Week-End/SCOPE


REPORTAGE : PATRIMOINE

Les mille richesses de Pamplemousses

Un village où émane le riche passé de la colonisation à Maurice. Des monuments étalant leur beauté de par une histoire en filigrane, des vestiges qui attisent le regard des touristes, Pamplemousses est sans doute un des villages où le décor et aussi les bâtiments qui s'y trouvent parlent le mieux de l'époque des "grands" hommes.

Nous pénétrons en plein cœur du village de Pamplemousses, lieu chargé d'histoire où chaque rue est pleine de réminiscences évoquant le temps de l'occupation française. Devant l'incontournable Jardin de Pamplemousses, quelques autobus d'écoliers en visite des patrimoines de cette région. Ici défilent tous les jours des cars de touristes et des visiteurs en quête de savoir.

Passé. Devant l'entrée du jardin, quelques hommes, dont la conversation ne nous échappe pas, parlent des vieux monuments qui méritent d'être reconnus et qui, fort heureusement, n'ont pas sombré dans l'oubli. En face, de vieux murs, datant de 1792, qui abritent une nécropole où reposent des personnalités. Dans l'enceinte du cimetière, un homme, un certain Raymond, qui s'occupe de la restauration des tombes qui ont vu plus de trois siècles. La dernière demeure d'Adrien D'Epinay héberge aussi de très riches patrimoines de l'île, ces hommes ayant contribué au développement de l'île mais surtout du village de Pamplemousses. Jonchant le cimetière des "grands" hommes, un vieux bâtiment qui sert de cure à la paroisse de St François d'Assises. Au mur, une enseigne nous révélant que ce fut dans le temps l'habitation de Sieur Magon Boucher, officier de La Garnisson. Dans la cour, traînant sa bicyclette, un vieil homme, James Honoré, qui s'occupe de l'entretien d'un autre cimetière un peu plus bas. Il est affecté au cimetière des noirs, celui des esclaves. Il nous citera par ailleurs des noms d'illustres hommes qui ont trouvé le repos au cimetière des blancs, en face de l'église.

Ruines. Pamplemousses demeure le village qui, depuis le début de la colonisation française, est le plus riche, productif et poétique de l'île. Ses ruines éloquentes et pathos remémorent la tragédie du passé. Peu importe où l'on passe, chaque ruelle, route principale ou champ de canne dévoilent les restes de fondations, de fragments de murs et de marches. Des maisonnées abandonnées, des restes d'usines sucrières qui rappellent leur existence sans en connaître leur passé. Elles étaient 42 au total dans le district de Pamplemousses, aujourd'hui, il n'en reste même pas une seule en opération, la dernière à avoir fermé ses portes est The Mount, en 1995. À peine un siècle et demi et les usines ont déjà cessé de fumer. N'étant aussi plus du décor, l'Observatoire météorologique, appelé The Royal Alfred Observatory qui, aujourd'hui, a laissé place au Sir Seewoosagur Ramgoolam National Hospital. Des ruines, il en reste également de ce qui était dans le temps le Government Orphan Asylum. Donnant face à l'hôpital du Nord, ce vestige s'est terré avec son lourd passé.

Patrimoine. Riche, Pamplemousses, du mot hollandais pampemoes, l'est aussi de part ses différentes boutiques qui longent la route principale. M. Lin, propriétaire de Lin Youn Lin, parle de plus de 100 ans de présence de ce petit commerce, lui-même ayant pris la relève il y a maintenant 50 ans. Ayant conservé leur authenticité, ces petites boutiques font elles aussi partie du patrimoine de ce village, tout comme les fameuses cases créoles en bordure de route et des châteaux ayant été témoins de l'évolution du village.


L'histoire à travers les monuments

Château de la Grande Rosalie

À l'entrée de cette demeure, de grands terminalia arjouna, des arbres géants plantés dans les années 1920 vous accueillent. Aussi connu sous le nom de Château de Rosnay, il fut construit par M. Athan Ribretière de la Villebague et Mahé de Labourdonnais pour créer une sucrerie, la propriété Villebague. En 1839, il a appartenu à Albert Duhamel. À noter que sa cheminée porte le millésime 1744.

Église de St François d'Assises

Une des plus vieilles églises du diocèse catholique fondée en 1735 en l'honneur du gouverneur Bertrand François de La Bourdonnais. C'est sous une requête des colons qui habitaient l'endroit que l'église fut construite sous l'ordre de l'Abbé Igou. Le 25 avril 1741, une prise de possession de l'église et du presbytère eut lieu et c'est en 1756 que l'église fut livrée au culte. Elle fut agrandie en 1738. La construction de l'église doit son financement au Marquis de la Villebague, ancien gouverneur. Dans la cour, une statue de Paul et Virginie, ainsi que celle de Mahé de La Bourdonnais ont pris refuge pour témoigner de leur appartenance à ce village.

Cimetière de Pamplemousses

Le cimetière fut aménagé en 1742. C'est pour bien démarquer les abornements de cette nécropole qu'un mur en pierre sèche est construit 50 ans plus tard. Il abrite plusieurs personnages importants ayant contribué au développement de l'île Maurice, comme le Chevalier René Magon, Monseigneur Antoine Buonavita - l'aumônier de l'Empereur Napoleon - et Adrien d'Epinay, entre autres.

Le Government Orphan Asylum

Avant de quitter l'enceinte de l'hôpital du Nord, une forêt de quelque 200 arpents vous transporte dans la vieille France. Ayant abrité le fameux Moulin à Poudre qui a connu une explosion après 1774, ce terrain qui faisait partie de l'ancien établissement des Forges de Mon Désir compte quelques ruines de l'ancien Government Orphan Asylum. Dans le complexe du Moulin à Poudre se trouve un édifice historique, dont l'intérêt majeur, en tant que témoignage du traitement des enfants au 19e siècle, est à souligner. Le site du Moulin à Poudre lui-même, est rempli de pièces archéologiques découvertes lors de récentes fouilles. Le Moulin servait à fabriquer de la poudre à canon qui était exportée vers la France. Le Government Orphan Asylum à Pamplemousses a ouvert ses portes en 1859. L'orphelinat avait pour rôle de fournir un abri et assurer l'éducation des orphelins afin qu'ils soient utiles à la communauté. Les orphelins, suite aux épidémies qui frappaient leurs parents, étaient recueillis au Government Orphan Asylum. La majorité des orphelins était d'origine indienne. On trouvait aussi des enfants d'origine africaine et européenne. Le Government Orphan Asylum ferma ses portes alors que le nombre de pensionnaires déclinait considérablement. Les pensionnaires étaient transférés vers d'autres institutions (Marie Réparatrice, Barkly Asylum Orphanage). L'ancien orphelinat est tombé progressivement dans l'oubli. Il a aussi abrité, pendant un temps, un dispensaire pour les personnes atteintes de maladies de la peau.

Royal Alfred Observatory

Ne faisant plus partie du décor du district de Pamplemousses, l'observatoire météorologique, aussi connu comme le Royal Alfred Observatory, a laissé sa place à l'hôpital du Nord. L'observatoire était, à l'époque, doté des meilleurs équipements de l'océan Indien, d'un détecteur de séismes et de communication permettant de faire des prévisions climatiques et de recevoir à cette époque des messages des stations de La Réunion, de Madagascar, des Seychelles et de Rodrigues.

Le Jardin de Pamplemousses

Le jardin en tant que tel doit cependant son origine à François Mahé de La Bourdonnais, l'un des premiers et des plus illustres gouverneurs de l'Isle de France. Ceest en 1735 que La Bourdonnais acheta Mon Plaisir et y créa un potager à côté de sa résidence. Malheureusement, il n'y a plus trace de cette bâtisse. Alimenté au fil des siècles par des graines et des plants venus des 4 coins de la planète, il offre à ses visiteurs un voyage extraordinaire dans le règne végétal. Au gré de ses 25 hectares, le promeneur découvre tout le petit monde de Pierre Poivre, botaniste et flibustier des épices. Le domaine nommé alors Mon Plaisir servit de lieu d'expérimentation à Pierre Poivre. En 1786, Pierre Poivre abandonnait avec regret son paradis botanique de l'île de France pour retourner à Lyon où il s'éteindra peu de temps après, à l'âge de 67 ans. À sa suite, le jardin de Pamplemousse poursuit son aventure sous la houlette du botaniste Nicolas Céré qui y consacra sa vie et sa fortune. À sa mort, le jardin tomba dans l'abandon tandis que l'île devenait britannique avant que James Duncan ne reprenne le flambeau de ses prédécesseurs à partir de 1849.

Le fer

Pamplemousses comptait dans les années 1745 un établissement métallurgique, comprenant à l'origine une raffinerie de salpêtre et un moulin à poudre. Connu comme les Forges de Mon Désir, cet investissement fut rendu possible après les analyses à Paris concernant la présence de fer dans le sol de Pamplemousses. La fonderie produisait 8 tonnes de fer par semaine.