Week-End/SCOPE
VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2008


ZE KESTIONNAIRE : SHAKEEL RAMRUTTUN

Pour l'amour de l'art

Entre peinture et pyrogravure, Shakeel Ramruttun vit pour l'art. Néanmoins, c'est aux côtés de sa petite famille qu'il trouve ses repères. Rencontre.

Maurice est un paradis n'est-ce pas?

Je ne peux pas comparer Maurice à d'autres pays puisque je n'ai pas encore fait de baptême de l'air. Je suis fier avant tout d'être un Mauricien. Si je regarde autour de moi, mon entourage et le cadre où je vis: alors oui Maurice est un paradis.

Qu'est-ce qui vous fait sourire?

Tous les matins lorsque je rencontre mes collègues de travail, je dois impérativement débuter la journée avec un sourire.

Qu'est-ce qui vous motive le matin?

C'est la seule idée de retrouver mon lit le soir. La journée va passer très vite et je vais me retrouver à nouveau à rêver sous les draps.

Votre rêve le plus fou?

De visiter l'Europe avec ma famille. Nous avons plusieurs parents qui y vivent.

Si vous vous retrouvez sur une île déserte, quelles sont les trois choses que vous emporterez?

J'aime la nature et j'emporterai avant tout ma caméra. Ma boîte de peinture et de la nourriture pour survivre.

Si vous devez mourir demain, comment passerez-vous votre dernière journée sur terre?

Sans hésitation, entouré de mes proches, car ma famille compte beaucoup.

Votre principal trait de caractère?

Je suis très créatif! Tout ce qui touche à la création m'interpelle. Et il faut le dire aussi, je suis très smart.

Votre plus vif regret?

De ne pas avoir poursuivi mes études. Si j'avais eu la chance, j'aurais fait des études dans le domaine de la mécanique.

Votre plus grande peur?

C'est surtout de perdre un membre de ma famille.

Qu'est-ce l'amour pour vous?

L'amour est synonyme de sincérité. L'amour filial représente avant tout le respect de mes aînés et l'obéissance envers les parents.

Un aspect de votre caractère que vous voudriez changer?

Je suis très colérique et j'aurai aimé être lent à la colère.

Qu'est-ce la vie pour vous?

La vie est un grand rêve. J'ai le droit de rêver et mon but est surtout de faire de mon rêve une réalité.

La chose la plus émouvante qui vous soit arrivée?

J'avais peint un tableau pour le ministre des Arts et de la Culture. Je devais aller le lui le remettre personnellement à son bureau. Mais j'étais tellement paniqué et stressé à l'idée de rencontrer Monsieur le ministre. La rencontre s'est faite rapidement et ce n'est qu'après que j'ai réalisé que je me suis mis la pression pour rien. Le ministre a été très accueillant ainsi que sa secrétaire mais à cause de mon stress, je n'ai pas pu profiter pleinement.

Qui considérez-vous comme une personne digne d'admiration?

Mes deux sœurs Oorvaghi et Vaibhavi. Si je suis ce que je suis maintenant, c'est grâce à elles. Elles m'ont incité à joindre le Centre Artistique à Paillotte.

Que considérez-vous comme étant votre plus grande réussite?

Les trois ans passés au Lycée Polytechnique n'ont pas été une perte de temps. Tout au contraire, j'y ai beaucoup appris. Maintenant je détiens un emploi que j'aime.

Si vous étiez un animal, vous seriez?

Je serai un cheval parce que je trouve que les chevaux sont très élégants. Cela rejoint ma personnalité.

Si vous étiez un instrument, vous serez?

Comme instrument, j'aimerai être un tabla. Tout d'abord parce que j'en pratique et les notes qu'émanent de cet instrument détendent énormément.

Si vous pouviez changer une chose dans le monde?

Je baisserai le prix du pétrole et du diesel. Avec le prix du pétrole qui monte en flèche, dans une dizaine d'année, notre petite île sera dominée par le grand marché. On risque de se retrouver sans nourriture notamment le riz, la farine car indirectement cela dépendra de la transportation de la marchandise.

A part la canne à sucre et les préjugés, que cultive-t-on à Maurice?

Le raciste est une chose que l'on trouve ici. Maurice -pays arc-en-ciel ce n'est qu'un slogan pour encourager les mauriciens mais je ne pense pas que les mauriciens comprennent vraiment ce que cela veut dire. Selon mon humble avis, de nos jours les gens ne mettent pas cela en pratique. Un simple regard suffit pour taxer une personne d'une étiquette qui n'est peut-être pas forcément vrai.

De quoi parlerez-vous au Premier ministre si vous le recevez pour le thé?

J'ai beaucoup de respect pour Navin Ramgoolam en tant que Premier Ministre. C'est vrai que son travail n'est pas facile et il subit beaucoup de pression à tous les niveaux. Je lui ferai une seule remarque: pourquoi il doit être privilégié sur nos routes, bloquant la circulation. Hormis ce détail, je trouve qu'il fait un formidable travail.

Si vous rencontrez Dieu, de quoi lui parlerez-vous?

Ah c'est une grande question! Je demanderai à Dieu de bénir ma famille. De prendre sous ses ailes mes grands-parents et qu'il les garde en bonne santé. S'il reste un peu de temps, je lui parlerai de moi.

Vos plaisirs favoris?

J'aime bien surfer sur le net, la pyrogravure bien sûre et la peinture.

Comment avez-vous vécu la victoire de Bruno Julie à Beijing?

J'ai suivi avec beaucoup d'émotion le parcours de Bruno Julie à Beijing. Et j'étais fier de sa victoire. Il mérite amplement sa victoire et l'accueil que le peuple mauricien lui a réservé lundi à l'aéroport.

Pour en finir, votre pêché mignon?

Ah mon pêché mignon, c'est un grand secret!


"Oser rêver!"

Dans le petit village de Malinga, le temps semble s'être arrêté. La montagne parée de sa plus belle végétation s'impose en maîtresse des lieux. Mère nature faisant étalage de sa beauté vierge entoure les quelques maisonnées de ses feuillages. Des crêtes de toits colorées se dissipent derrière des bananiers. Au coeur de ce paradis, Shakeel Ramruttun, jeune artiste allègre, donne libre cours à son imagination fertile. De son sanctuaire: maisonnette beige bordée de cocotiers et de goyaviers, il vit au grès de sa fantaisie."C'est ici seulement que je peux peintre. Je ne puise pas mon inspiration sur internet, ni dans les livres mais tout commence bel et bien dans mes rêves" confie le jeune homme. Créativité essorée de ses machinations chimériques. Le petit pinceau en bois danse machinalement sur le papier, traçant des lignes, des courbes. Les couleurs fusionnent au rythme des battements du coeur de l'artiste. Le tableau prend vie."Un tableau, la prunelle de mes yeux" avoue Shakeel. Il expose chaque mois ses créations dans un hôtel à Belle-Mare. Mais l'art ne connaît pas de limites et Shakeel flirte aussi avec la pyrogravure. Lorsqu'il ne s'occupe pas de la maintenance au Mauritius Cosmetics à Vacoas durant la semaine c'est au Centre Artistique à Paillot qu'il traîne. Troquant sa salopette bleu de la semaine pour la machine à gravure le Samedi, c'est un Shakeel heureux qui ventile son savoir à ses élèves. "Je remercie la direction du Centre et mes élèves qui ont donné un autre sens à ma vie." Vie de jeune en bouillonnement. L'aîné des Ramruttun rêve de monde meilleur où il laissera une trace dans l'arène politique. "C'est un de mes rêves!" balbutie Shakeel sous le regard attendrissant de sa mère Sandhya et de son père Vijai. La rage au ventre, l'artiste croit fermement en lui, incitant d'autres jeunes à rêver. "Dare to dream! Stick to your dream at whole cost." Message d'espérance pour la jeunesse mauricienne peut-être bien d'un aspirant Premier Ministre.