Week-End/SCOPE


SOCIÉTÉ : ENTREPRISES

Des femmes à la barre

On parle souvent du plafond de verre, limitant l'accès de la femme vers les sommets dans sa carrière. Il existe aussi celles qui persévèrent ou qui décident, carrément, de lancer leurs propres entreprises pour atteindre l'épanouissement professionnel. Au prix de gros efforts et de sacrifices, elles parviennent à s'imposer et à se faire respecter.

La tension tombe à peine au foodcourt du Trianon Shopping Park. L'heure du déjeuner est passée. À l'enseigne Chee Li Chop, les employés en profitent pour souffler un peu, en attendant l'arrivée des clients de l'après-midi. Dans la cuisine, Margaret Pan Sin suit les opérations de près. Perchée sur ses talons, elle avance dans un grand sourire, avant de disparaître à nouveau. La voilà qui revient. "C'est parce que j'avais des rendez-vous aujourd'hui que je suis habillée comme cela. Autrement, je suis en jeans et basket" lâche-t-elle.

Oser. Voilà 4 ans qu'elle a abandonné une carrière dans l'hôtellerie pour se mettre à son propre compte. Elle a commencé comme Guest Relations Officer, avant de se voir confier la responsabilité du banquet. Entre temps, elle s'envole pour des études et aura l'occasion de travailler dans des hôtels à l'étranger, notamment aux États-Unis. "J'y ai appris la polyvalence. Même le General Manager sert les clients."

Être une femme à la tête d'une entreprise représente pour elle un challenge. Et d'ajouter : "la vie même d'une femme est un challenge à tous les niveaux." Mère de trois enfants de 9, 8 et 4 ans, dont un handicapé, Margaret Pan Sin dit puiser dans sa force de caractère pour s'imposer. "Parfois, une femme doit mettre en avant certaines qualités, qui peuvent être vues comme des défauts par d'autres, pour pouvoir s'imposer."

Construction. Loin de l'ambiance décontractée des foodcourts, au concasseur du groupe Trio à Pointe-aux-Piments, Reena Hurkoo assume pleinement le rôle de directrice, qu'elle partage avec son père et ses deux frères. Vous l'aurez compris, nous sommes dans une entreprise familiale. Mais notre interlocutrice s'empresse de mettre les points sur les i. "Je ne suis pas là uniquement parce que l'entreprise est à mon père. J'ai fait mes preuves."

Elle nous apprend ainsi qu'après ses études, elle a travaillé comme consultante en gestion à Kemp Chatteris Deloitte & Touche et comme Project Leader à Air Mauritius. "J'y étais pour mes compétences. C'est la même chose ici. Mes frères ont leurs spécialités et moi les miennes." Dans cet univers d'hommes, Reena Hurkoo ne se sent pas perdue pour autant. "Les gens ne me voient pas en tant que femme, mais en tant que professionnelle. Le genre n'est pas un critère de réussite. Pour être un/e chef d'entreprise accompli/e, il faut la compétence et le dévouement."

Réussite. La réussite d'une entreprise, ajoute de son côté, Margaret Pan Sin, dépend de la manière dont elle est gérée. Pour le moment, elle s'en tire plutôt bien, puisqu'une deuxième antenne Chee Li Chop vient d'ouvrir au complexe du Vieux Moulin à Rose-Belle et elle a repris l'espace occupée auparavant par Scoubidoux, devenue Ö Gu. Au total, cela représente une trentaine d'employés.

Mais notre interlocutrice ajoute qu'il n'y a pas de réussite sans collaboration. "Une femme chef d'entreprise ce n'est jamais un one-woman show. J'ai la chance d'avoir des personnes sur qui je peux compter. Quand je ne suis pas là, je ne me fais aucun souci. Pour la famille, j'ai le soutien de mes bonnes, de ma maman et de mon mari. Soit dit aussi en passant, mon mari a lui aussi quitté son travail pour venir m'épauler."

Solidarité. Reena Hurkoo abonde dans le même sens. "La solidarité et le soutien familial jouent un rôle très important pour la réussite de la femme, en tant que chef d'entreprise. J'ai la chance de pouvoir compter sur l'encouragement de mon époux Dev. De même, j'ai une pensée spéciale pour ma mère, qui est l'exemple d'une femme accomplie, de par sa noble profession d'enseignante et en tant que mère de famille."

S'imposer en tant que chef d'entreprise, ne veut pas dire non plus, mettre de côté sa sensibilité féminine. Margaret Pan Sin dit être témoin des situations où des femmes doivent se battre - parfois physiquement - pour pouvoir travailler. Dans ces cas là, dit-elle, la patronne devient à la fois confidente, conseillère. Elle-même, a suivi des cours de gestion de conflits, pour pouvoir gérer tout cela.

Défis. Reena Hurkoo ajoute elle, que lorsqu'elle a rejoint la compagnie, elle a passé 2 à 3 mois à parler avec les employés, pour mieux les connaître et avoir leur feeling sur l'entreprise, avant de se mettre au travail. Quant à savoir si ce métier est un challenge, elle avance que c'en est un, plus en tant que professionnelle, qu'en tant que femme. "Dans les moments difficiles, comme en cette période de crise où les banques se montrent frileuses, des fois je me dis que j'aurai préféré être une simple employée."

Toujours est-il que nos interlocutrices sont bien décidées à persévérer. Elles encouragent d'ailleurs d'autres femmes à se lancer et espèrent que leurs exemples puissent les aider à sortir de leur train-train habituel.


ASSOCIATION MAURICIENNE DES FEMMES CHEFS D'ENTREPRISE : Mala Chetty : "Se regrouper pour plus d'efficacité"

Quel est l'objectif de votre association ?

- Nous réunissons les femmes chefs d'entreprise dans le but de partager les connaissances. En cette période de crise, la solidarité est devenue le maître mot. Nous voulons aider les femmes à dynamiser leurs entreprises et leur donner les outils nécessaires pour cela. Au mois de juin, nous avons organisé une table ronde réunissant les femmes entrepreneurs et les différentes institutions concernées. À Maurice, nous n'avons pas une one-stop shop pour l'entrepreunariat. Il y a différentes institutions qui s'occupent de différentes choses et il faut passer de l'une à l'autre. L'occasion a été donnée aux femmes ce jour-là, de rencontrer toutes les parties concernées. De même, elles ont pu s'exprimer sur les obstacles à la bonne marche de leur entreprise et entendre les possibles solutions, dépendant du profil de l'entreprise. Par ailleurs, nous souhaitons aussi encadrer les femmes qui veulent se lancer dans l'entrepreunariat.

Se lancer dans l'entrepreunariat dans le contexte économique actuel n'est pas si évident…

Bien sûr, avec la crise, toutes les entreprises éprouvent des difficultés. Mais la crise peut également créer d'autres opportunités. Par exemple, aujourd'hui les gens ne vont plus vers les grands restaurants. On pourrait en profiter pour encourager les tables d'hôte. Il suffit que les femmes viennent vers nous, nous pourrons partager avec elles notre expérience, contribuer à leur formation et servir de mentor.

Combien de femmes comptez-vous au sein de l'association?

Nous sommes une trentaine. La plupart sont à la tête des micro-entreprises. Nous avons quelques PME. Mais selon les statistiques, il y a quelque 2 000 femmes entrepreneurs. Nous voulons parvenir à toucher le maximum d'entre elles. Ceci est important, car nous sommes affiliées à Femmes Chefs d'Entreprise Mondiale. L'association se propose d'aider les entreprises mauriciennes en terme de formation. Mais pour cela, elle doit connaître leur profil. J'invite donc les femmes chef d'entreprise à se faire connaître. Nous sommes en train de mettre en place une base de données. Il y a beaucoup d'opportunités pour les femmes entrepreneurs. Elles peuvent en profiter si elles arrivent à connaître les réseaux. Celles qui veulent nous rejoindre peuvent m'envoyer un mail à amfce.mauritius@fcem.ws . Elles pourront également avoir plus de détails sur l'association sur notre site web, le http://www.amfce.com