TÉMOIGNAGES : BOXE
La touche féminine
Depuis la belle performance de Bruno Julie aux Jeux olympiques,
l'émotion est encore palpable. Ce sentiment de fierté,
de joie peut encore se voir sur les visages de Virginie Nabab,
Pascaline Virginie et Pamela Jérôme. Elles aussi,
sont des boxeuses émérites, avec dans leurs escarcelles
des médailles d'or et d'argent. En toute simplicité,
ce trio nous livre son expérience de femme sur un ring
Il règne une certaine ambiance sur le ring du Centre de
Boxe à Vacoas. Virginie Nabab et Pascaline Virginie s'entraînent
sous le regard de Judex Bazile, assistant entraîneur. Jean-Claude
Nagloo, entraîneur, est aussi présent. Ces boxeuses
ne rechignent pas sur les heures d'entraînement allant de
trois fois en jour de semaine, à six fois en période
de championnat. Pour les filles, lors du combat, la petite précaution
supplémentaire hormis leur casque et les gants est un protège
poitrine.
Combat. La voix de Judex Bazile résonne : "Face
dos, face avec la corde A (pour interpeller la première
concurrente), B (deuxième concurrente), esquive le pas,
attaque. Stop." Pas question pour les boxeuses de paresser.
Un crochet trop mou ou un uppercut approximatif, et
Judex
Bazile corrige aussitôt. Le combat reprend, tout est dans
la souplesse, le jeu des jambes et l'esquive, car dans la boxe,
c'est aussi important d'éviter les coups que d'en donner.
Virginie Nabab, celle qui vient récemment de décrocher
une médaille d'or à La Réunion, a une technique
très instinctive. Avec une rapidité impressionnante,
elle arrive à déjouer les coups de Pascaline Virginie.
De son côté, Pascaline Virginie, ne démérite
pas. Du vrai spectacle
La victoire est attribuée
soit par knock-out, soit au score, si les deux adversaires
arrivent au terme de la rencontre sans K.O. Dans ce cas, on tient
compte des points enregistrés par l'arbitre au cours du
match en fonction du nombre de coups portés.
Tactique. Pascaline Virginie, Virginie Nabab et Pamela
Jérôme sont des boxeuses qui ont à leur palmarès
des médailles d'or et d'argent. Ce sport, selon leurs propres
mots n'enlève en rien leur féminité. Pamela
Jérôme, 26 ans, la plus coquette du groupe donne
le ton. "Je trouve que la boxe est un sport idéalement
féminin. C'est à la fois gracieux, mais c'est également
très technique et d'une efficacité redoutable dans
les coups." Médaillée d'argent, lors des
Jeux des îles de Madagascar, en 2007, Pamela Jérôme
trouve qu'au-delà de l'événement que peut
procurer un championnat de boxe, ce sport a aussi mis en pièces
nombre de préjugés. "Cela prouve qu'on peut-être
féminine et aussi capable de se battre comme un homme.
La preuve
on s'entraîne avec les garçons et
on prend autant de coups qu'eux. Le poids du corps et la force
musculaire ne jouent aucun rôle lorsqu'on a compris les
principes du combat réel. Chaque participant évolue
dans sa catégorie. Moi, dans les 60 kg, Virginie Nabab
dans les 54 kg et Pascaline Virginie dans les 46 kg. Sur le ring,
on apprend avant tout l'effort et la détermination."
Avis que partage Virginie Nabab, 27 ans, qui a la sueur de
son front a pu développer son sens de la gagne et de fair-play.
Maîtrise. Récemment, lors d'un championnat
à La Réunion, Virginie a réussi à
venir à bout d'une adversaire Réunionnaise. Sa force
de frappe : "Faut toujours suivre les conseils de son
entraîneur et surtout avoir sa propre technique de combat.
La boxe, c'est un jeu d'adresse. Il m'est arrivée lors
de précédents combats d'en ressortir aussi avec
un nez qui saigne." Ajoutant : Quand un boxeur est
au bout du rouleau, son entraîneur doit crier : "jette
serviette", qui signifie que le combat s'arrête."
Le nez cassé, un coup à l'arcade sourcilière,
Pamela Jérôme en a aussi fait les frais : "On
ne sait jamais quand l'adversaire va avoir le dessus. La boxe
nous incite à travailler nos méninges. C'est un
sport qui fait appel à l'intelligence, et où tout
dépend de la technique et de la bonne tactique du boxeur."
Virginie Nabab poursuit : "Sur le ring, on apprend
aussi l'effort et la détermination. Avant, j'avais peur
de me faire mal. Un nez qui saigne, un coup à la mâchoire,
cela peut bloquer, surtout lorsqu'on est une femme. On n'a pas
envie de s'en sortir avec des ecchymoses. C'est la détermination
qui fait qu'on surmonte nos peurs. Le combat est un passage nécessaire
pour accéder à la maîtrise de soi."
École de la vie. Même constat auprès
de Pascaline Virginie, qui ajoute que la boxe est aussi une formidable
école de la vie. Venant d'un milieu défavorisée
et ayant étudié jusqu'à la 6ème, Pascaline
Virginie dit qu'elle aurait pu sombrer. "La boxe a été
un moyen pour m'en sortir, de développer mes qualités
comme la rigueur, la discipline, la volonté. Du coup, cela
m'a aidée à mieux me débrouiller dans la
vie." Couturière travaillant à son domicile,
Pascaline Virginie qui élève seule son fils de 2
ans, travaille de 5 a.m. à 17h. Immédiatement, elle
file à son cours d'entraînement : "Pas question
de rater un jour d'entraînement. C'est mon combat à
moi ! La boxe me donne une raison de m'accrocher." Idem
pour Virginie Nabab, supervisor dans une usine. "Je
me réveille aussi à 5 a.m., et dès 17h, le
van vient me chercher pour mon entraînement au centre de
boxe de Vacoas. La boxe, c'est à la fois un support psychologique
et une vraie dose d'adrénaline."
Équilibre. De là à savoir, si ces
sacrifices en valent vraiment la peine, Pascaline Virginie dira
sans détour : "J'ai retrouvé mon équilibre
dans ce sport. Encore plus, depuis que Bruno Julie est devenu
le premier Mauricien a ramené une médaille Olympique.
La boxe procure une grande émotion tant sur le plan satisfaction
personnelle que dans la représentation de son pays. Bruno
l'a prouvé, et son combat, c'est aussi le nôtre."
Réflexion que rejoint aussi Pamela Jérôme
qui ajoute : "Il y a aussi cette envie de se surpasser.
Déjà à notre niveau, c'est intéressant
puisque cela nous permet de voyager et de nous mesurer à
d'autres femmes boxeuses comme les Malgaches, les Réunionnaises.
C'est une façon de s'enrichir davantage en attendant que
la boxe féminine soit présente aux prochains jeux
olympiques. Ce sera alors une grande première, car définitivement,
on sera là pour représenter notre pays."
Au Centre de Boxe de Vacoas, Pascaline Virginie et Virginie Nabab
reprennent leurs entraînements. Comme pour donner raison
à ce dicton, pour faire des champions, il ne faut pas prendre
des gants. Surtout pas avec des femmes boxeuses.
Ombre
Virginie Nabab reconnaît que le seul problème pour
une femme boxeuse est : "Lorsqu'on décide de se
marier ou d'avoir des enfants, l'enjeu devient plus difficile.
L'année prochaine, je vais me marier et j'aurai un choix
à faire entre mon travail à l'usine, l'entraînement
et ma vie en tant que femme. Pour l'entraînement, on gagne
Rs 2000 par mois, si on pouvait gagner jusqu'à Rs 5000,
définitivement je me consacrerai qu'à la boxe."
Un point que soulève aussi Pascaline Virginie : "On
voudrait se consacrer uniquement à la boxe, mais d'un autre
côté, il faut aussi faire vivre sa famille. Moi,
qui suis divorcée, j'ai un fils de 2 ans à ma charge,
et c'est pas évident de joindre les deux bouts. Pour le
moment, pas question de raccrocher, j'essaie juste de m'organiser."
Pamela Jérôme ajoute : "La boxe féminine,
ce n'est pas uniquement un passe-temps, c'est un vrai métier
pour celle qui est passionnée. Cela nous permet de nous
forger du caractère et aussi de faire briller les couleurs
de notre pays ailleurs. On s'accroche en attendant de pouvoir
uniquement vivre de notre passion."
Où pratiquer
Il existe une trentaine de centres de boxe répartis dans
chaque coin de l'île. Les cours sont gratuits et ouverts
du lundi au samedi. Pour connaître le centre le plus près
de chez vous, pour vous y inscrire, il suffit de téléphoner
au Centre de boxe de Vacoas au 697 9903. Ou de contacter Guy Bazerque,
secrétaire administratif de l'Association Mauricienne de
Boxe Amateur (AMBB).