Des pêcheurs réclament des autorités que la
pêche à la crevette soit à nouveau autorisée.
Mais le ministère craint pour la survie de ces crustacés
alors que la technique utilisée cause aussi des dégâts
importants. Si la pêche de la crevette est interdite à
Maurice depuis quelques années, cette activité est
toujours pratiquée dans quelques régions, la vigilance
n'étant pas toujours de mise.
Il fut un temps où la pêche à la crevette
était autorisée à Maurice. On pêchait
surtout des "crevettes de fond" que l'on trouve exclusivement
en dehors du lagon, dont dans la région nord. Des fermes
furent aménagées et beaucoup de pêcheurs avaient
obtenu des permis alors que la production atteignait des milliers
de tonnes annuellement. Bien que désormais prohibée
sous toutes ses formes - sauf dans certains cas bien précis
-, la pêche illégale aux crevettes a cours. On pêche
surtout les petites crevettes que l'on trouve en abondance dans
certains lagons et non les "crevettes de fond". "À
Mahébourg, cette pêche se fait toujours même
si le ministère indique qu'elle est interdite. Franchement
je ne vois pas pour quelle raison l'activité est interdite
puisqu'elle ne gène personne, et je ne pense pas que la
survie de l'espèce soit menacée", laisse
entendre un pêcheur que nous avons rencontré.
Menaces. Du côté du ministère concerné,
on soutient cependant que cette activité ne devrait pas
être relancée. "D'après les études
que nous avons menées, le stock de crevettes est limité
; voilà pourquoi aucun nouveau permis n'est délivré
depuis quelques années. Il faut aussi souligner que le
filet utilisé pour la pêche aux crevettes met en
péril la population de certaines espèces de poissons
car il est susceptible, de manière involontaire ou pas,
d'aider à la capture des plus jeunes. Pour ces deux raisons,
ce ne serait pas advisable de relancer cette pêche",
indique M. Nallee, Divisional Scientific Officer du ministère
de tutelle. À noter cependant que, d'après les autorités,
les permis délivrés auparavant sont toujours valables
selon leur délai d'expiration.
Irritation. Entre-temps, les pêcheurs sont irrités
du fait que quelques personnes s'adonnent à la pêche
aux crevettes quasiment tous les soirs alors qu'ils subissent,
eux, une interdiction. "Depuis quelques semaines, certains
viennent pêcher des crevettes. J'ai remarqué que
c'était le plus souvent des travailleurs étrangers
et je peux vous dire qu'ils en attrapent des centaines à
chaque fois. Quand je pense qu'il y a un poste de garde-côtes
non loin de là
je me demande pourquoi on les paye.
Quand une loi est promulguée, elle doit être appliquée
pour tous
pas que pour les pêcheurs." Un
autre pêcheur de la région de Pointe aux Sables soutient
qu'il a déjà été interpellé
par les garde-côtes alors qu'il pêchait des crevettes
- qu'il allait utiliser comme appât. "Ils m'ont
pris mon filet et ma lampe torche et m'ont emmené à
leur poste. Par la suite, j'ai dû payer une amende de Rs
1 100. Aujourd'hui quand je vois les autres pêcher sans
qu'on leur dise quoi que ce soit, cela me fait mal."
Le ministère de la Pêche soutient, de son côté,
que des patrouilles régulières sont effectuées
dans tous les lagons de l'île en vue de prévenir
les pêches illégales.