"Touchez jusqu'à Rs 40 000 par mois", "Débutez
avec le salaire d'un directeur", "Nos meilleurs agents
touchent jusqu'à Rs 70 000 par mois" Tels sont
quelques-uns des slogans utilisés pour attirer les intéressés
La concurrence pour recruter dans les centres d'appels est très
agressive. Et pour cause ! Le secteur est en pleine expansion
et la main d'uvre qualifiée est une denrée
rare. En l'absence d'une loi spécifique pour réglementer
le secteur, c'est un peu la jungle : chacun recrute chez l'autre,
tandis que les employés crient à l'exploitation
et à l'insécurité d'emploi.
Parce qu'elle avait un petit gâteau sur la table pendant
son heure de production, cette employée d'un centre d'appels
a failli perdre son emploi et s'est retrouvée avec un avertissement.
Une anecdote qui lève un pan du voile sur l'ambiance prévalant
dans certains call centres. Des employés n'hésitent
pas à évoquer des conditions "quasi-esclavagistes"
et réclament la réglementation du secteur. Il faut
savoir que le secteur des TICs, comprenant entre autres, les centres
d'appels est régit par les lois générales
de l'emploi et du BIT. "Cela fait une dizaine d'années
maintenant que les call centres sont présents à
Maurice, qu'est-ce qu'on attend pour réglementer le secteur
?", se demande Myrna, télé opératrice
pour la filiale d'un groupe très réputé à
Maurice.
Primes. Si on parle de salaire élevé dans
ce secteur, il faut savoir que tout se joue sur les primes de
performance. Le salaire de base ne représente qu'une somme
minime dans la totalité. "Le salaire de base dans
les call centres varie entre Rs 8 000 à 9 000. Ensuite
il y a les primes. Par exemple, là où je travaille,
nous touchons un bonus de Rs 2 300 pour chaque tranche de 20 rendez-vous
pris."
Mais qui dit performance dit aussi bosser dur, sans compter qu'il
y a des conditions qui y sont attachées. "Chez
nous, chaque agent doit faire 150 appels par jour et compléter
195 h de travail par mois. Les superviseurs sont toujours derrière
vous pour veiller à ce que ces chiffres soient respectés
et vous bousculent même. Nous sommes comme des robots. Nous
sommes obligés d'atteindre ces barèmes pour ne pas
être licenciés car on nous considère comme
pas assez performants. Beaucoup y sont déjà
passés.""Pour chaque agent licencié, il
y en a 10 nouveaux qui attendent derrière la porte",
soutient Myrna. Il faut savoir que dans ce métier,
il y a beaucoup de jeunes, des school leavers, souvent
de passage. "Pour un jeune qui travaille pour la première
fois et qui peut gagner Rs 25 000 par mois pour payer ses études,
toutes ces conditions ne font pas peur. Mais il y a aussi les
autres, ceux qui restent, notamment, les mères de famille,
les filles mères
"C'est aussi la raison,
dit Myrna, pour laquelle personne n'ose protester, voire s'organiser
pour revendiquer de meilleures conditions. "Ils ont tous
besoin de cet argent."
Surenchères. Du côté des employeurs,
la perception est différente. Henri, Directeur des Ressources
Humaines (DRH) dans un centre d'appels, il y a beaucoup de surenchères
au niveau des primes qui affectent le secteur. "Il y a
d'abord un problème de main d'uvre qualifiée.
Nous prenons un mois pour former les nouvelles recrues et une
fois qu'elles commencent à maîtriser le travail,
elles vous quittent pour aller ailleurs, parce qu'on leur propose
des primes plus intéressantes. C'est à chaque fois,
un éternel recommencement."
Henri se prononce contre une loi pour réglémenter
le secteur. Car dit-il : "C'est un métier de passage,
les gens partent et viennent. Ensuite, il y a beaucoup de compagnies
étrangères qui viennent avec leurs propres règlements.
Le mieux, aurait été un code de conduite à
la fois pour les entreprises et pour les employés."
Les entreprises étrangères, justement, font souvent
leurs chiffres d'affaires en euros. Et les Mauriciens sont payés
en roupie, "des miettes", n'hésitent pas
à dire certains. Chiffres. Deven travaille dans
un autre secteur du BPO, où la performance se calcule en
chiffre d'affaires. Il donne des cours de langue par téléphone.
"L'entreprise a un chiffre d'affaires de 250 000 à
300 000 euros mensuellement. Notre salaire de base est de Rs 8
500. Nous sommes obligés de réaliser un chiffre
d'affaire de 15 000 euros chacun en terme de vente. Et nous touchons
un pourcentage sur ce chiffre. Si un mois, vous n'en vendez que
pour 10 000 euros, le mois suivant, votre barème à
atteindre est de 20 000 euros au lieu de 15 000. La différence
s'accumule et vous avez en plus, un avertissement."
Qui plus est, si le client ne paye pas la totalité du service
acheté, la différence s'accumule sur le barème
du vendeur. "Ce qui est tout à fait injuste, puisque
c'est pas de notre faute si le client n'a pas payé. Le
service a été fourni."
Le cas de cette entreprise vient d'être rapporté
au ministère du Travail. En l'absence du ministre de tutelle,
nous n'avons pu obtenir une réponse officielle, concernant
les cas d'abus dans le secteur. Toutefois, une source confirme
que plusieurs plaintes concernant les call centres ont
été enregistrées. Idem au niveau des syndicats,
qui regrettent la politique de "répression"
des patrons, décourageant ainsi les opérateurs à
se regrouper.