Depuis janvier , l'association française Sidina anime des
ateliers de photographie dans quatre établissements du
pays. Ils sont : Terre de Paix, SAFIRE, ainsi que les écoles
primaires de Bambous et de Belle-Rose. Loin d'être une simple
partie de plaisir, ces classes s'insèrent dans une véritable
pédagogie d'intégration.
La photographie comme moyen d'expression et méthode active.
C'est sur ce concept que l'association française Sidina,
qui signifie "oiseau qui prend son envol" en
malgache, a mis en place son projet pédagogique. L'expérience
a débuté il y a dix ans à Madagascar. "L'idée
était de mettre en correspondance des enfants de France
et de Madagascar à travers l'image", explique
Karine Gougerot, une des trois représentants de Sidina,
dépêchés à Maurice pour ce projet.
Ils travaillent en collaboration avec les photographes du CAP.
Lors d'une exposition dans la Grande Ile, une Mauricienne découvre
le projet Sidina et invite l'association à travailler à
Maurice. Après une année de préparation,
où il a fallu notamment chercher des sponsors, le projet
a pu démarrer dans 4 écoles de l'île. Permettre
à l'enfant - la plupart du temps en situation d'échec
- de faire des photos, a un aspect valorisant. "Le fait
de laisser l'enfant manipuler l'appareil lui montre qu'on a confiance
en lui. D'autre part, cela fait une place pour sa participation."
Identité. Réaliser des clichés, les
analyser, s'exprimer sur les sujets apprennent à l'enfant
à s'accepter et à se projeter dans le futur. Pour
cela, les ateliers se déroulent par rapport à un
thème. À Terre de Paix, par exemple, le thème
choisi est "Identité." Thème qui
rejoint les autres activités de l'établissement.
Les jeunes sont ainsi appelés à prendre des photos
de tout ce qui se rapporte à leur identité et en
même temps, se réconcilier avec leur histoire.
Ce lundi, les élèves de Karine Gougerot analysent
des photos prises dans différents endroits de Terre de
Paix. Chacun s'exprime sur son choix. Cader a choisi de photographier
la cuisine. Même si ses camarades en profitent pour le taquinner,
il poursuit ses explications : "J'ai choisi la cuisine
parce que j'aime cuisiner." À la question : qu'est-ce
que tu sais cuisiner ? Il répond : "Mo konn kwi
gato maspin."
Au fil des semaines, les élèves pourront créer
leur propre petit livre identitaire et ainsi, raconter leur histoire
; une histoire qu'on n'a pas forcément envie de raconter.
On le sait, les problèmes de comportement chez les jeunes
découlent de leur histoire personnelle. Se réconcilier
avec son histoire, c'est aussi faire une ouverture vers les autres.
À ce sujet, la présence de François Chauffour
dans l'équipe de Sidina, est d'une grande aide. Celui-ci
a travaillé dans les structures d'enfants en difficultés
en France.
Appropriation. Outre la photographie, cette pédagogie
s'appuie également sur la peinture et le théâtre,
placé sous sa responsabilité de Jeanne Muyle. Mais
l'association française, présidée par Gérard
Amsellem ne veut pas pour autant imposer ses méthodes.
Elle travaille en collaboration avec les encadreurs des différents
centres, ainsi qu'avec les jeunes. La réorganisation de
l'emploi du temps, les règles en vigueur
tout se
fait en concertation. "Il faut qu'il y ait une appropriation
du cadre. La réglementation ne doit pas être perçue
comme une contrainte. De même, les interdits sont mis en
image." Dans le même esprit, des group leaders
ont aussi été nommés.
Ce projet est appelé à durer et à être
adapté aux réalités mauriciennes. À
terme, Sidina vise à former le personnel des organisations
mauriciennes, afin de le pérénniser. "Il
faut un transfert de connaissances, afin que les organisations
deviennent autonomes. Nous nous donnons trois ans pour la formation
et pour développer les outils pédagogiques autour
de la photographie."