Week-End/SCOPE


SPECTACLE : MOTHERFUCKER

L'arbre qui cache la Foresti

Un bagout gourmand à la Muriel Robin et sa notoriété ont suffi pour drainer une foule prompte à rire aux vannes. Florence Foresti a livré une prestation égale à elle-même. Sans grand débordement.

Heureusement que l'humour à deux balles est un genre populaire. Ceux qui n'étaient pas au Vivekananda samedi dernier feraient mentir le fameux " les absents ont toujours tort ". D'autant que ce même soir, les joyeusetés de madame étaient diffusées sur Paris Première. On ne jaugera sa prestation aux Pailles parmi les meilleures. Sa notoriété aura toutefois rameuté autour du spectacle au titre racoleur. Certes les inconditionnels auront apprécié son imitation du phoque applaudissant. Numéro destiné à amuser les enfants en bas âge, dûment approuvé par sa fille de deux ans.

D'aucuns pourraient néanmoins penser " what the fuck ? " Motherfucker traite de maternité et des joies multiples des parents novices… mais pas seulement. Ce monologue ressemble beaucoup à un assemblage de sketchs avec une galerie de personnages pas vraiment inédits. La " connasse de vingt ans ", ou celle qui a la gueule de bois après une beuverie, rappelle un tantinet le Jamel Comedy Club. On reprocherait à Florence Foresti de céder à une certaine facilité et de servir des extraits réchauffés de répertoire. Outre de basculer par moments dans le grotesque : la blague de mauvais goût du Coca qui pète, inspirée par sa nièce qui aurait demandé " comment on fait entrer les bulles dans le Coca… "

Ces enfantillages préliminaires laisseront enfin place aux vicissitudes parentales. On notera quelques bons mots tout de même : " on est tous égaux devant l'ennui " notamment dans les prisons pour adultes que sont les parcs pour enfants. Dans lesquels les mères sont condamnées à regarder leur progéniture se donner en spectacle. Souligner le narcissisme des enfants et leur gestion particulière des émotions est en revanche une approche divertissante. Du toboggan remonté à l'envers et autres tourniquets, est abordé un thème drolatique. Celui des hommes notamment " des fétichistes de la poussette " et autres " sadiques qui ont des idées d'enfoirés ". Note de trivialité nécessaire au relief du spectacle. Autant que ce féminisme ou anti-machisme évoqué avec dérision.

Foresti proposera une nounou gothique. Nourrice comme solution ultime pour être maman sans les inconvénients. Dans le genre caustique on retiendra une interprétation toute personnelle du Petit Poucet. Une digression en amenant une autre, on arrivera aux enfants envahissants et aux mamans aussi " fraîches que la bouteille de rosée ". Les danses intercalées dans ce monologue auront lassé. La succession de sketchs décousue devenait flagrante et quelque peu longuette au bout d'une heure de vannes alignées avec plus ou moins de cohérence. Un spectacle dépouillé de resucée et de digression serait bien plus efficace pour dire " une grossesse est comme une gastro ou une gueule de bois qui dure neuf mois ".