REPORTAGE : MELON D'EAU/ANANAS
Les secrets des fruits de saison
En été, on croque les fruits de saison à
pleines dents. Pour une fois qu'on peut y aller sans modération,
on ne va pas s'en priver. Letchis, mangues, fraises, ananas et
pastèques ont inondé le marché et ça
change des incontournables pommes et oranges importées.
Si les mangues et les letchis nous viennent la plupart du temps
des vergers ou des arrières cours, tel n'est pas le cas
pour les autres. Visite chez deux planteurs, qui nous aident à
mieux connaître les fruits que nous portons à la
bouche.
A l'entrée du village de Camp de Masque Pavé, à
l'est de l'île, un énorme ananas sculpté,
nous indique que nous sommes dans la région privilégiée
de ce fruit à la fois sucré et acide. On peut apercevoir
au loin, sur le flanc de la montagne et tout au long de la route,
menant à Bel Air, les plantations d'ananas. A Clémencia,
Sanjay Proag nous attend pour nous guider dans les sentiers rocheux
menant à sa plantation. On ne peut que s'émerveiller
devant d'aussi gros Victoria se dressant majestueusement au sommet
des plantes. On en trouve rarement sur le marché local.
Car après la cueillette, on fait le tri. Les plus gros
vont à l'exportation, car il y a certaines normes à
respecter. Il y a ensuite les fournisseurs des hôtels. Le
reste va au marché local. Sanjay Proag a hérité
de la culture d'ananas de son père. Avec ses deux frères,
Sudesh et Soobodh, il perpétue la tradition.
Pluies. Cette année, la culture d'ananas a été
affectée par les grosses pluies. Les plantes, qui nécessitent
un sol drainant, ont pris l'eau pendant au moins 6-7 jours. "
Mais l'ananas est un genre de cactus, donc résistant, mais
dont on ne peut évaluer les dégâts sur le
moment. Ce n'est qu'à la récolte qu'on mesure l'impact
des averses, de par la qualité des fruits", indique
Sanjay Proag. Contrairement aux planteurs de légumes, par
exemple, les planteurs d'ananas ne sont pas indemnisés
en cas de catastrophe naturelle.
Si la région est réputée pour la culture
d'ananas, c'est en raison de son sol rocheux et de son climat
tempéré. Ici, pas d'arrosage nécessaire.
En revanche, pas de mécanisation possible. Sudesh, le frère
aîné de Sanjay, vient de commencer une nouvelle plantation
à Camp Thorel. " Ici, il pleut souvent et il fait
un peu froid, c'est moins approprié qu'à Clémencia
", avance-t-il. Au total, la famille possède une
centaine d'arpents sous culture d'ananas dans différentes
régions de l'île. La production totale pour 2007
s'élève à 200 tonnes. 20% est consacré
à l'exportation.
Difficultés. Si ces chiffres peuvent faire sourciller,
il faut savoir que planter des ananas n'est pas aussi évident.
"Beaucoup de personnes ont commencé à planter
des ananas et ont dû abandonner par la suite. Dans certains
cas, nous avons même été appelés à
reprendre les plantations ", confie Sudesh Proag. Si
ses frères et lui ont eu de la chance dans ce domaine,
c'est parce qu'ils ont hérité des connaissances
de leur père. " Si quelqu'un veut se lancer dans
ce domaine aujourd'hui, cela va être très difficile.
Je ne l'encouragerai pas", poursuit-il.
Outre le fait que l'ananas demande 1 an à 11/2 an pour
arriver à maturité et qu'il faut maîtriser
les techniques de la culture, il est difficile de nos jours, de
trouver de la main d'uvre (voir hors-texte) et les coûts
de production sont énormes. En l'espace de 3 ans, le prix
des fertilisants a doublé, de même que celui du plastique
recouvrant le sol. "Le coût de production est de
Rs 120 000 à Rs 125 000 par arpent." Ajouté
à cela, il faut respecter scrupuleusement les normes pour
les marchés européens et l'absence d'un organisme
certifiant la qualité n'arrange pas les choses. Pour ce
qui est du marché local, Sudesh Proag est d'avis que la
vente à l'encan, où les fruits sont exposés
à même le sol est dépassée.
Pastèques. A quelques kilomètres de là,
dans les champs de Deep River, la récolte de pastèque
ou melon d'eau, bat son plein. La scène est hors de l'ordinaire.
Six hommes se relaient pour charger le camion. Les fruits étant
très lourds, ils choisissent de les lancer, l'un à
l'autre pour parvenir au véhicule. Depuis très tôt
le matin, ils répètent les mêmes gestes et
on les entend se plaindre de douleurs aux bras, accompagné
de grands éclats de rire. Le travail se passe dans la bonne
humeur.
Ici également, il s'agit d'une entreprise familiale. Rishi
Jowaheer et ses deux frères Raj et Devraj cultivent des
melons d'eau depuis une quinzaine d'années. Les terrains
appartiennent à la sucrerie de Deep River Beau-Champ. C'est
dans les interlignes que les pastèques sont cultivées.
" La période idéale pour planter le melon
d'eau est le début de septembre. Généralement,
il faut compter 3 mois avant la récolte. Mais comme il
fait de plus en plus chaud, souvent, les fruits sont prêts
avant cette période ", dit Rishi Jowaheer.
Eau. Contrairement à l'ananas, la pastèque
nécessite beaucoup d'eau. Il faut donc procéder
à l'arrosage quotidiennement. Pour cette raison, les planteurs
optent pour des terrains situés près des cours d'eau.
Le sol doit cependant être drainant. Voilà pourquoi
le melon d'eau ne pousse pas dans les régions humides.
On comprend tout de suite que les grosses pluies ont également
affecté les plantations de melon d'eau également.
" Certaines plantations ont été complètement
détruites et il a fallu tout recommencer. "
On compte plusieurs variétés de melon d'eau sur
le marché. La variété militaire, qui se distingue
par ses rayures, produit les plus gros fruits. Si la culture est
bien réussie, il faut compter 10kg à monter par
fruit. Mais le prix n'est pas toujours assuré. Comme les
melons d'eau sont vendus à l'encan, se sont les acheteurs
qui proposent leurs prix. Et cela varie en fonction des autres
fruits de saison disponibles sur le marché.
Maîtrise. Cultiver des melons d'eau demande une certaine
maîtrise. Rishi Jowaheer conseille à ceux qui veulent
s'y lancer, de commencer par petites quantités, avant de
se lancer dans les grandes cultures. Il faut aussi penser aux
coûts. Là encore, le prix des fertilisants a considérablement
augmenté, sans compter qu'il faut prévoir du diesel
pour l'arrosage. "Pour une journée d'arrosage il
faut au moins Rs 1 000 de carburant." Il faut également
prendre en considération que le melon d'eau est un fruit
de saison et prévoir une autre culture à l'intersaison.
Dans son cas, c'est le concombre et le giraumon que cultive Rishi
Jowaheer.
Voilà autant de choses à savoir et auxquelles penser,
la prochaine fois que nous croquerons une tranche d'ananas ou
de melon d'eau.
Main d'uvre
Le problème de main d'uvre dans ce secteur se fait
de plus en plus sentir. Sudesh Proag confie que la majorité
de ses travailleurs ont plus de 60 ans. Les jeunes ne veulent
pas travailler dans les champs. Même constat chez Rishi
Jowaheer qui engage des femmes pour planter et des hommes pour
la récolte. " La plupart ont pris leur retraite
de l'industrie sucrière. " Pour sortir de la situation,
les frères Proag ont fait une demande pour importer de
la main d'uvre étrangère. Mais ils attendent
toujours. "On parle de crise alimentaire, mais comment
produire plus si nous n'avons pas de main d'uvre ?",
se demande Sudesh Proag.
Plantules et semences
L'ananas est une plante qui produit ses propres plantules. Après
la cueillette, la plante produit des bourgeons, environ une dizaine.
Ceux-ci vont grandir pendant 6 mois. Après quoi, les plantules
sont enlevées, séparées et mises en terre.
Ce qui fait que le planteur d'ananas n'achète pas de nouvelles
plantes chaque année. Pour le planteur de melon d'eau c'est
différent. Il doit acheter de nouvelles semences, importées,
à chaque nouvelle saison. Chaque plante ne rapporte qu'une
fois.