Ils ne se
contentent pas uniquement de boire. Mais le font jusqu'à
la défonce totale. Délibérément, ils
transgressent les limites du raisonnable pour s'autoriser bien
des excès. Et ce phénomène, plus connu comme
le binge drinking frapperait de plus en plus de collégiens,
affirment les observateurs.
"Ena des fois, mo bwar couma ene fou. Mo commence par
ene fort mem; vodka ou rhum. Mo bwar li one shot pu gagne nissa
la plis vite, "explique Aadil, 23 ans. Et très
rapidement il se retrouve dans un état d'ivresse total
perdant tout contrôle sur lui-même. Il n'est pas le
seul dans ce cas, le binge drinking est un phénomène
de plus en plus présent chez les jeunes, dont des collégiens.
Il s'agit de cette façon de consommer de l'alcool qui amène
l'individu à des extrêmes au point où il perd
tout contrôle et toute notion quant à sa personne
et ce qui l'entoure. On est alors loin du casual drinking,
cette manière de consommer de l'alcool est une forme d'alcoolisme.
Plaisir. Pour la plupart de ces jeunes, le binge drinking
se fait soit entre amis ou seul. Ceux qui le font entre amis,
c'est un moyen de se tester; qui peut boire plus vite ou qui peut
boire le plus. Cela peut aussi être un moyen de passer le
temps comme l'explique Mevin, étudiant en HSC : "Depuis
que nous sommes en Form III mes amis et moi nous faisons souvent
l'école buissonnière. La meilleure façon
de passer le temps, c'est l'alcool." Il continue pour
expliquer comment ses amis "met ene costé"
pour avoir de l'argent. Ensemble, ils amassent de Rs 300 à
Rs 600. "Si nous n'avons pas assez d'argent on se contente
d'un rhum ordinaire. C'est meilleur marché. On peut ainsi
en avoir plus." La bande d'amis peut à elle seule
consommer jusqu'à 5 bouteilles de rhum si leurs moyens
les leur permet. L'objectif reste la défonce.
Le phénomène ne concerne pas uniquement les collégiens.
Les filles aussi sont concernées. Parmi Shabneez et Tania,
deux collégiennes qui s'avouent binge drinkers.
Cette dernière avait commencé quand elle n'avait
que 15 ans. Aujourd'hui, à 17 ans, boire fait partie de
ses habitudes. Elle explique : "C'est toute une culture
parallèle dans laquelle les jeunes évoluent maintenant.
Cette nouvelle culture veut que tous les jeunes pour qu'ils soient
dans life bizin bwar ziska défoncer." Déclaration
qui coïncide avec ce que le sociologue et psychologue Said
Ameerbeg a fait ressortir dans un rapport - "L'Alcool fait
désormais partie des moeurs d'une certaine jeunesse."
Échappatoire. Certains le font pour "le
plaisir", d'autres comme échappatoire. "Je
bois jusqu'à la défonce pour éviter toute
discussion avec mes parents et mon petit copain. Des fois, je
suis tellement bourrée que je ne comprends plus rien à
ce qu'ils disent." Le témoignage de Shabneez,
17 ans, jette la lumière sur une autre réalité.
Si elle s'admet binge drinker Shabneez l'explique du fait
qu'elle entretien des relations tendues avec ses parents qui veulent
limiter et contrôler ses fréquentations. Shabneez
boit pour se saouler : "non pou met ene nissa."
Comme l'affirment ses amies "quand elle est saoule, à
chaque fois elle éclate en sanglots et après elle
va beaucoup mieux. Elle est beaucoup mieux dans les jours qui
suivent."Tania parle aussi d'un malaise : "Je
ne peux entièrement intégrer la culture des jeunes
d'aujourd'hui et c'est une des raisons pour laquelle je bois.
Zot bizin fimer ek gagne ban relations sexuelles avec zot partenaires...et
c'est ce que je ne peux faire."Une réflexion pas
très cohérente qui en dit cependant long. Désormais,
les boissons alcoolisées ne sont plus aussi efficaces qu'avant.
C'est ainsi que Tania admet qu'elle prend aussi des comprimés
: "avec un seul comprimé, j'ai l'impression d'avoir
avalé deux bouteilles de whisky."
Sexualité. C'est aussi pour compenser ce qu'elle
considère être des lacunes au niveau de sa sexualité
que Tania à recours à des substances. Une réalité
qui est celle de nombre de jeunes. Dans les centres de traitement
les nouveaux toxicomanes sont souvent ceux qui ont eu recours
aux produits pour être sexuellement plus performants. Ce
qui finit par devenir une dépendance chez eux. Quand intervient
l'accoutumance plusieurs passent à d'autres produits, dont
les drogues dures.
Disponibilité. Pourtant la loi est claire : il est
interdit de vendre de l'alcool aux mineurs. Certains commerçants
respectent la règle. D'autres ne pensent qu'à leurs
gains : "C'est très facile d'acheter de l'alcool
ou des comprimés. On entre dans une pharmacie ou un supermarché
et hop, le tour est joué." explique Tania. Cependant
Aadil souligne que pour les comprimés, il faut une prescription
qui est donné par le docteur très facilement. De
même que pour Mevin ; bière, rhum, vodka, vin : tout
lui est disponible. Il achète ses bouteilles dans les boutiques
dans les environs et des fois "boutiquier la même
vine kit ban bouteilles la ar nou." Aadil lui a été
initié à l'alcool par son père à l'âge
de 8 ans. Commençant par un verre ou deux, il achète
ses bouteilles dans la boutique où son père achetait
les siennes.
Regrets. Certains prennent encore du plaisir à ce
mode de vie. D'autres en sont déjà au stade de la
désillusion. Aadil avait trouvé refuge dans l'alcool
après une déception amoureuse à 19 ans. À
20 ans il était dépendant. "Je ne pouvais
pas supporter la solitude et la seule façon pour oublier
était de me défoncer tous les jours et je me sentais
libéré. Mais c'est faux. Je regrette d'avoir commencé
à boire car j'arrive plus à m'arrêter."
Du regret, certains de ces jeunes en ont. Tania, elle a baissé
les bras. "J'ai déjà essayé d'arrêter
mais en vain. Au début je croyais que je pourrais me contrôler
et arrêter quand je voudrais. Je sais que si je m'y prends
vraiment j'arriverais. Mais j'ai plus la volonté de le
faire. Je suis accro." Shabneez est catégorique;
"Je trouve que je peux mieux gérer les choses quand
je bois. Si je suis mal en point, stressée ou frustrée
et je bois, après ça va beaucoup mieux. Je me défoule
en buvant. Je m'en fous de ce que les gens pensent. Qu'ils se
mettent à ma place! Je veux pas arrêter."