Empowerment. Voilà un mot très à la mode.
Même dans le monde du syndicalisme, ce concept est aujourd'hui
adopté, afin de permettre aux travailleurs de mieux se
préparer aux changements s'opérant dans le monde
de l'emploi. À la confédération des travaillleurs
du secteur privé, c'est l'informatique qui est proposé
comme bouée pour nager dans une société en
pleine ébullition.
Le samedi est un jour très animé au siège
de la confédération Travayer Sekter Privé,
à Rose-Hill. Outre les habituelles allées et venues
des délégués syndicaux et des employés
en quête de conseils, c'est aussi le jour des cours en informatique.
Contrairement aux autres classes du même genre, ici, ce
ne sont pas des étudiants qui suivent les classes, mais
des travailleurs venant du textile, de la construction
,
ainsi que leur famille. Une manière pour Jane Ragoo et
ses collaborateurs de démontrer que le syndicalisme ne
se limite pas aux manifestations de rue, mais s'étend au
bien-être des travailleurs dans son ensemble. Dans le même
esprit, une People's Cooperative Credit Union a été
lancée à la fin de l'année dernière
(voir hors-texte).
Savoir. Bernadette est employée de maison. Comme
tout le monde, elle avait entendu parler de l'informatique, mais
n'avait absolument aucune idée de ce qu'on pouvait faire
avec un ordinateur. Poussée par son mari, elle s'inscrit
au cours. Depuis, les mots words, excel, internet
ressemblent
moins à du chinois pour elle. "Mo trouv tousala
byen interesan. Aster mo kapav ed mo bann zanfan. Komputer se
enn zouti byen importan." Voilà des connaissances
à ajouter à son caractère jovial.
Si pour Bernadette, l'informatique restera un savoir en plus,
sans pour autant s'en servir dans son travail, sa voisine de classe,
Rooksana, elle, compte bien en profiter pour se rendre plus utile
dans son boulot. Employée dans un école pré-primaire,
elle espère pouvoir partager ses connaissances avec les
enfants. Même si ce n'est que pour un petit jeu. L'usage
de l'ordinateur, Rooksana s'y est déjà essayée,
mais "bann zanfan pena pasyans pu montre."
Langue. Ce qui fait, justement, la différence ici,
c'est que les explications sont en créole. Donc, plus accessibles
aux stagiaires. Une fois le concept assimilé, on leur donne
alors, les équivalences en anglais. Puisqu'il n'y a pas
(encore) de logiciel en créole. C'est ce qui intéresse
également Mario qui, lui, vient du secteur de la construction.
Ce père de famille se dit conscient que la vie évolue
et que le monde du travail devient de plus en plus exigeant. Il
n'entend pas rester en arrière. D'autant plus, il partage
ses nouvelles connaissances avec sa fille. "Mem kan nou
ena enn fami a lexteryer, li vinn pli fasil pu kominike."
Tout ceci se passe sous la supervision de Charles Ramsamy et de
Stellio Cunnusamy, les formateurs du jour. Eux aussi viennent
du secteur de la construction et ont élargi leurs connaissances,
pour ensuite, les partager avec les autres. L'idée d'un
tel projet germe il y a trois ans. "Nous voulions faire
quelque chose pour aider les travailleurs et leurs familles. Un
négociateur nous a alors proposé des cours en informatique",
relatent-ils.
Une activité de levée de fonds permettra à
la fédération d'acheter 3 premiers ordinateurs.
Un autre leur est offert par la fédération internationale
des syndicats de la Building and Wood Industry. L'Union
Européenne s'associera plus tard au projet. Aujourd'hui,
l'école compte 24 ordinateurs. Des cours de base en Word,
Excel et Internet sont proposés dans un premier temps,
en attendant des cours avancés. "Nous attendons
que d'autres prennent la relève, afin que nous puissions
nous consacrer aux cours avancés."
Frais. Combien coûte tout cela ? Rs 250 seulement,
s'empressent-ils de répondre, avant de préciser
: "Au fait, le cours lui-même n'est pas payant.
Cette contribution sert aux frais d'électricité,
de connection à Internet et d'entretien. Ailleurs, une
telle formation coûte beaucoup plus chère."
Pendant 12 semaines, à raison d'une session d'une heure
et demie de cours chaque semaine, le stagiaire s'engage à
compléter les 3 modules au programme. À ce jour,
environ 500 personnes ont déjà été
formées à travers cette école. "Parfois,
il y a des personnes qui viennent en couple ou en famille. Actuellement,
nous avons une famille au grand complet. Cela nous encourage à
aller de l'avant."
Si pour le moment, cette formation est non-formelle, nos interlocuteurs
espèrent, avec plus d'expérience, pouvoir émettre
des diplômes. Pour l'heure, ils se contentent de la joie
qui leur sont renvoyés, à travers les yeux illuminés
de tous ces travailleurs, qui découvrent, pour la première
fois, un écran d'ordinateur.