L'annonce d'une maladie provoque un traumatisme psychique se traduisant
par une anesthésie émotionnelle. Le psychologue
clinicien Vijay Ramanjooloo explique cet état et souligne
les failles de notre système de santé au niveau
de l'accompagnement de fin de vie.
Vijay Ramanjooloo déplore l'absence de prise en charge
psychothérapeutique des patients en fin de vie. Un soutien
dont a aussi besoin leur proche autant que le personnel hospitalier,
afin d'évacuer le trop plein de tensions intérieures.
Prendre le temps de parler et de regarder ses émotions
est primordial dans ces cas. "La parole permet d'avancer
dans la compréhension de soi, de clarifier ses pensées.
Parler réduit le stress, même si ça ne résout
pas le problème."
Souviens-toi de mourir. Une phrase des moines Bénédictin
que ceux accompagnant les personnes en fin de vie devraient toujours
garder en tête. Afin de ne pas être en fuite face
aux angoisses que suscite la fatalité. Vijay Ramanjooloo
se souvient d'avoir été confronté à
ces angoisses lors d'un stage dans une Unité de Soins Palliatifs.
Il entamait alors sa quatrième année d'études
en France.
Les soins palliatifs est une aille des hôpitaux où
les patients passent ce qui leur reste à vivre, quand il
n'y a plus rien à faire. "Quand on parle de soins
palliatifs, on parle d'une attente de la mort", dit Vijay
Ramanjooloo qui se rappelle encore de son premier accompagnement
au Centre Hospitalier de Puteaux. L'étudiant en psychologie
qu'il était y rencontra un jeune homme, à un stade
avancé du SIDA.
"Sous la supervision de l'interne, j'ai commencé
à accompagner ce patient. Au fil de nos entretiens, souvent
teintés d'une réelle sympathie, je sentais que je
perdais pied. Humainement, je n'arrivais pas à suivre ;
je me sentais de plus en plus désemparé quand son
angoisse débordait le cadre de nos entretiens. Il disait
que chaque seconde qui passe est une minute en moins. On pouvait
sentir l'angoisse de sa mort imminente."
Le psychologue se remémore ses propres attitudes de retrait
et de protection. Il se demandera par la suite ce qui se passait
dans la tête d'un patient à qui on annonce une séropositivité
ou une maladie. Il est arrivé au constat que "l'amour
ou le plus profond désir de bien faire ne suffit pas pour
affronter la violence d'une mort imminente." Reste que
la situation n'est pas non plus évidente pour les proches.
"Ce patient vivait quelque chose que j'allais aussi vivre
à un moment ou un autre. Sauf que rien dans notre éducation,
ni personne ne nous a préparé à vivre, au
jour le jour, la maladie d'un être aimé. Cet homme
n'était pourtant pas un membre de ma famille." Le
deuil et la souffrance et tout ce qui cliniquement concerne la
mort interpellera le psychologue.
Être en face de la mort est angoissant. Le psychologue souligne
que c'est aussi valable pour le personnel soignant. Et de s'interroger
sur la motivation profonde qui pousse à être médecin,
aide-soignant ou psychologue. "Y a-t-il une volonté
de soulager la souffrance d'autrui. De faire que l'accompagnement
de fin de vie ne soit pas déhumanisante ?" Le
psychologue explique que des petites choses, comme un simple sourire,
peuvent dire beaucoup pour une personne en fin de vie, pour qui
sentir qu'elle est importante est déjà un soulagement.
À noter que Vijay Ramanjooloo est le seul psychologue à
accompagner 3 700 patients officiels vivant avec le VIH. "Ça
montre la considération que le gouvernement a pour le bien-être
des malades."