en 2005, je ne pense pas que ce soit le rôle des hommes
religieux d'indiquer à leurs fidèles pour quel candidat
voter. Le citoyen doit pouvoir faire son choix en fonction de
ses convictions religieuses et de ses valeurs morales, mais il
doit garder sa liberté de conscience et ne pas être
manipulé.
Quels en sont les dangers ou les conséquences sur la
société mauricienne ?
Dans toutes les sociétés comme l'Irlande du Nord,
le Liban ou encore d'autres pays, le blocage politico-religieux
a entraîné à long terme ou court terme des
violences et même des guerres. Je ne suis pas pour qu'on
associe directement une religion à un parti politique.
Pour nous chrétiens c'est l'Evangile de Jésus Christ
qui est la référence de notre agir moral, mais Jésus
a bien dit qu'il fallait rendre à César ce qui est
à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Quelles sont vos attentes pour les prochaines campagnes électorales
?
Je souhaite de tout cur que les hommes religieux ne se mêlent
pas à la politique sur le terrain et qu'ils prônent
les valeurs de respect des autres et encouragent un débat
d'idées sur le contenu des programmes de chaque parti.
Je souhaite aussi que les leaders religieux rappellent sans cesse
que le véritable enjeu d'une campagne électorale
c'est de travailler au bien commun du peuple dans son ensemble
avec ferveur patriotique et sans jamais tomber dans les bassesses
indignes d'une nation tournée vers l'avenir.