Le Muvman Liberasyon Fam (MLF) a demandé aux autorités
de suspendre la loi de 1838 rendant l'avortement illégal.
Cela, en attendant l'élaboration d'une nouvelle loi, plus
adaptée à la société moderne. Le réseau
des femmes WIN a annoncé son intention de soutenir cette
démarche du MLF. De même, un front commun des associations
féminines est en train de se mettre en place dans le même
but. Nous nous sommes intéressés aux questions d'ordre
pratique dans une telle éventualité. Afin de s'assurer
que les femmes seraient protégées jusqu'au bout
et en même temps, pour lancer la réflexion autour
de toutes ces questions. Lindsey Collen du MLF a accepté
d'y répondre.
Scope : Au cas où la loi est suspendue comme vous le
réclamez, comment s'assurer que les femmes n'aient plus
recours aux pratiques à risques ?
Lindsey Collen : Tout d'abord le ministère de la
Femme et toutes les organisations féminines doivent faire
savoir aux femmes, que l'avortement n'est plus illégal,
donc, qu'il n'y aura pas de poursuites. Mais surtout, il faut
faire savoir aux femmes, qu'elles peuvent se rendre à l'hôpital,
à la clinique ou chez un médecin du privé,
librement, pour se faire avorter. Il y a un comprimé connu
comme le RU-486, utilisé dans d'autres pays pour interrompre
une grossesse. Il peut agir jusqu'à neuf semaines de grossesse
et le traitement se fait en deux phases : un comprimé le
premier jour et un deuxième, deux jours plus tard. Idéalement,
le deuxième comprimé doit être obtenu lors
d'une deuxième consultation, 48 heures après la
prise du premier comprimé. Deux semaines plus tard, il
faut retourner chez le médecin, pour s'assurer que tout
va bien. Le RU-486 doit être disponible, sur ordonnance,
dans le service public ou privé.
Toujours est-il que, dans un premier temps, il y aura toujours
des femmes qui auront recours aux charlatans. Soit, par ignorance
des nouvelles dispositions de la loi, soit parce qu'elles hésitent
à aller vers la filière médicale pour des
raisons de confidentialité.
Justement, nos hôpitaux sont des endroits publics et
la sexualité est encore tabou dans notre société.
Comment éviter la stigmatisation ?
- Sur ce point, je pense qu'il n'y aura pas trop de différence
avec ce qui se passe en ce moment. C'est-à-dire que, quand
une femme est admise dans la section gynécologie, il n'y
a aucune différence entre une femme qui a fait une fausse
couche, une autre qui a fait un curetage ou une autre qui a eu
des complications après un avortement clandestin. De ce
point de vue, je pense que les risques de stigmatisation seront
minimes. Il faut savoir que la honte relève du social.
Elle va certainement diminuer au fur et à mesure que le
tabou et l'hypocrisie autour de la sexualité va disparaître.
En revanche, il faut s'assurer que le service dans nos hôpitaux
soit efficace. De mon expérience personnelle, je dois dire
que ce service est exceptionnellement bon.
Selon vous, quel est l'encadrement nécessaire à
une femme qui décide de se faire avorter ?
L'encadrement médical est primordial. Le médecin
doit s'assurer que la femme soit sûre de vouloir se faire
avorter. Normalement, cela doit impliquer une première
visite, suivie de deux ou trois jours de réflexion. Seulement
après cela, l'avortement peut avoir lieu, par comprimé,
comme je l'ai dit plus haut, ou par toute autre méthode
que le médecin jugera approprié. En ce qui concerne
les séquelles psychologiques, je dirai qu'elles diminueront
au fur et à mesure que la sexualité deviendra un
sujet plus ouvert. Toutefois, le gouvernement doit offrir un encadrement
psychologique approprié.
Quel serait le rôle de l'éducation sur cette question
? Comment faire pour que notre politique de contrôle
des naissances soit plus efficace, afin de toucher plus de femmes
?
- La première chose est de faire installer des distributeurs
de préservatifs dans les endroits comme les discothèques,
les toilettes publiques, les lieux de travail, les toilettes des
restaurants et aux supermarchés. Pour le moment, ces distributeurs
existent dans peu d'endroits, comme les centres de femmes. Ensuite,
il faut tenir les femmes au courant de l'existence de la pilule
du lendemain. Qu'elles peuvent le prendre jusqu'à 72 heures
après une relation sexuelle, si jamais elles ont des doutes
sur une possibilité de grossesse. Par ailleurs, il faudrait
dynamiser la campagne sur la contraception. Les pilules et autres
moyens de contraception doivent être disponibles dans les
centres de santé public même après les heures
de travail.
Quel rôle l'homme devrait-il jouer concernant l'avortement
?
De manière générale, les femmes prennent
toujours tout en main elles-mêmes. A partir de la décision
finale, jusqu'aux démarches à entreprendre. Mais
il est évident que l'aide et le soutien d'un ami ou du
partenaire peuvent aider grandement pendant ce moment assez pénible.
Toutefois, beaucoup de femmes n'ont pas trop d'espoir concernant
ce soutien précieux du partenaire. Il y a celles qui sont
abandonnées, lorsque le partenaire apprend quelles sont
enceintes, d'autres qui sont violées ou subissent des incestes.
D'autres encore sont dans le domaine de la prostitution. Ajouté
à cela, les hommes ne sont pas trop habitués à
ces domaines relatifs au sang. Qu'il s'agisse de fausse couche,
d'avortement ou d'accouchement. Et puis, il y a aussi les femmes
qui préfèrent réserver ces domaines à
elles et à d'autres femmes. Elles n'aiment pas trop que
les hommes viennent s'y mêler.