Denis Menchov (Rabobank) a remporté le Giro 2009 dimanche.
Comme prévu. Néanmoins, le Russe aura eu la frousse
jusqu'au bout. Victime d'une chute dans le dernier kilomètre
du contre-la-montre romain, il aurait pu tout perdre. Menchov
termine finalement à la 10e place du chrono, dominé
par Ignatas Konovalovas.
C'était fini. Plié. Avec 20 secondes d'avance sur
Danilo Di Luca avant le contre-la-montre final dans les rues de
Rome, Denis Menchov ne pouvait plus être battu. Samedi,
l'Italien avait d'ailleurs pris acte de la victoire du leader
de l'équipe Rabobank. Menchov, lui, refusait de savourer
trop tôt. Plus par politesse qu'autre chose : "Je
n'ai pas encore gagné le Giro, ne serait-ce que par respect
pour mes adversaires et parce que j'ai seulement 20 secondes d'avance
sur Danilo." Il ne croyait pas si bien dire. Car ce n'est
jamais fini. 20 secondes, c'est peu face aux aléas du cyclisme.
Le Russe a failli l'apprendre à ses dépens, dimanche,
au pied du Colisée. En passant sous la flamme rouge, le
maillot rose était pourtant tranquille. Il pouvait même
espérer aller contester la victoire d'étape au Lituanien
Ignatas Konovalovas (Cervélo), installé au sommet
de la feuille des temps depuis près de deux heures.
Puis, à 800 mètres de la ligne d'arrivée,
sous la pluie, en pleine ligne droite, Menchov s'est brutalement
retrouvé au sol. Là, tout se bouscule. En une fraction
de seconde, le Russe peut tout perdre. A cette vitesse, une blessure
est vite arrivée. Mais Menchov se relève aussitôt.
Il se précipite vers sa machine. Il n'a pas vu son mécanicien,
sorti en trombe de la voiture Rabobank, pour lui amener son vélo
de rechange. Il monte dessus, se relance, repart, et fonce vers
l'arrivée, qu'il va rallier sans autre souci. Il a eu son
compte. Dans l'affaire, il a peut-être perdu une vingtaine
de secondes. C'est suffisant pour le priver du gain de l'étape,
qu'il boucle à la 10e place, à 24 secondes de Konovalovas.
Di Luca était parti en trombe. Mais l'étape,
Menchov s'en fout. Il peut bien la laisser, tant que le Giro ne
lui échappe pas. Heureusement pour lui, avant sa chute,
il avait de la marge sur Danilo Di Luca, qu'il devance finalement
de 21 secondes. Les livres d'histoire retiendront donc que 41
secondes séparaient le vainqueur du Tour d'Italie du centenaire
de son dauphin. Menchov retiendra pour sa part cette incroyable
décharge d'adrénaline qui lui est montée
dans les veines dans ce final. Sitôt la ligne franchie,
le Russe est descendu de son vélo. Là, on l'a découvert
comme jamais. Entre colère, émotion et joie, Menchov
s'est lâché. Un cri énorme. Un poing rageur.
Dans son attitude se mêlent la rage d'avoir vaincu et la
peur d'avoir tout perdu. Danilo Di Luca, comme tout le monde,
avait suivi ce dénouement fébrile et incrédule.
Le Killer n'aurait sans doute pas aimé rafler la mise de
cette manière, après avoir été battu
à la régulière.
Di Luca aura en tout cas tout tenté. Y compris dans ce
chrono. Le coureur LPR est parti comme une bombe. Très
vite. Trop, évidemment. Mais il voulait mettre une dernière
fois la pression sur Menchov. Après 3,3 kilomètres,
soit au quart du chrono environ, il avait repris cinq secondes
à Menchov. Tout redevenait possible. Sauf que Di Luca ne
pouvait tenir à ce rythme. Au pointage suivant, tout rentra
dans l'ordre, Menchov reléguant son adversaire à
14 secondes. Le coup de bluff n'avait pas marché. Rien
ne pouvait donc priver le Russe de son troisième grand
tour, après ses deux victoires sur le Tour d'Espagne. Leader
depuis le milieu de la deuxième semaine, vainqueur de deux
étapes, une en haute montagne et l'autre dans le premier
chrono individuel, Menchov n'a rien volé, même si
certains l'ont jugé trop défensif. Trop terne. Mais
l'ultime minute de ce Giro suffit à balayer à lui
seul le déficit d'émotions de ces derniers jours.
Qui osera dire après ça que Menchov ne méritait
pas ce maillot rose ?