Mardi, Jayen Chellum a mis fin à sa grève de la
faim après 12 jours. Représenté par les ministres
des Finances et de la Sécurité Sociale, le gouvernement
a agréé aux requêtes de l'ACIM, qui recevra
le paiement de la totalité des arrérages après
le gel de ses subsides - qui seront rétablis selon une
formule à l'étude. Face à la pression, après
plusieurs faux pas dans cette affaire, le gouvernement n'avait
plus de choix.
Au douzième jour de grève de la faim de Jayen Chellum,
le gouvernement a fini par céder. Il aura donc fallu des
mois d'attente et de démarches, des déclarations
publiques, une manifestation (qui s'est soldée par deux
interpellations ridicules) et cette grève de la faim pour
parvenir à ce dénouement. L'important élan
de solidarité monté autour de Jayen Chellum et qui
n'arrêtait de grandir au fil des jours aura aussi contribuer
à faire pression sur les autorités qui jusqu'ici
semblaient intransigeantes. Après deux heures de discussion
entre le porte-parole de l'ACIM, ses représentants, les
ministres Sithanen et Bappoo, la nouvelle a été
annoncée. Un accord a été signé entre
les deux parties, les autorités ayant accepté les
demandes de l'association, ce qui a marqué la fin de la
grève de la faim de Jayen Chellum. C'est un homme affaibli
transporté en fauteuil roulant, mais enfin souriant qui
est venu annoncer la nouvelle à ceux qui, en signe de solidarité,
l'attendaient mardi soir devant la Place de la Cathédrale
après la réunion dans les locaux du ministre des
Finances. Acclamations, pétarades, larmes de joie, c'est
un grand ouf de soulagement qui a été poussé
par les proches de Jayen Chellum dont l'état de santé
- après ces 12 jours de grève - commençait
à inspirer de vives inquiétudes.
Conditions. Ainsi, Rs 767 243 seront versées à
l'ACIM pour les arrérages accumulés pour les périodes
de juillet 2008 à juin 2009 et juillet à décembre
2009. Le ministère des Finances a aussi pris l'engagement
de considérer une formule pour lever les pénalités
imposées à l'ACIM, qui n'a pas contribué
au NPS/NSFS et payé la taxe à la MRA durant cette
période. Pour l'avenir, le gouvernement considérera
le Programme-Based Budgeting principles, les performances
entre autres critères pour le soutien de l'ACIM et de tout
autre ONG. Par ailleurs, un comité comprenant des représentants
du gouvernement, du NGO Trust Fund et de la MACOSS sera
institué dans les meilleurs délais pour travailler
sur cette formule. L'ACIM aura aussi la possibilité d'être
aidée à travers le CSR, et le gouvernement étudie
la requête que son financement passe sous le ministère
des droits des consommateurs.
Satisfaction. Intervenant à la Place de la Cathédrale,
Jayen Chellum a dit sa satisfaction tout en insistant sur la nécessité
pour les associations de préserver leur indépendance.
À une question sur ce sujet quelques minutes plus tard
la ministre Bappoo a soutenu que l'indépendance des ONG
n'a jamais été menacée. Elle précise
qu'un policy paper pour les ONG sera prochainement présenté
en vue de renforcer leurs capacités et de régir
le cadre dans lequel ces dernières opèrent afin
qu'elles soient des partenaires à part entière du
gouvernement. Selon la ministre, l'accord signé entre le
gouvernement et l'ACIM, mardi, est dans l'intérêt
des deux parties concernées. Elle explique que les ministres
Boolell et Sithanen, et elle-même, avaient travaillé
en ce sens depuis dimanche. La ministre a aussi précisé
qu'il n'avait jamais été prévu que le ministre
Tang fasse partie des discussions tandis que ce dernier aurait
fait accroire qu'il serait le porte-parole de l'ACIM auprès
des autorités.
Pression. Il faut toutefois préciser qu'à
mardi matin la situation ne pouvait qu'évoluer en ce sens.
Alors que l'état de santé de Jayen Chellum ne cessait
de se détériorer la mobilisation autour de lui s'était
renforcée et le ton était monté d'un cran.
À la veille des élections, sur une affaire devenue
aussi sensible, le gouvernement ne semblait avoir d'autre choix.
Syndicalistes, militants associatifs, travailleurs sociaux, représentants
de différents mouvements, membres de l'opposition, chefs
religieux et des citoyens en général avaient fait
bloc derrière le gréviste de la faim. Considérablement
affaibli, Jayen Chellum insistait malgré l'avis médical:
"Tant que les choses ne retournent à la normale,
je continuerai cette grève." L'homme semblait
plus que jamais déterminé à aller "jusqu'au
bout". "Eski ti bizin arriv enn tel sitiasyon
kot enn dimounn pé souffert pour attire l'attention lor
l'inzistis?" demandait Nicolas Ritter (PILS). À
mardi, le message de la société civile au gouvernement
était clair : "Nou pa pou vann la litt, nou pou
all jusqu'au bout." Ally Lazer affirmait, lui, que "nous
demandons aux autorités de prendre leurs responsabilités
s'il arrive quelque chose à Jayen Chellum." Et
Ashok Subron avait souligné : "Si bizin passe à
l'action nou pour fer li. Pa la police ni prison ki pou faire
nous per."
Menaces. L'affaire avait, dès le départ,
dépassé de loin le simple cadre du gel des subventions
de l'ACIM. "Ce n'est pas une simple question de sous,
c'est une question d'indépendance pour les associations
sociales, des droits des consommateurs et des travailleurs",
précisait le syndicaliste Ashok Subron. "Est-ce
que le gouvernement injecte aujourd'hui de l'argent dans les ONG
pour mieux les contrôler?" se demandait Nicolas
Ritter par ailleurs. C'est la question qui revenait auprès
de plusieurs associations et ONG en ce moment après les
mesures "répressives" appliquées contre
des associations, des syndicats ou encore la presse. Pour sa part,
Radakrishna Sadien affirme que "zot pé rod ferm
la bouche bann associasyon. (...) Nous faisons en ce moment face
à une nouvelle forme d'esclavage où l'argent est
utilisé pour contrôler les associations."
Répression. "Ce que subit Jayen Chellum
en ce moment a commencé depuis 2007 avec les syndicats
quand le ministre Bunwaree avait gelé le Trade Union
Trust Fund. (
) Zordi nou dan enn demokrasi kot kan ou
koz contre gouvernma zot coup sibvensyon é laiss bann fami
san manze", soutenait le syndicaliste Reaz Chuttoo. Et
ce dernier d'avancer : "Nou pe viv enn sityation kot si
gramatin ou pa all embrass la main Don Corleone li fer coupe ou
latet
"
Ally Lazer parlait, pour sa part, d'un "vrai danger"
qui menaçait la démocratie et les droits de l'homme.
Pour Toolsyraj Benydin, "c'est un combat noble pour la
démocratie", faisant référence à
la grève de la faim de Jayen Chellum. Quant à Jocelyne
Minerve, elle a abordé des "contradictions" fondamentales
entre le mission statement du ministre de la Sécurité
Sociale et ce qu'a fait Sheila Bappoo. Pour rappel, le gel des
subsides de l'ACIM avait été décidé
par le Conseil des ministres quand l'association avait manifesté
contre le prix du carburant qui restait plus élevé
que le cours international.
Mardi, après 12 jours, Jayen Chellum a fait part de son
intention de rentrer chez lui après une visite à
l'hôpital. Il est poursuivi par la police pour littering
vu qu'il s'était fait couper les cheveux devant le Parlement.
Eddy Sadien répond, lui, d'une charge d'avoir agi, à
ce moment là, comme coiffeur sans détenir de permis.
C'est pour dire que tout un arsenal jugé "répressif"
avait été, dès le départ, déployé
contre l'ACIM. À souligner que la MBC a été
vivement critiquée de ne pas avoir donné la parole
à Jayen Chellum dans la polémique qui l'opposait
jusqu'alors au ministre Bappoo. Si bien que l'équipe venue
pour la première fois à la Place de la Cathédrale
mardi soir, au moment de l'annonce du dénouement de l'affaire,
a été renvoyée. Tout au long l'ACIM et ses
sympathisants ont été très critiques vis-à-vis
de la station nationale.