Week-End/SCOPE


INTERVIEW JOHN LAM :

Environnement : "Je ne crois pas en la sincérité du gouvernement"

Il n'y a qu'à comparer le portefeuille du ministère de l'Environnement à celui des autres pour comprendre le peu d'intérêt que suscite cette question. Pourtant, à bien des niveaux, il y a urgence. Mais les campagnes d'éducation et les mesures annoncées restent toujours timides et souffrent souvent d'un manque de sincérité. Inquiet, le citoyen John Lam garde cependant espoir. Tout comme - à la tête de Nature Watch - il avait contribué à sauver la Vallée de Ferney, des batailles, pense-t-il, peuvent encore être gagnées. Elles réclament un changement d'attitude de tout un chacun et une vraie prise de conscience de la part du gouvernement. En attendant, "Maurice Île Durable" ne demeure qu'un creux slogan.

Les stéréotypes donnent l'impression que la protection de l'environnement est avant tout l'affaire d'une poignée d'hurluberlus marginaux. Ce qui ne semble pas être votre cas ?

Cette lutte appartient à tous les citoyens. C'est une responsabilité humaine avant tout. Les stéréotypes erronés font accroire que les environnementalistes sont des marginaux, des êtres proches de la nature et qui vivent isolés dans leurs bulles. Ce qui n'est pas vrai. Ce que nous avions fait avec Nature Watch est un exemple. Nous l'avions fait bénévolement parallèlement à notre travail et nos autres activités. C'était avant tout notre responsabilité. La même qui incombe à tous les citoyens indistinctement.

Qu'est-ce qui amène un jour un citoyen à prendre position ?

Dans mon cas, ça a été une accumulation de frustrations, mon amour pour la nature et pour le pays en tant que Mauricien. Petit, quand mes parents m'emmenaient à la mer, il y avait de l'espace, l'eau était encore transparente, il y avait des arbres partout. J'ai grandi dans cet environnement. Au fil des années, j'ai vu la situation se dégrader sans cesse. Tant de choses avaient déjà changé, je me suis demandé ce que mes enfants verraient plus tard. C'est pénible de faire un tel constat et de ne pas essayer de faire un effort pour changer les choses. J'aurais été coupable vis-à-vis des générations futures si j'avais gardé les bras croisés. Et voilà qu'un jour, je prends connaissance du projet d'une autoroute à travers la vallée de Ferney et de ses conséquences. Un désastre écologique était à craindre. Avec un groupe d'amis nous en avions parlé alors que nous allions faire du surf à Rivière-des-Galets. Nous nous sommes rendus compte qu'il y avait plusieurs projets qui étaient déjà en chantier dans le sud. Nous avons décidé de réagir. Nous avons monté une ONG pour discuter avec le ministère de l'Environnement. Mais il n'avait pas de réponse à nos questions, et donc, nous avons décidé d'aller de l'avant. Nous ne savions pas où cela nous mènerait, mais nous savions que nous donnerions le maximum. Nous voulions aussi montrer l'exemple, motiver les gens parce que nous avons tendance à être passifs au point où l'on préfère souffrir en silence même quand on a mal.

Sur l'échelle des priorités où aurait dû se situer la question liée à la protection de l'environnement ?

Parmi les premières. C'est une chose essentielle à la vie elle-même. Nous faisons partie intégrante de notre environnement. Peu importe ce que l'on fera, cela aura une répercussion directe sur nous. Nous sommes, donc, contraints de protéger notre environnement pour notre survie individuelle et celle de notre espèce. Il est primordial que l'on prenne conscience de notre environnement.

Si les messages les plus alarmistes circulent depuis des années, comprenez-vous le désintérêt, voire l'indifférence, que suscite toujours ce sujet ?

Les gens jugent leurs priorités selon un besoin immédiat. Souvent le problème de l'environnement devient secondaire. Tant qu'ils ne se retrouvent pas devant un fait avéré, ils risquent de ne pas changer d'attitude. Tout cela est avant tout lié à un manque d'éducation. Cette prise de conscience auraient dû se faire à la maison aussi bien qu'à l'école. Par exemple, à Maurice, le tri des déchets n'existe pas. Si l'État avait développé ce système, il y aurait eu une sensibilisation au niveau de chaque foyer déjà. Il faut un premier pas. Il faut une vraie campagne de sensibilisation et d'éducation et elle doit être permanente. C'est vrai que nous jetons souvent la pierre au ministère de l'Environnement - qui aurait d'ailleurs pu faire plus qu'il ne le fait maintenant - mais le travail doit commencer chez soi. Il faut aussi se dire que chez beaucoup, la prise ne conscience ne s'est jamais opérée.

Jusqu'ici, c'est surtout la répression qui a contribué au changement d'attitude. Le durcissement des lois serait, donc, l'une des solutions les plus fiables ?

Cela pourra peut-être aider. Mais avant d'en arriver là, il faudra miser sur l'éducation. Quand on élève un enfant, on lui explique les règles et s'il s'en écarte on le remet dans le droit chemin. On ne commence pas par le réprimander sans lui avoir expliqué ce il est mal.

Croyez-vous en la sincérité derrière le slogan "Maurice île Durable" ?

Non. Parce qu'en parallèle je ne vois pas les choses bouger dans la même direction. Ce qui fait l'actualité aujourd'hui c'est le projet d'incinérateur à la Chaumière. Ce projet va à l'encontre du projet "Maurice île Durable". Un débat est en cours, moi, je ne comprends pas comment à l'origine déjà le ministère de l'Environnement a pu délivrer une licence à un tel projet alors que tant experts disent qu'il n'est pas viable d'un point de vue environnemental. "Maurice île Durable" n'est qu'un slogan. C'est un bluff utilisé par l'État pour attirer des touristes et investisseurs.

Puisqu'on en parle, quels sont les alternatives à l'incinérateur ?

Les déchets auraient pu être recyclés au lieu d'être incinérés. On peut aussi faire du compostage. Les déchets sont de la matière première. Il y a d'autres solutions. L'incinérateur est la pire d'entre elles. C'était peut-être un outil que l'on pouvait utiliser il y a une centaine d'années. Mais plus maintenant, plus avec les connaissances que l'on détient aujourd'hui. Je souhaite beaucoup de courage à Eco-Sud. Je suis sûr qu'il atteindra ses objectifs, je lui dis de garder le poing fermé et d'aller de l'avant. C'est quelque chose de très important. Les conséquences d'un incinérateur ne seront peut-être pas ressenties dans l'immédiat. Mais plus tard, nous pleurons de n'avoir rien fait si on baisse les bras. Je demande donc au peuple de réagir, de se sentir concerné. C'est notre pays.

Cela vaut-il la peine de mener une bataille au nom de la protection de l'environnement ?

Dans un tel combat on n'a rien a perdre. On a tout à gagner. Mais on passe par de grands moments de frustration de découragement et de colère. C'est une vraie épreuve. Et c'est à ce moment que l'on se rend compte à quel point les politiciens ont de la persévérance. Ce qui leur permet de vous épuiser. J'ai eu des étapes d'épuisement surmontées rapidement du moment que j'avais retrouvé un peu de courage à travers de nouvelles idées. Tout cela comprend beaucoup d'émotions.

À quel point avait-il été difficile pour vous de discuter de la protection de l'environnement avec l'État ?

Ca a été extrêmement difficile. Je ne suis pas un politicien, là nous nous sommes retrouvés face à une catégorie de gens qui fonctionnent différemment de nous citoyens normaux. Nous étions là pour leur parler des dommages que causeraient l'autoroute. Eux étaient dans une autre logique où les arguments étaient avant tout politiques et moins humains. Cela nous aura pris au moins un an. Dans un premier temps, nous avons essayé de dialoguer. Nous avions compilé des dossiers selon nos propres moyens et notre énergie. Ils n'ont pas voulu comprendre. Ça a été de même que nous avons fait intervenir des experts et lorsque nous leur avons proposé des alternatives. Nous avons dû porter l'affaire en Cour. Et finalement, ils ont fait ce que nous avions proposé dès le départ. À quoi cela nous a-t-il servi de dépenser autant de temps et d'énergie ? Il aurait suffi d'un dialogue franc, d'un dialogue d'adultes.

Le développement peut-il se faire dans le respect de l'environnement ?

Le développement durable est un développement économique, social et écologique. Il réunit impérativement ces trois conditions : l'un ne peut se faire sans l'autre.

Croyez-vous en la sincérité du gouvernement quand il parle de la protection de l'environnement ?

Après le frottement que j'ai eu avec l'État et le ministère de l'Environnement ; non, je n'y crois pas ! Que ce soit pendant le combat pour la Vallée de Ferney ou après, nous avons souvent été invités à des séminaires organisés par le ministère. Au départ, nous y prenions part, mais plus maintenant. Les discours qui y sont tenus ne sont pas sincères. Dans ces fonctions officielles, le ministre donne l'impression qu'il lit un document préparé par quelqu'un d'autre et que lui-même n'a aucune idée de ce qu'il dit. Beaucoup de choses sont dites, mais les actions ne suivent pas. Finalement c'est du make-believe. Je ne crois pas en leur sincérité. Ils n'en n'ont pas, ils n'ont pas le vouloir.

Toute une éducation à faire du côté des parlementaires, aussi, direz-vous ?

Certainement. C'est d'ailleurs primordial. Notons aussi que dans la hiérarchie gouvernementale le ministère de l'Environnement est placé tout en bas. C'est un ministère qui n'a qu'un petit budget. Cela dit beaucoup quant à l'importance que l'État attache à l'environnement. Comment à ce moment prétendre atteindre les objectifs de "Maurice Île Durable" ?

Le désespoir autour de la cause environnementale et écologique est international…

On ne devrait pas entretenir ce pessimisme en nous. Il y a des efforts qui permettent l'espoir. Sur le plan international quand on voit ce que fait Barack Obama, il nous donne un espoir. Il s'est entouré de scientifiques et de spécialistes qui connaissent bien les dossiers de l'écologie et des énergies renouvelables pour proposer autre chose. C'est un leader mondial, le monde suivra ce qu'il fait. On ne faut pas être défaitiste.

Que souhaiteriez-vous dire aux gens en marge du 5 juin ?

Essayons de changer notre manière de faire avant de jeter la pierre aux autres. Le changement espéré, la prise de conscience écologique et environnementale démarre par soi. Si chacun fait un effort, nous réussirons. Jusqu'aujourd'hui, on voit des gens balancer leurs bouteilles ou leurs sacs en plastique de leurs voitures. Je comprends que chez certains, c'est le résultat d'un manque de sensibilisation. Tout revient à la question d'éducation. Aujourd'hui, cela devient une question de savoir-vivre. Il est certes, difficile, pour certains de changer leurs réflexes, mais nous avons désormais une responsabilité vis-à-vis de l'environnement.


Visitez

Dans le cadre de la Journée Mondiale de l'Environnement, le gouvernement propose au public de découvrir quelques sites gratuitement ou à prix réduits.

Jardin Botanique SSR, Pamplemousses : Entrée gratuite le vendredi 3 juin de 8h30 à 17h30

Vallée de Ferney : (Capacité d'accueil de 240 personnes avec un bon émis par le ministère et la NDU) les dimanche 7 et samedi 13 juin à 9h et 14h30.

La Vanille Crocodile Park : Adulte : Rs 60, enfant Rs 30 ; les vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 de 9h30 à 17h.

L'aquarium de Pte aux Piments : Adulte Rs 100, enfant Rs 50 le samedi 6 de 9h30 à 17h. Le dimanche 7 de 10h à 15h.

Parc Marin de Blue Bay : Bons d'accès gratuits aux bateaux pour 2000 personnes par jour. Dimanche 7 et dimanche 14 de 10h à 16h.

Information : 211 7474


ENVIRONNEMENT : La MSPA participe à la sensibilisation

À partir du 4 juin, la Mauritius Sugar Planters Association (MSPA) interviendra dans 70 écoles du pays pour éveiller les enfants à l'importance de la protection de l'environnement. Les écoles concernées sont celles se trouvant dans les alentours des usines sucrières. Des plantes endémiques, des arbres fruitiers ainsi que des plantes de canne seront distribués. Les agronomes et Environement Managers des différentes usines sucrières répondront également aux questions des enfants sur la place des arbres et de la canne dans notre écosystème.

La MSPA rappelle que la canne est cultivée depuis 400 ans à Maurice. Les plantations couvrent aujourd'hui une superficie de 45% des terres de l'île et a donc un rôle important à jouer dans l'écosystème.


CINÉMA : Home projeté à travers le monde

Home, long-métrage environnemental, sera projeté à la MBC le 5 juin à 20h10 à l'occasion de la journée mondiale de l'Environnement. Est aussi prévu un débat à la télé le 10 juin sur ce que le film a apporté et la problématique du développement durable. Le film sera également visionné dans les écoles, dans le cinéma Star sur invitation, sur Internet et il est prévu que le DVD soit distribué gratuitement. Maurice fait ainsi parti des 109 pays où le film, traduit en 14 langues, sera projeté. Réalisé par Yann Arthus-Bertrand et coproduit par Elzévir Films et la société EuropaCorp de Luc Besson, Home a pour objectif de faire prendre conscience au plus grand nombre de l'urgence d'agir pour protéger notre planète. Home, c'est des images inédites de 54 pays vus du ciel où Yann Arthus-Bertrand partage son émerveillement mais aussi son inquiétude. Photographe à la base, Yann Arthus-Bertrand, a eu l'idée de créer Home surtout lorsqu'il remarquait que les régions qu'il avait visité changeait drastiquement de visage lorsqu'il y retournait. Il a donc réalisé ce long-métrage de 2 heures environ pour montrer aux gens la beauté de notre planète et la nécéssité de la maintenir en bonne santé. Le tournage a duré plus de 18 mois dans 120 lieux et avec 733 cassettes enregistrées. La filiale PPR, représentée en Afrique par le CFAO à Maurice par International Motors Company Ltd est le principal soutien financier de ce long-métrage.


5 JUIN : "Votre planète a besoin de vous…

…unis contre le changement climatique." C'est autour de ce thème que sera célébré la journée mondiale de l'environnement le 5 juin. Une manière pour les Nations Unies de rappeler que la question de l'environnement est l'affaire de tous les citoyens du monde. Et qu'il est grandement menacé.

Les objectifs sont nombreux. Ils donnent un visage humain aux problèmes environnementaux, afin d'inciter les peuples à devenir les agents actifs du développement durable et équitable, pour promouvoir la compréhension du fait que les communautés sont incontournables dans les changements d'attitudes en ce qui concerne les problèmes environnementaux, jusqu'à défendre le partenariat qui assurera à toutes les nations et les peuples d'apprécier un futur plus sûr et plus prospère.

C'est, pour les Nations Unies, l'un des principaux moyens de susciter une plus grande prise de conscience envers l'environnement et pour promouvoir l'intérêt et l'action politique.

La Journée mondiale de l'environnement a été lancée par l'Assemblée générale des Nations Unies en 1972 afin de marquer l'ouverture de la Conférence de Stockholm sur l'Environnement humain.

Cette année, le Mexique est le pays hôte de cette Journée. Il faut savoir que le principal cheval de bataille de certains pays d'Amérique latine est désormais la lutte contre le changement climatique, qui est sans doute la plus grande menace de l'humanité.