Week-End/SCOPE


REPORTAGE : ARTISANAT

Le papier mâché en œuvre d'art

Après des cours de menuiserie et de céramique, Gyaneswar Ajay Moloye s'est finalement tourné vers le papier mâché. Il confectionne des objets en trois dimensions, des tableaux en reliefs de notre faune et flore, dans toute leur splendeur.

Chez Gyaneswar Ajay Moloye, l'inspiration découle de la richesse de la faune et flore de notre l'île. C'est avec du papier mâché qu'il confectionne des tableaux et des objets décoratifs destinés aux touristes. On découvre ainsi des dodos, des geckos, des marlins, des tortues, ou encore des coquillages ainsi que des épices. De vrais travaux artistiques qui séduisent par leur qualité. L'originalité du travail peut aussi être attribuée au mélange de couleurs utilisées. "Je ne me considère pas comme un artiste mais un artisan", dit cependant Gyaneswar Ajay Moloye.

Pourtant, tout son univers respire l'art. Dans sa maison, à Vacoas, il a aménagé deux pièces en ateliers, dont l'une est réservée à la peinture. Passionné par son travail, c'est un homme méticuleux qui nous explique comment il s'y prend dans les moindres détails. Tout se passe de façon méthodique et précise. "Dans un premier temps, je prépare une moule, que je fais avec du ciment ou avec de la fibre de verre." Le papier est trempé dans l'eau pendant 24 heures et par la suite broyer à l'aide d'un blender. Les moules sont remplies de la pulpe, et à l'aide d'une éponge, il absorbe tout l'excès d'eau. Afin de solidifier et de donner de la texture au produit, de la fibre de coco ou alors de banane ou encore d'aloès est ajoutée. 24 heures sont nécessaires pour que le mélange soit complètement sec, après quoi, il applique une couche de sealer, qui protège de l'humidité, et qui agit aussi comme un support pour la peinture." Pour préserver l'originalité du travail, je n'applique qu'une couche de peinture blanche", avance l'artisan. Quoique pour obtenir des produits plus attractifs, il se sert de plusieurs couleurs et recouvre le tout avec du vernis mat sauf le design qui est relevé avec du vernis brillant.

Pour les objets en trois dimensions, la procédure diffère quelque peu, et l'artisan utilise un moule en silicone. L'eau est résorbée de la pulpe, à l'aide d'un pressing machine et de la colle à bois est ajoutée. Le ciment incorporé stabilise, et la fibre se renforce. Le mélange est versé dans les moules et pressé à la main pour empreindre tous les détails. "Il faut laisser sécher pendant une semaine, mais au soleil ça prend deux jours, avant d'appliquer la peinture", ajoute notre interlocuteur. Quant à l'encadrement, sa fabrication se fait avec des tiges de lataniers qu'il ramasse sur les rivages de la rivière. Après l'avoir poli, il applique une couche de sealer et retouche avec de la teinture pour harmoniser la texture.

Ce métier, ce sont les circonstances qui l'y ont poussé. Malgré un cours de menuiserie industrielle à l'IVTB, de 1992 à 1993, il éprouve des difficultés à se lancer dans ce domaine. Il touche un peu à tout, tantôt il travail avec son frère dans le recyclage du plastique tantôt il se retrouve dans les ateliers de menuiseries. Quelque temps après, il décroche un emploi en tant que dessinateur chez Panache, une entreprise de menuiserie. Toutefois, toujours en quête de nouveauté, il décide de prendre un cours de céramique, en 1999, dispensé par la NHPA, National Handicraft Promotion Agency. Le cours dure trois mois et il le termine avec succès. Pour rappel, en 2001, Gyaneswar Ajay Moloye décroche le prix du special jury prize, côté céramique, et deux années plus tard, il rafle le premier prix toujours du côté poterie et céramique, qui lui vaut d'ailleurs le Best Artisan Award. Et c'est alors qu'il se dirige vers l'artisanat. "Je me suis lancé dans la poterie avec la formation que j'ai acquise", avance ce dernier. Cependant, avec son désir d'innovation et de créativité, il poursuit son chemin jusqu'au papier mâché.

Ex-étudiant du collège SSS Bamboo, il met un terme à ses études en SC et rejoint son père dans l'agriculture. Aujourd'hui artisan à son propre compte, il vend ses produits à travers les différents magasins de la SEHDA et se rend personnellement dans les hôtels pour vendre directement aux touristes.


Séminaire de l'AGOA

L'ambassadeur américain, John Price, a été séduit par le pot, qui a valu à Gyaneswar Ajay Moloye le premier prix côté poterie et céramique et le Best Artisan Award. "L'ambassadeur a voulu acheter le pot mais je lui ai offert", déclare le généreux artiste. En guise de récompense, John Price a offert un voyage de dix jours pour assister au Séminaire de l'AGOA à Washington.