Week-End/SCOPE


REPORTAGE : LA CHASSE

Sur la piste du chasseur

Le début du mois de juin est connu pour l'ouverture de la chasse à Maurice. Qualifié comme un sport, la chasse est très prisée par les Mauriciens mais aussi les touristes. La chasse est un moment d'intenses émotions que partagent les passionnés fait de sentiers battus menant à des rencontres…

Nous quittons l'entrée de l'hôtel Mövenpick pour nous diriger vers un sentier parsemé de pierres et qui semble être accessible uniquement en 4x4. Dans les bois, nous croisons un gardien en quad, avec sa carabine sur le dos. Des personnages que l'on ne croise pas souvent. Nous sommes à Bel Ombre, plus précisément dans le chassé de Bel Ombre, un des plus grands sur l'île avec 3000 hectares de parcelle verte. Avec Yémen, c'est un des meilleurs sites pour les grands chasseurs. Géré par Nicholas Chevreau et Julien Desvaux de Marigny, ce chassé compte une population de près de 3000 cerfs de Java. Bien que pour certains, la chasse soit une activité barbare, elle est pourtant très importante pour la prospérité des cerfs de Java, car un trop grand nombre risque de causer beaucoup de tord quant à la survie de cette espèce.

Initiation. Les paysages défilent mais ne se ressemblent pas. Des goyaves et des jambelons embellissent ces lieux. Si vous avez un œil de lynx, vous remarquerez derrière les buissons ou même des arbres, quelques cerfs formant une petite troupe et qui vous épient au loin, tout en essayant de ne pas se faire voir. Pour nous initier à la chasse et aux rudiments de ce sport, Lionel Berthault de Le Chasseur Mauricien nous accompagne à travers cette escapade. À ses côtés, et ne le quittant pas d'une semelle, Mako, son chien qui lui est très utile pour retrouver les cerfs blessés par balle, cela en suivant les traces de sang.

Pour chasser mais aussi s'approcher des cerfs, l'habit doit être de ton neutre. "Surtout pas de vert militaire", nous lâche Lionel, "Nous n'allons pas en guerre." Il est 14h, une aubaine car c'est l'heure où les cerfs se font le plus apercevoir. Si Lionel a comme rôle celui d'éclaireur et de limier - il reconnaît les catégories des cerfs de Java de par leur corpulence - c'est Julien Desvaux de Marigny qui chasse, car c'est lui qui a le permis de port d'arme. L'œil vif, Lionel rallie le moindre mètre de terre pour la chasse à la marche. Avec une expérience de plus de 20 ans, ce Français qui a pris racine à Maurice depuis maintenant 6 ans, ne laisse rien échapper. Autour de son cou, des jumelles, un outil incontournable pour le vrai chasseur. Scrutant les hautes plaines à la recherche du cerf tant convoité, il avoue chasser par passion. "On reconnaît un vrai chasseur lorsqu'il chasse avec et par passion." La cible est étudiée car Lionel préserve les plus jeunes cerfs.

Sensations. Au fil des kilomètres parcourus, nous rencontrons des paysages avec des cours d'eau, des rivières et même des cascades. Ces 3000 hectares comptent 3 cascades, avec un parcours comprenant des montées et des descentes qui requirent un minimum d'activité physique. Essoufflé par moment, cette aventure laisse tout aussi place à une montée d'adrénaline à la vue d'un troupeau de cerfs. Les approcher sans se faire remarquer, sans laisser broncher les feuilles, est quasiment impossible. Leur particularité, ils guettent chacun un endroit différent, ce qui les aident à voir et à entendre la moindre présence. Une des règles de Lionel, ne jamais tirer de loin, car la cible peut être blessée ou il peut tout simplement la rater. Il privilégie alors le coup fatal. Cette rencontre avec l'animal aux cornes de bois, est surprenante.

Écouter. Avoir la chance de les approcher, c'est aussi entendre le bruit de leur mâchoire frotter l'une contre l'autre mais c'est également sentir son cœur battre à plus de 110 à l'heure. Chasser, c'est aussi avoir tous ses sens en éveil, se sentir prédateur et se fondre dans le décor. Toujours marcher face au vent pour que l'animal ne décèle pas notre présence… la chasse après quelques trentaines de minutes de marche, démontre qu'elle nécessite une bonne portion de patience. Marcher, ramper, ventre à terre, rester immobile pendant des dizaines de minutes, il faut tout essayer pour rentrer au chalet avec un trophée. Alors qu'il poursuit à la trace le cerf, tantôt à l'affût, tantôt à l'approche, il nous parle de techniques de chasse et des spécificités du cerf de Java, gibier difficile et passionnant… des daguets, des trois cornichons, des jeunes gros cerfs, Lionel Berthault raconte avec passion. Sur le bois impressionnant, des martins qui tiennent le rôle de veilleur, à chaque grincement ces oiseaux alertent les cerfs par leurs cris et le harpail se disperse rapidement. La carabine se lèvera puis reprendra sa place car les cerfs ayant déserté, les chasseurs doivent encore marcher et trouver un autre groupe plus loin.

Plaisir. Pour Lionel, marcher dans la nature et parcourir une vingtaine de kilomètres pour une partie de chasse, n'est que du plaisir. Même rentrer bredouille ne suscite chez lui aucun regret. "À la veille de chaque partie de chasse, vous n'arrêtez pas d'y penser. Vous y pensez la nuit et le jour venu, vous n'avez qu'une seule envie, faire plaisir aux clients mais aussi se faire plaisir." Se faire plaisir, c'est ce que Lionel fait lorsqu'il se retrouve à quelques mètres d'un cerf. Tirer non pour blesser, mais tirer dans le but de ne pas faire souffrir l'animal... Mako n'interviendra qu'une fois l'animal atteint pour le retrouver à l'aide de son flaire. Un autre plaisir que nous partage Lionel, celui de la chasse à la battue, qui fait jaillir une belle ambiance et rassemble les amoureux de la chasse. Des dizaines de chiens de chasse et de tourneurs qui aident à pousser les cerfs près des miradors, car la chasse à la battue se pratique sur un mirador. Des rencontres vous risquez d'en faire car ces vastes plaines abritent également d'autres espèces d'animaux, des mangoustes, des merles cuisiniers, d'impressionnants cochons marrons que chassent également les chasseurs, des crécerelles, des pigeons des Mares, des macaques entre autres.


Pratique

La chasse vous intéresse. Avant toute chose, il vous faut avoir un permis de chasse, qui vous sera délivré au minimum 2 jours après avoir fait un affidavit en cour. Sans permis, il vous est interdit de chasser. Une fois le permis reçu, il vous faudra apprendre à manier la carabine mais aussi connaître les mesures de sécurité à prendre lors d'une partie de chasse tout comme les règlements. Il faudra également trouver un parrain si vous voulez que votre demande soit acceptée. Pour un tire, il vous faudra débourser dans les environs de Rs 5 000 à Rs 7 000. Toutefois, il vous est conseillé de réserver le plus tôt possible car la liste d'attente est longue. Pour les battues, les sorties sont matinales, avec une arrivée au chalet prévue pour 7h.


Lionel Berthault : La chasse… passionnément

Cela fait 6 ans que Lionel Berthault s'est installé à Maurice. Pour ce Français d'une trentaine d'années, chasser fait partie de sa vie depuis l'âge de 7 ans. Suivant les traces de son grand-père puis de son père, cette passion pour la chasse est pour lui chose évidente. Ce chasseur globe trotteur, a visité 16 pays différents où il a eu la chance de pratiquer la chasse. Sa fierté aujourd'hui, celle d'avoir lancé la chasse à l'arc à Maurice, étant le seul à la pratiquer à son arrivée. À la tête de Le Chasseur Mauricien, une petite société qu'il a fondée il y a un peu plus de 3 ans, Lionel partage sa passion pour la chasse au chassé de Bel Ombre, qui appartient à la propriété. Ceux désirant apprendre la chasse à l'arc ou tout simplement chasser peuvent contacter Lionel sur le 746 8370. Des randonnées ludiques peuvent aussi être organisées pour découvrir la riche biodiversité de cet endroit.


Le cerf de Java

Le cerf de Maurice vient de Java. Les premiers couples furent relâchés en 1638 apportés par Van der Stel et disparurent immédiatement dans la nature. Cinquante ans après, ils étaient en abondance. Aujourd'hui, la chasse au cerf est devenue un sport, et l'élevage du cerf a vu le jour dans le but de diversifier les productions conventionnelles de viande. Le cerf de Java peut atteindre le poids de 180 kg, et possède des cornes d'une longueur de 101 cm.


Attirer les touristes

L'île Maurice est connue pour ses plages, mais elle l'est aussi pour la chasse. C'est pour promouvoir ce sport, et attirer un plus grand nombre de touristes que Lionel Berthault voit la nécessité du gouvernement d'étendre la période de chasse de juin à décembre. "La chasse à Maurice se fait en hiver, l'intérêt des étrangers de venir à Maurice pour chasser en cette période est minime surtout que c'est la saison morte. Étendre à décembre devrait permettre au pays de bénéficier d'un plus grand nombre de visiteurs, surtout que Maurice est connu pour ses cerfs de Java." Participant à plusieurs foires internationales, Lionel vante aussi la chasse sur les terres mauriciennes.