Les places pour la version aboutie de Mâ Ravan'
devront être payées en nature. Les spectateurs devront
troquer des vivres, destinés aux nécessiteux, pour
avoir accès à la Citadelle. Une opération
prévue pour début octobre.
Ne pas simplement s'acheter une bonne conscience avec un ticket
de spectacle dont les recettes serviraient à financer une
organisation humanitaire. Dhiren Moher lance une invitation au
public à s'engager dans une démarche sociale et
lui propose un troque : des vivres pour les nécessiteux,
contre une entrée au spectacle Mâ Ravan' Une
pièce transocéanique présentée par
la compagnie réunionnaise Talipot entre les murs de la
Citadelle.
Le comédien Thierry Moucazambo précise que par le
geste d'amener des vivres pour assister à une représentation,
le spectateur prend un engagement humain. "Il reconnaît
l'autre comme son frère et lui offre quelque chose en nature.
C'est un geste qui vient cur." Ce concept est initié
par Dhiren Moher qui, de par son statut de travailleur social,
souhaite sensibiliser le public et l'appeler à directement
contribuer pour venir en aide à ceux qui sont dans le besoin.
Cette idée entre en résonance avec la démarche
artistique de Thierry Moucazambo et Philippe Pelen Baldini : la
culture et l'art peuvent être vecteurs de solidarité.
"Ce que j'aime dans l'idée de Dhiren est que les
gens apportent des vivres - ce qui permet de rester vivant - en
échange du spectacle." Philippe Pelen Baldini
poursuit que la culture est aussi importante que la nourriture,
car elle nourrit l'âme et le cur et donne la possibilité
d'être debout.
Mâ Ravan' est une création porteuse de messages
qui relient à la grande histoire qu'est la nôtre.
Ce spectacle honore les esclaves marrons et ceux qui furent oppressés.
Thierry Moucazambo et Philippe Pelen Baldini s'accordent à
dire que ce qui oppresse de nos jours c'est la pauvreté,
l'isolement, le déni, l'ignorance de sa propre histoire
C'est pour se mettre au service des autres que nos trois interlocuteurs
se sont réunis pour monter cette opération. Précisons
que des versions courtes de Mâ Ravan' seront proposées
dans les quartiers isolés afin d'aller à la rencontre
des gens. "On sent que c'est notre devoir en tant qu'humain
d'aller vers les autres. C'est notre responsabilité en
tant qu'artiste."
Les voix des artistes et celui du travailleur social se confondent
pour expliciter la motivation de leur projet commun : "Amener
du beau dans le monde ; notre participation pour le rendre meilleur.
Notre façon de partager et d'essayer de soulager tous ceux
qui ont faim." Des sponsors sont recherchés pour
rendre ce projet possible et pour accueillir les habitants de
quartiers isolés au vieux fort de Port-Louis.
Des ateliers de théâtre ainsi que des forums devraient
aussi être initiés dans le cadre du projet. À
savoir que les artistes indianocéaniques du spectacle sont
issus de quartiers difficiles et témoignent d'une réussite
autant que d'une espérance de vie. La ravanne est à
propos pour ce projet. Elle est, selon la définition des
hommes de théâtre rencontrés, l'instrument
rituel qui permet le lien entre les personnes autant que toutes
les îles de l'océan Indien ; le tambour qui transcende
les communautés et établi le lien avec notre origine.