ART/SPORT : SYSTÈME LOCAL
Un minimum d'encouragement requis
Que ce soit dans le domaine sportif ou dans le domaine artistique,
les acteurs sont unanimes à dire que le système
préconisé à Maurice ne leur donne pas d'encouragement,
du moins, pas assez pour aller de l'avant. Bruno Julie, Alain
Auriant, Sultana Haukim et nous partagent leur avis.
Ces quelques semaines de folie que vient de vivre Bruno Julie.
Sa médaille de bronze aux Jeux Olympiques de Pékin
a fait de lui un héros national célébré
par tout le pays. Si aujourd'hui il a réalisé un
tel exploit, c'est avant tout grâce à sa rage de
réussir, sa détermination et au soutien de sa famille
et de ses deux entraîneurs, Roméo Caliste et Judex
Basile qui ont surtout cru en son potentiel. Bruno Julie est toutefois
conscient des problèmes qu'ont à faire face les
jeunes surtout ceux qui veulent s'engager dans le domaine sportif,
"si pena kas, pena le moyen li bien difficile pou persé
dans sa domaine la. Sa ve pas dir ki mo ti ena le moyen, c'est
zis ki mo ti bien entoure par mo bane entraîneur et mo ti
ena soutien, ca ine aide mwa boucou." Ceci parce que
le système préconisé à Maurice n'est
guère encourageant pour que les jeunes se lancent dans
le sport et deviennent des sportifs de haut niveau.
Soutien. Des hauts et des bas, notre héros national
en a connu tout au long de sa carrière, une lourde suspension,
des déceptions, Bruno n'a pourtant jamais baissé
les bras. Pour lui, cette réussite, cette médaille,
il la doit à ceux qui l'ont toujours entouré du
début jusqu'à son sacre à Pékin. Ajoutée
à cela, un soutien à très petite échelle
de la part des autorités. Un exploit d'une ampleur supplémentaire.
"Je suis avant tout fier pour ma famille, je ne les ai
pas déçus. Pour moi cette médaille est l'unique
façon de leur dire merci pour leur soutien. C'est le fruit
d'un long cheminement et d'un long travail."
Avenir. Lui parlant de l'avenir du sport à Maurice
mais aussi de la nouvelle génération, Bruno Julie
se montre quelque peu réticent à nous répondre,
"bizin boucou volonté", laisse t-il échapper.
De la volonté, c'est ce qui l'a aussi motivé à
continuer, "Si vous n'avez pas la volonté et que
vous ne persévérez pas, vous n'atteindrez jamais
votre but." Son message pour l'avancement du sport à
Maurice est clair, "l'état doit investir davantage
dans le sport, nous avons beaucoup de jeunes qui ont du talent
mais faute de moyen, faute d'encadrement, ils s'égarent
et tombent dans la drogue et bien d'autres fléaux. Je pense
qu'il est grand temps que les autorités se penchent sur
le sujet, car il est impossible de vivre et gagner sa vie qu'à
travers le sport. Si vous dites à un jeune de tout quitter
pour faire du sport, c'est sur qu'il rencontrera beaucoup de difficultés,
il doit travailler pour subvenir à ses besoins."
Si dans le domaine sportif, les encouragements ne sont pas légion,
la situation semble être au même niveau sur le plan
artistique. Les chanteurs et autres artistes dans le domaine du
spectacle n'étant guère soutenus par les autorités.
Alain Auriant qui a fait chanter tout un pays avec son titre Allé
Maurice et qui a honoré le quadricolore mauricien en
remportant les KORA AWARDS en 2005 nous donne son avis. "Quand
j'ai remporté ce prix, on m'a bien accueilli lors de ma
rentrée à Maurice et on m'a même organisé
une petite fête. Mais après ? Je vous confie quelque
chose, je voulais faire un clip sur au moins une de mes chansons
pour continuer sur la lancée mais quand je suis allé
demander de l'aide pour le réaliser, je ne l'ai pas reçu."
Promotion. Le gros problème selon Alain Auriant
réside dans le non-engagement des autorités s'agissant
de la promotion des uvres locales vers les pays étrangers.
Selon lui, ce marché aurait pu élever le statut
des artistes locaux et les aider à vivre de leur art. "Au
niveau des autorités, il n'y a jamais eu quelqu'un qui
s'est demandé comment promouvoir notre sega vers d'autres
contrées. Quand les touristes viennent à Maurice,
ils dansent sur notre sega, ils apprécient énormément
notre folklore. Dans ce cas, pourquoi n'essayons-nous pas de placer
des magasins dans d'autres pays comme le Canada par exemple ?
Si la MASA par exemple tentait d'ouvrir quelques branches à
l'extérieur, les albums des artistes locaux se seraient
vendus. Ça aurait permis à cet artiste de vivre
de sa musique."
Structures. En tant qu'artiste peintre, Sultana Haukim,
32 ans, dit faire face aux mêmes problèmes. Ayant
participé à plusieurs expositions et d'ateliers
internationaux, elle trouve qu'il n'y a pas assez de structure
à Maurice pour faire une exposition comme il se doit. "Les
salles que nous avons sont souvent trop petites, nous n'avons
pas assez de recul. Il faudrait des structures adéquates
pour encourager les artistes." Qui plus, elle soutient
que La National Art Gallery ne fait pas assez pour encourager
les artistes peintres. "Certes, elle nous donne un grant
de Rs 15 000 pour notre première exposition mais ça
s'arrête là. À mon avis la National Art Gallery
devrait organiser plus d'activités pour les artistes mauriciens."
Sultana Haukim déplore aussi le fait qu'il n'y ait
pas de musée d'art à Maurice. "Un musée
d'art pourrait aider à installer une culture artistique
chez la population. Si quelqu'un veut avoir des informations sur
un artiste en particulier, il pourrait aller dans un tel endroit
pour les dénicher mais malheureusement il n'y a pas cela
ici."
Question à Michael Glover, directeur du Trust Fund for
Excellence in Sports (TFES)
La médaille de bronze de Bruno Julie a suscité
la ferveur des
mauriciens. Pensez-vous que suite à cette réussite
le sport mauricien
intéressera davantage les jeunes ?
Pas plus que pour Buckland et Milazar il y a quelques années.
Il y
aura certainement un regain d'intérêt pour la boxe
mais pas pour les autres
disciplines.
Vous êtes à la tête du TFES, pensez-vous
que les jeunes athlètes
bénéficient d'un bon encadrement ou de structures
adéquats ?
Le Trust Fund en collaboration avec le Ministère de la
Jeunesse et
des Sports a mis en place un 'outil' extraordinaire pour promouvoir
le sport
de haut niveau parmi les jeunes. Il est difficile de faire mieux
car nous
avons, enfin, prouvé aux parents que l'équilibre
entre sport et études est
possible.
Parlons de l'avenir du sport à Maurice, comment vous
le voyez dans 5
à 10 ans ou même plus ?
Il est difficile de dire ce qui va se passer dans 10 ans mais
il est
bon de rappeler -il faut bien 10 ans pour atteindre le très
haut niveau.
Je pense que du groupe des jeunes boursiers du TFES, nous pourrions
dans 6 à 8
ans trouver quelques perles !