Week-End/SCOPE


INTERVIEW : STOMY BUGSY ET PASSI

"Le rap français n'a pas pris ses responsabilités…"

Stomy Bugsy et Passi, considérés comme deux des pionniers du rap francophone étaient à Maurice pour assister au match de gala réunissant plusieurs vedettes du ballon rond, et aussi, pour profiter des vacances. Ils ont bienveillamment accepté de répondre à une interview, dans laquelle, ils dévoilent leur actualité ainsi que leur regard sur le rap francophone.

Après une période de gloire à travers la musique, dans quoi êtes-vous engagés aujourd'hui?

Passi : Toujours dans la musique. Je suis ambassadeur de l'ONU aussi. J'ai une carte de L'ONU donnée par mon pays d'origine, le Congo. Je continue à produire, je continue ma carrière solo et je commence aussi une carrière au cinéma. J'ai joué dans plusieurs films, le dernier que j'ai fait, c'était dans Skate or Die, je jouais le rôle d'un flic pourri.

Stomy Bugsy : Dans tout (rires). Beaucoup dans l'acting. Y'a deux semaines, y'a un film qui est sorti en France qui s'appelle Aliker. Un journaliste d'investigation assassiné en 1934 en Martinique qui, de retour de la guerre de 14/18 s'est engagé dans la première cellule communiste en Martinque, qui a poussé des travailleurs à entrer dans des syndicats, à se protéger. J'ai eu la chance d'incarner ce rôle, c'est un film réalisé par Miguel Courtois. J'en suis très fier.

À quel point considérez-vous avoir participé à la révolution du rap francophone?

Passi : Stomy et moi, on fait parti du groupe Ministère Amer. On a commencé en même temps que I Am, NTM, Assasins… À l'époque, on nous disait que c'était de la rigolade, vous n'allez pas faire de disque. Je pense qu'on a prouvé que le rap était une économie viable. Je pense qu'on a installé le rap français dans la carte de la musique.

Stomy Bugsy : C'est aux gens de le dire ça (rires). D'après ce qu'on me dit, d'après ce que les jeunes rappeurs me disent, le Ministère Amer, c'est un groupe phare, un groupe pionnier du rap français.

Comment avez-vous vécu vos débuts alors que le hip-hop était un mouvement encore naissant?

Passi : C'était dur mais en même temps c'était formateur. Les gens n'y croyaient pas, je pense que c'est le parcours du combattant qu'on a vécu, ça nous a appris à travailler.

Stomy Bugsy : Je l'ai vécu comme quelque chose de magnifique, une seconde naissance, quelque chose qui me collait vraiment à la peau. C'était tout un mouvement incroyable. Ça a vraiment révolutionné ma façon de voir les choses, de me comporter, et ça m'a donné confiance en moi-même.

Quel est votre regard sur le monde du rap francophone?

Passi : En perpétuelle évolution. Il y a de bons rappeurs mais je pense que le rap français n'a pas pris ses responsabilités. On n'a pas d'émissions télé sérieuses sur les grosses chaînes. On est encore vu comme juste une musique de voyous et pas comme un art à part entière (rires).

Stomy Bugsy : y'a plein de bons rappeurs. Le mouvement rap s'est bien adapté, a su rester intègre malgré les dérives des radios, le fait que les médias se soient emparés de ce mouvement là. Y'a de bonnes choses comme de mauvaises.

Le rap est-il toujours l'expression de la banlieue?

Passi : Pas que de la banlieue, je pense. C'est une musique à base contestataire mais c'est une musique qui se danse, qui se joue. C'est une musique à messages.

Stomy Bugsy : Oui et non, parce que le rap ne doit pas représenter la banlieue, le rap, c'est une musique avant-tout. Chaque personne qui a deux oreilles ou même une (rires) peut aimer et pratiquer le rap. Mais la banlieue ne doit pas se contenter que du rap. Il doit aussi y avoir de jeunes banlieusards qui jouent du violon, du jazz, de la musique de leurs origines aussi. Ils ne doivent pas se contenter et se limiter au rap. Sinon c'est restreint. Bien au contraire, les gens de banlieue doivent s'ouvrir un peu plus qu'au rap.