Week-End/SCOPE


CONSTAT : LOI ANTI-TABAC

Les fumeurs dans les vapes

C'est toute une manière de faire qui est soudain appelée à changer. Depuis le 1er mars il est strictement interdit de fumer dans le endroits publics. Et d'autres réglementations accompagnent les nouvelles dispositions du Public Health Act. Les infractions sont punies par la loi. Aux fumeurs de savoir faire attention. Mais ce n'est pas toujours facile.

La forte dépendance que provoque la nicotine chez les fumeurs a une influence directe sur le comportement de ces derniers dans leur quotidien. Fumer devient alors un réflexe bien naturel, un besoin souvent essentiel qui entraîne des gestes dont on se sépare difficilement. Seulement voilà… Cette nouvelle loi anti-tabac visant à interdire le tabac dans des lieux public vient tout chambouler. Cela, Sabriyah Jamalkhan a commencé à le ressentir. Loin d'être une accro de la clope, elle trouve néanmoins ces nouvelles mesures un peu trop rapides : "Il aurait fallu d'abord encadrer les fumeurs, leur donner le temps de s'habituer à cette nouvelle loi avant de prendre des sanctions. Les habitudes entraînent des oublis, et le temps d'adaptation risque pour certains d'être long."

Pour éviter de se retrouver dans cette situation, Gino David, fumeur depuis quatre ans a décidé, il y a une semaine d'arrêter la cigarette. Raison évoquée : "Cette nouvelle loi dérange. J'ai choisi de m'abstenir en période de carême et mieux de ne plus retoucher à la cigarette." Parviendra-t-il à y arriver ? Sourire… "Avec de la volonté. C'est l'environnement qui fait le fumeur et qui l'influence sur sa manière d'être." Ajoutant : "Tout dépend aussi si l'individu est un light smoker ou un gros fumeur." Gino David raconte qu'un de ses amis qui est un gros fumeur a eu recours à des patchs. Expliquant : "Il existe des produits de substitutions pour pallier à ce manque comme les patchs que l'on colle sur la peau ou des gommes à mâcher qui fonctionnent selon le même principe que les patchs."

Frustrations. Mais qu'en est-il de ceux qui ont développé une dépendance face à la cigarette? Pour certains, à l'instar de David Joseph, gardien de parking, c'est presque impossible de s'en défaire. Ses mains trahissent son geste qu'il a l'habitude de faire chaque jour, soit d'allumer une cigarette. L'homme n'est visiblement pas le premier à se réjouir de cette imposition. Lui qui fume jusqu'à 10 cigarettes par jour a du mal à ne pas griller une clope. "Extra mate ! C'est clair, je suis incapable de me mettre dans la peau d'un non-fumeur." Agacé, c'est le mot qu'il laisse échapper. Même constat auprès de Jane qui fume 20 cigarettes par jour et qui ne mâche pas ses mots : "Impossible de m'arrêter. Avec cette nouvelle loi, cela me donne trois fois plus envie de fumer. La fumée est nocive, je l'admets, mais, je suis contre cette loi. Pourquoi fumer sur la plage c'est possible, cela n'a aucun sens. Qu'en est-il de l'environnement ?" Autre question soulevée par Jane : "Comment se défouler en boîte si pour fumer, il faut partir sur la terrasse. A-t-on seulement pensé à ces fumeurs qui n'arrivent pas à s'arrêter ?"

Réactions. Réagissant à cette question, Max Suen Fa de la discothèque Blue Velvet raconte que cette réaction s'est faite entendre auprès des fumeurs. "Dès qu'un client achète à boire et qu'il dépose sa boisson sur le bar pour aller fumer sur la terrasse, il a de fortes chances à son retour de perdre à la fois sa boisson et sa place. C'est difficile de gérer une cinquantaine de gens qui déambulent. Les clients sont agacés, certains sont encore dans le flou. La loi est bonne, mais est-elle vraiment applicable dans les discothèques. Il faudrait créer des zones de fumeurs et de non-fumeurs, mais là encore, c'est un grand débat, car dans une discothèque c'est quasiment impossible d'accommoder autant de gens." Jane souligne qu'un autre effet de cette loi sera que les clients fumeurs se verront décourager et ne viendront plus en grand nombre dans des restaurants. "Si à chaque fois, il faut fumer en plein air, c'est décourageant. Il aurait mieux fallu faire deux espaces, celui du fumeur et du non-fumeur." Idée que ne rejoint pas forcément Anand Manraj, Operations Manager au Shooters Sports Pub & Grill. Pour lui, cette nouvelle loi permet de réfléchir sur la santé et sur le danger que la cigarette a sur une personne et sur les gens qui l'entourent.

Sensibiliser. Pour Anand Manraj, avant même la mise en place de cette loi, il a commencé à sensibiliser les employés pendant une semaine. "Un responsable de département doit d'abord encadrer son personnel afin qu'à leur tour, ils arrivent à faire passer le message au client." De la journée du dimanche 1er mars, soit le jour de l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, à lundi, Anand Manraj dit qu'il est encore trop tôt pour se prononcer : "Les fumeurs qui sont venus ont bien réagi. Mais, là où la vraie question se pose est comment faire un accro de la cigarette se passer de sa dose au quotidien. Tout réside dans une question de volonté et d'accompagnement" précise l'interlocuteur.

Autre effet de cette loi, les cigarettes seront vendues uniquement en paquet de 20 à partir du 1er juin et les commerçants ne pourront plus les vendre au détail. Pour Mme Dabedeen, de Friendly Shop, c'est une bonne initiative. "En tant que mère, j'approuve cette loi, surtout pour les jeunes." Un autre boutiquier du Ward IV partage son avis, estimant que son commerce ne sera pas affecté par les nouveaux règlements: "Nous on applique la mesure. Où cela est plus difficile, c'est pour les gens qui vont au restaurant, et qui après un bon repas devront partir dehors pour fumer. Là, ce sera plus difficile à mon avis pour s'adapter." Jean-Marc, la trentaine acquiesce, lui a l'habitude d'acheter au détail. "Je fume pas beaucoup, donc j'aime bien acheter au détail. Je devrais maintenant acheter en paquet de 20, ce qui risque de m'inciter à fumer plus."

Les points de vues divergent entre compréhension, amertume et frustration, les accros de la clope sont encore dans les vapes. Alors que les non-fumeurs eux se frottent les mains, les nouveaux règlements représentent visiblement pour eux, une bouffée d'air frais.


Que dit la loi ?

Interdiction de fumer dans des lieux publics, à l'exception des plages, dans des espaces ouverts. À partir de ce 1er mars, suivant les nouvelles réglementations de la loi, il sera interdit de fumer dans les restaurants, les bars, les discothèques, les arrêts d'autobus, les boutiques, les jardins publics, les lieux de travail. Interdiction également de fumer dans les transports en commun, dans les établissements de santé, les institutions éducatives et sur les infrastructures sportives. Tout responsable d'un lieu public doit aussi prendre les mesures appropriées pour interdire la cigarette, à l'instar des étiquettes No smoking. Pour savoir plus sur cette interdiction, il convient de se demander c'est quoi un lieu public ? Cet amendement disponible sur Internet http : // www.gov. mu/ portal/ site/ mohsite explique qu'un public place est un lieu où il est interdit de fumer soit un endroit à l'intérieur qui est ouvert au public, un lieu de travail ou un autobus, etc… Il est aussi dit qu'un indoor area est un espace ouvert par un toit et qui aurait un mur ou plus. Il est aussi interdit aux automobilistes de fumer dans leurs voitures, même si leurs passagers sont aussi des fumeurs. Ils ne pourront le faire qu'à condition où ils soient seuls dans leurs voitures.


Amendes

Selon les nouvelles dispositions du Public Health Act, ceux qui enfreindront la loi risquent une amende de pas moins de Rs 5 000 et ne dépassant pas Rs 8 000 à la première offense. À la deuxième, ils devront payer une somme variant entre

Rs 8 000 et Rs 10 000. Et pour la troisième offense, ce sera la prison pour une période ne dépassant pas 12 mois. Ces sanctions qui seront imposées aux fumeurs qui ne respecteront pas l'interdiction et aussi aux propriétaires des "public places" qui ne respecteront pas la loi et ne la feront pas respecter.


ALCOOL :Discussion sur le pub réclamée

Autre mesure de la nouvelle loi : l'interdiction formelle de la publicité sur les boissons alcoolisées. Cette nouvelle réglementation ne fait cependant pas l'unanimité. Pour Vino Sookloll, directeur de l'agence de publicité Cread, le problème n'a pas bien été mesuré. "Le problème n'est pas vraiment la pub, car depuis 20 ans, il n'y a plus de publicité autour du tabac. Ce qui est une bonne chose. Pour l'alcool, l'objectif est de protéger les Mauriciens contre ce fléau." De là à interdire les pubs, Vino Sookloll se dit contre : "L'objectif de cette loi ne devrait pas porter sur l'interdiction d'une pub autour de l'alcool. Ce n'est pas en interdisant la pub qu'on arrivera à empêcher les gens de boire. C'est aux agences de publicité, les médias de faire passer ce message : Na pas boire pu sou, certes devrait être le slogan, mais il y a une autre façon de boire, pour socialiser." Du côté des médias, où le dialogue avec les autorités est souhaité, le point avancé est que le consommateur doit avoir accès à l'information. Communiquer sur les boissons alcoolisées n'équivaut pas à inciter. Le principe étant d'aider les consommateurs à choisir.


Vente

À partir du 1er juin, il ne sera plus question de vendre des cigarettes en détail. Les cigarettes seront vendues en paquet de 20. Obligation de mettre un avertissement de santé sur tous les paquets de cigarette, libellé en deux langues, couvrant 65% de l'espace sur les côtés pile et face avec une image explicite. Obligation des revendeurs de tabac d'installer un panneau informant que la vente est interdite aux mineurs. Aucune exposition des cigarettes en vente permise, à l'exception des boutiques hors taxes situées à l'aéroport. Interdiction de vendre des paquets de cigarettes contenant des messages à l'effet que ces produits seraient "mild, low tar, light". Interdiction d'importation et de vente de cigarettes parfumées et du tabac à chiquer. Interdiction de la publicité pour les produits de tabac y compris les parrainages.