Sa voix est un don spirituel. Saminaden Mootoosamy est de ceux
qui chantent avec leur âme. Il déploie en ce moment
son vibrato dans les Kovil du pays dans le cadre du carême
tamoul Govinden.
Traverser le hameau de Beau Climat sous une pluie battante
un pied de nez météorologique. Le regard se perd
sous les abondantes larmes qui perlent du ciel diluvien. L'averse
désespérément cherche à délaver
le tendre vert des feuilles. Des champs sucrés bordent
la route vers Britannia. Rendez-vous pris dans ce doux village
pour écouter ce chant qui a traversé le temps et
l'océan.
Direction plein sud. Un moulin à sucre. Deux temples tamouls.
Bifurquer à droite vers Camp Berthaud. Demander la citerne
à eau pour trouver notre homme. Tout le monde le connaît
là-bas : Saminaden santer ? Limem ki ena enn laboutik-la
sa ! On le trouve effectivement derrière son comptoir
avec quelques clients qui attendent que passe la pluie. Un kurta
grenat. Des anneaux aux oreilles pour que la tradition ne se perde
pas ?
Le sourire de Saminaden Mootoosamy est comme des bras grands ouverts
prêts à accueillir des visiteurs dans son humble
demeure. Sa maison est certes petite mais son cur est grand.
Ça se sent comme on devine une aura de mystère.
La grandeur d'âme des gens de peu est souvent d'une immensité
incommensurable. On trouve presque toujours en eux des morceaux
de paradis tombés du ciel. Les curs purs sont souvent
ceux des hommes pieux. Saminaden Mootoosamy est de ceux-là.
Notre homme porte en lui une chose enchanteresse et profondément
spirituelle : une vibrante voix qui, quand elle se déploie,
touche les cordes sensibles de ceux qui se laissent pénétrer
par la mélodie divine. Sa tessiture est instrumentée
pour porter aux nues des louanges célestes. Car son amour
pour la chanson est cultivé dans une fervente dévotion
quotidienne.
Sa ré ga ma pa da ni sa. Chaque matin est ponctué
par le rituel des vocalises. Derrière son comptoir de boutiquier,
il s'exerce. Décline ses gammes comme on récite
une prière. On le sait à Camp Berthaud : Saminaden
est un artiste dans l'âme. Un artiste qui livre sa voix
en partage aux autres autant qu'à la gloire du dieu Krishna,
dans une complainte religieuse. Des implorations souvent joueuses
pour le carême tamoul : Govinden.
Chaque samedi soir pendant quarante jours, Saminaden Mootoosamy
s'en ira accomplir un pèlerinage dans sept temples d'affilée.
Pour chanter de pieuses louanges jusqu'au matin. Des instruments
traditionnels et la perpétuation d'une culture ancestrale.
Sa voix résonne aussi pour que la langue tamoule ne s'éteigne
pas ici bas. Il met ainsi son talent au service des traditions
qui composent la richesse culturelle du pays.