Week-End/SCOPE


ENVIRONNEMENT : ÎLE AUX AIGRETTES

Vitrine de l'endémicité

La Mauritian Wildlife Foundation (MWF) propose désormais un nouveau tour sur l'Île aux Aigrettes. Deux heures à la découverte de la faune et la flore endémique. En parallèle, l'ONG a lancé le programme Learning with Nature destiné aux étudiants ainsi que plusieurs projets de conservation.

Vitrine de la faune et la flore mauricienne, voilà ce qu'est aujourd'hui l'Île aux Aigrettes. Faire le tour de cette île corallienne à travers ses sentiers, c'est retourner plus de 400 ans en arrière. Un voyage dans le temps où l'on rencontre des animaux et des plantes vieux de centaines d'années parfois. Le nouveau tour proposé par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), qui a la responsabilité de l'île, est hautement éducatif et fait prendre conscience de la richesse de notre patrimoine et du besoin de la conserver. Ce que fait la MWF depuis maintenant presque 25 années.

Tortues. Sur l'île, des guides restent présents pour aider les visiteurs dans ce voyage. On commence par la tortue géante d'Aldabra, ou plutôt ses petits. Certes, ce reptile n'est pas natif de Maurice mais son rôle est d'une importance capitale sur l'Île aux Aigrettes. "Cette tortue a été emmenée ici principalement pour disperser les graines d'ébéniers, endémiques de Maurice, et favoriser leur propagation sur l'île. Elle mange les graines, et plus tard, les déposera à d'autres endroits à travers sa selle. À ces endroits précis, la plante qui sortira aura plus de chance de survivre que si elle avait commencé à pousser sous l'arbre mère, car elle aurait manqué de soleil, nécessaire à sa survie. La tortue géante d'Aldabra remplace ainsi la tortue géante de Maurice qui a malheureusement disparu sous occupation hollandaise", explique Vikash Tatayah de la MWF.

Oiseau à lunettes. Les cris d'oiseaux sont perceptibles alors qu'on s'enfonce dans la végétation le lîle. "C'est un oiseau à lunettes", explique Tim Taylor, un des guides pour l'occasion. Cette espèce endémique de Maurice, difficile à prendre en photo et même à observer dans la nature. À quelques points bien précis du trajet sont placés des View Points et parfois des bancs. Moments de repos bien nécessaires couplés à des explications importantes sur la végétation des alentours ainsi que concernant les animaux territoriaux.

Scinque. Poursuivant le sentier, il n'est pas rare d'observer des scinques de Telfair, lézards endémiques de Maurice, réintroduits sur l'Île aux Aigrettes principalement pour éliminer quelques espèces nuisibles pour les autres animaux endémiques ainsi que les plantes. "On a introduit les scinques pour qu'ils éliminent les rats musqués de l'île de même que les couleuvres exotiques venues de l'Inde. Petit à petit, on est entrain d'atteindre ce but, car nous avons pu observer une diminution dans la population de ces nuisances. Le scinque de Telfair s'attaque également aux escargots terrestres africains et décime leurs populations. C'est une bonne chose car ces escargots voraces se nourrissent des jeunes plantes que nous tentons de faire pousser", explique Vikash Tatayah. À noter qu'un petit escargot endémique, le Omphalotropis rubra, peut aussi être observé sur les plantes.

Bois de boeuf. Un peu plus loin, on ne peut ne pas s'arrêter et observer le Gastonia mauriciana communément appelé Bois de boeuf ou bois d'éponge à cause de son tronc mou. Classé comme Critically Endangered, cette espèce endémique est ce qu'on appelle une plante hétérophile. C'est-à-dire que les feuilles de la jeune plante sont longues, de forme linéaire avec des pigments rouges alors que celles de la plante adulte sont de forme arrondie et vertes. "En théorie, c'est un moyen qu'a trouvé la plante pour échapper aux animaux mangeurs de feuilles, principalement les tortues. On dit que les tortues ne voient pas bien les formes linéaires et aussi que la couleur rouge est synonyme de danger pour eux. La plante adulte, par contre, n'a plus besoin de se protéger car ses feuilles se trouvent à plusieurs mètres du sol, hors de portée des tortues", dit Vikash Tatayah.

Richesse. La beauté et la richesse de la faune locale ne cessent de nous émerveiller, cela, à travers le Phelsuma ornata, un des 4 geckos endémiques de Maurice. Ses couleurs vives ne passent pas inaperçues alors que quelques spécimens se prélassent au soleil. S'approchant de la mer, on va à la découverte du Pailles en queue blanc, oiseau marin. De jeunes spécimens, nichés dans des petites cabanes, attendent avec impatience de perdre leur dense fourrure et de pouvoir s'élancer dans les airs. Le tournée se poursuit, on découvre d'autres plantes endémiques à l'instar du Bois mapou, et aussi un spécimen du Bois de fer dont l'âge est estimé à environ 200 ans. Non loin de là, les pigeons des marres et autres cardinaux de Maurice peuvent être observés. La visite se termine par un passage dans la pépinière de l'île aux Aigrettes, là où les graines de plusieurs espèces endémiques se transforment en jeunes plantes et s'habituent à la vie dans la nature avant d'être replantées.


Oiseaux marins

Des nouveaux projets entrepris sur l'Île aux Aigrettes, on retiendra celui d'y faire revenir quelques espèces d'oiseaux marins. Le Paille en queue blanc et le fouquet ont déjà été emmenés sur l'île mais d'autres espèces seront bientôt concernées. Ainsi, la MWF compte inclure les mariannes, les vacoas et surtout les Aigrettes, oiseau qui a donné son nom à l'île. "Les oiseaux marins passent pratiquement toute leur vie en mer et ne reviennent sur la terre ferme que pour se reproduire. Nous avons emmené de jeunes spécimens ici, nous les nourrissons et leur offrons les soins nécessaires jusqu'à ce qu'ils soient en âge de voler pour partir vers le large. Les oiseaux marins ont la particularité de revenir à l'endroit même où ils ont pris leur envol pour se reproduire, c'est pour cela que nous pensons qu'ils reviendront sur l'île quand ils seront en âge de le faire", explique Vikash Tatayah.


Learning with nature

La MWF a lancé son projet Learning with Nature, dédié aux étudiants de Maurice. Pour l'instant, seuls les élèves en Form 2 sciences sont concernés mais, dans le futur, d'autres classes devraient bénéficier de ce projet. S'insérant dans le curriculum scolaire, le programme vise à sensibiliser davantage les jeunes sur la conservation des espèces endémiques locales tout en mettant en avant le travail entrepris par la MWF. "Nous pensons que c'est un plus quand l'étudiant peut observer de lui-même ce qu'on lui enseigne dans les livres à l'école. De plus, le programme ne s'arrête pas à une simple visite mais se poursuit quand les élèves retournent à l'école à travers des rédactions et des dessins qu'ils doivent faire sur ce qu'ils ont observé. On travaille de concert avec les professeurs, et ils nous donnent des feedbacks par la suite. Nous leur fournissons également des Informative Sheets bien avant qu'ils viennent de sorte à préparer les élèves pour la visite", indique Vikash Tatayah. Le biologiste fait ressortir que le programme comprend également l'Histoire à travers des explications sur les bâtiments historiques qui demeurent sur l'Île aux Aigrettes de même que sur la Baie de Mahebourg. Par ailleurs la MWF a sorti un Annual Report comprenant tous les projets entrepris par l'association de même que le bilan financier.


Memorandum of Understanding

Le professeur Gordon McGregor Reid, CEO du Chester Zoo était à Maurice la semaine dernière pour la signature d'un Memorandum of Understanding avec la Mauritian Wildlife Foundation. Le Chester zoo est un des principaux financier des projets de conservation de la MWF depuis une bonne quinzaine d'années et cette signature ne fera que renforcer les liens existant entre les deux institutions avec à la clé des échanges importants où les scientifiques de l'ONG local bénéficieront de l'assistance technique du Chester Zoo , ce qui sera d'une grande aide dans la conservation de nos espèces endémiques.


Le cardinal de Maurice Downlisted

Le Mauritius Fody ou cardinal de Maurice a été Downlisted du stade Critically Endangered à celui de Endangered rejoignant ainsi la grosse cateau verte qui avait gouté à cette joie l'année dernière. En terme scientifique, ceci est une grande avancée, car elle indique que la population a nettement augmenté et que les projets de conversation vont dans le bon sens. La population du cardinal de Maurice était tombé à moins de 130 paires il y a quelques années et grâce au projet de conservation, elle est estimée aujourd'hui à environ 180 paires dont 45 se trouvant sur l'Île aux Aigrettes.