Week-End/SCOPE
VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2008


TÉMOIGNAGES : BOXE

La touche féminine

Depuis la belle performance de Bruno Julie aux Jeux olympiques, l'émotion est encore palpable. Ce sentiment de fierté, de joie peut encore se voir sur les visages de Virginie Nabab, Pascaline Virginie et Pamela Jérôme. Elles aussi, sont des boxeuses émérites, avec dans leurs escarcelles des médailles d'or et d'argent. En toute simplicité, ce trio nous livre son expérience de femme sur un ring…

Il règne une certaine ambiance sur le ring du Centre de Boxe à Vacoas. Virginie Nabab et Pascaline Virginie s'entraînent sous le regard de Judex Bazile, assistant entraîneur. Jean-Claude Nagloo, entraîneur, est aussi présent. Ces boxeuses ne rechignent pas sur les heures d'entraînement allant de trois fois en jour de semaine, à six fois en période de championnat. Pour les filles, lors du combat, la petite précaution supplémentaire hormis leur casque et les gants est un protège poitrine.

Combat. La voix de Judex Bazile résonne : "Face dos, face avec la corde A (pour interpeller la première concurrente), B (deuxième concurrente), esquive le pas, attaque. Stop." Pas question pour les boxeuses de paresser. Un crochet trop mou ou un uppercut approximatif, et… Judex Bazile corrige aussitôt. Le combat reprend, tout est dans la souplesse, le jeu des jambes et l'esquive, car dans la boxe, c'est aussi important d'éviter les coups que d'en donner. Virginie Nabab, celle qui vient récemment de décrocher une médaille d'or à La Réunion, a une technique très instinctive. Avec une rapidité impressionnante, elle arrive à déjouer les coups de Pascaline Virginie. De son côté, Pascaline Virginie, ne démérite pas. Du vrai spectacle… La victoire est attribuée soit par knock-out, soit au score, si les deux adversaires arrivent au terme de la rencontre sans K.O. Dans ce cas, on tient compte des points enregistrés par l'arbitre au cours du match en fonction du nombre de coups portés.

Tactique. Pascaline Virginie, Virginie Nabab et Pamela Jérôme sont des boxeuses qui ont à leur palmarès des médailles d'or et d'argent. Ce sport, selon leurs propres mots n'enlève en rien leur féminité. Pamela Jérôme, 26 ans, la plus coquette du groupe donne le ton. "Je trouve que la boxe est un sport idéalement féminin. C'est à la fois gracieux, mais c'est également très technique et d'une efficacité redoutable dans les coups." Médaillée d'argent, lors des Jeux des îles de Madagascar, en 2007, Pamela Jérôme trouve qu'au-delà de l'événement que peut procurer un championnat de boxe, ce sport a aussi mis en pièces nombre de préjugés. "Cela prouve qu'on peut-être féminine et aussi capable de se battre comme un homme. La preuve… on s'entraîne avec les garçons et on prend autant de coups qu'eux. Le poids du corps et la force musculaire ne jouent aucun rôle lorsqu'on a compris les principes du combat réel. Chaque participant évolue dans sa catégorie. Moi, dans les 60 kg, Virginie Nabab dans les 54 kg et Pascaline Virginie dans les 46 kg. Sur le ring, on apprend avant tout l'effort et la détermination." Avis que partage Virginie Nabab, 27 ans, qui a la sueur de son front a pu développer son sens de la gagne et de fair-play.

Maîtrise. Récemment, lors d'un championnat à La Réunion, Virginie a réussi à venir à bout d'une adversaire Réunionnaise. Sa force de frappe : "Faut toujours suivre les conseils de son entraîneur et surtout avoir sa propre technique de combat. La boxe, c'est un jeu d'adresse. Il m'est arrivée lors de précédents combats d'en ressortir aussi avec un nez qui saigne." Ajoutant : Quand un boxeur est au bout du rouleau, son entraîneur doit crier : "jette serviette", qui signifie que le combat s'arrête." Le nez cassé, un coup à l'arcade sourcilière, Pamela Jérôme en a aussi fait les frais : "On ne sait jamais quand l'adversaire va avoir le dessus. La boxe nous incite à travailler nos méninges. C'est un sport qui fait appel à l'intelligence, et où tout dépend de la technique et de la bonne tactique du boxeur." Virginie Nabab poursuit : "Sur le ring, on apprend aussi l'effort et la détermination. Avant, j'avais peur de me faire mal. Un nez qui saigne, un coup à la mâchoire, cela peut bloquer, surtout lorsqu'on est une femme. On n'a pas envie de s'en sortir avec des ecchymoses. C'est la détermination qui fait qu'on surmonte nos peurs. Le combat est un passage nécessaire pour accéder à la maîtrise de soi."

École de la vie. Même constat auprès de Pascaline Virginie, qui ajoute que la boxe est aussi une formidable école de la vie. Venant d'un milieu défavorisée et ayant étudié jusqu'à la 6ème, Pascaline Virginie dit qu'elle aurait pu sombrer. "La boxe a été un moyen pour m'en sortir, de développer mes qualités comme la rigueur, la discipline, la volonté. Du coup, cela m'a aidée à mieux me débrouiller dans la vie." Couturière travaillant à son domicile, Pascaline Virginie qui élève seule son fils de 2 ans, travaille de 5 a.m. à 17h. Immédiatement, elle file à son cours d'entraînement : "Pas question de rater un jour d'entraînement. C'est mon combat à moi ! La boxe me donne une raison de m'accrocher." Idem pour Virginie Nabab, supervisor dans une usine. "Je me réveille aussi à 5 a.m., et dès 17h, le van vient me chercher pour mon entraînement au centre de boxe de Vacoas. La boxe, c'est à la fois un support psychologique et une vraie dose d'adrénaline."

Équilibre. De là à savoir, si ces sacrifices en valent vraiment la peine, Pascaline Virginie dira sans détour : "J'ai retrouvé mon équilibre dans ce sport. Encore plus, depuis que Bruno Julie est devenu le premier Mauricien a ramené une médaille Olympique. La boxe procure une grande émotion tant sur le plan satisfaction personnelle que dans la représentation de son pays. Bruno l'a prouvé, et son combat, c'est aussi le nôtre." Réflexion que rejoint aussi Pamela Jérôme qui ajoute : "Il y a aussi cette envie de se surpasser. Déjà à notre niveau, c'est intéressant puisque cela nous permet de voyager et de nous mesurer à d'autres femmes boxeuses comme les Malgaches, les Réunionnaises. C'est une façon de s'enrichir davantage en attendant que la boxe féminine soit présente aux prochains jeux olympiques. Ce sera alors une grande première, car définitivement, on sera là pour représenter notre pays."

Au Centre de Boxe de Vacoas, Pascaline Virginie et Virginie Nabab reprennent leurs entraînements. Comme pour donner raison à ce dicton, pour faire des champions, il ne faut pas prendre des gants. Surtout pas avec des femmes boxeuses.


Ombre

Virginie Nabab reconnaît que le seul problème pour une femme boxeuse est : "Lorsqu'on décide de se marier ou d'avoir des enfants, l'enjeu devient plus difficile. L'année prochaine, je vais me marier et j'aurai un choix à faire entre mon travail à l'usine, l'entraînement et ma vie en tant que femme. Pour l'entraînement, on gagne Rs 2000 par mois, si on pouvait gagner jusqu'à Rs 5000, définitivement je me consacrerai qu'à la boxe." Un point que soulève aussi Pascaline Virginie : "On voudrait se consacrer uniquement à la boxe, mais d'un autre côté, il faut aussi faire vivre sa famille. Moi, qui suis divorcée, j'ai un fils de 2 ans à ma charge, et c'est pas évident de joindre les deux bouts. Pour le moment, pas question de raccrocher, j'essaie juste de m'organiser." Pamela Jérôme ajoute : "La boxe féminine, ce n'est pas uniquement un passe-temps, c'est un vrai métier pour celle qui est passionnée. Cela nous permet de nous forger du caractère et aussi de faire briller les couleurs de notre pays ailleurs. On s'accroche en attendant de pouvoir uniquement vivre de notre passion."


Où pratiquer

Il existe une trentaine de centres de boxe répartis dans chaque coin de l'île. Les cours sont gratuits et ouverts du lundi au samedi. Pour connaître le centre le plus près de chez vous, pour vous y inscrire, il suffit de téléphoner au Centre de boxe de Vacoas au 697 9903. Ou de contacter Guy Bazerque, secrétaire administratif de l'Association Mauricienne de Boxe Amateur (AMBB).