ENTREPRISES
Être à l'écoute de la société
Selon une étude récente, 25% des entreprises mauriciennes
seulement sont engagées dans la Corporate Social Responsibility
(CSR). En juin dernier, une autre étude de la MEF soulignait
également que les entreprises "ne font pas assez"
dans ce domaine. Comment se définissent les politiques
d'actions sociales au sein des entreprises ? Quelle est la part
réservée aux ONGs déjà actives sur
le terrain ? Deux groupes importants acceptent de faire le point
sur la question.
La publicité de cette petite fille marchant sur des livres
pour atteindre les sommets est connue de tous. Elle soutient la
campagne My Words My World de la MCB qui consiste à
distribuer 125 000 packs éducatifs aux enfants du primaire
de Maurice, de Rodrigues et d'Agaléga. Un mois plus tôt,
la banque lançait sa première Football Academy à
St Hilaire pour les enfants de 7 à 11 ans. Depuis, une
2e a vu le jour à La Porte, dans l'est.
Tous ces projets font partie des actions sociales de la MCB qui,
depuis mars de cette année, a donné une nouvelle
impulsion à sa politique de CSR. "La MCB a toujours
été très présente dans le social à
Maurice. Cela fait 170 ans déjà. Nous n'avons pas
attendu que le CSR se formalise pour nous lancer", dit
Vanessa de Spéville, responsable de la communication.
Budget. 1% des profits avant impôts de la MCB est
ainsi dédié au social. Pour l'année financière
2007-2008, cette somme s'élevait à Rs 23M. Cinq
champs d'action prioritaires ont été identifiés
et le budget est ainsi réparti : Éducation (30%),
Soulagement de la pauvreté (25%), Environnement (15%),
Arts et Culture (10%), Sports (10%). 10% sont consacrés
à des actions diverses. "Nous travaillons en étroite
collaboration avec les ONG et autres personnes sur le terrain.
Pour la Football Academy par exemple, nous avons travaillé
avec la MFA. De même, à travers notre réseau
d'agences dans l'île, nous sommes sur le terrain et faisons
le suivi. Il ne s'agit pas seulement de financer", poursuit-elle.
Vanessa de Spéville ne manque pas de souligner qu'à
travers un tel projet, on vise beaucoup plus que le sport. "Nous
voulons toucher 200 jeunes par école de foot issus des
poches de pauvreté. C'est un sport qui touche à
la fois la discipline, les valeurs humaines, le team spirit, les
règles
En plus, pour la région de St Hilaire,
nous avons même pu intégrer une école des
parents au projet."
ONG. Notre interlocutrice avance que la MCB est suffisamment
à l'écoute de la société et des ONGs
pour connaître les besoins et ainsi définir les champs
d'action. Elle insiste sur le fait que la banque n'entend pas
se substituer aux ONGs, mais travaille en partenariat avec eux.
"Nous avions lancé un appel à projets en
mars. Nous avons reçu 180 demandes et nous en avons financé
50." Elle ajoute qu'il n'y a pas de pourcentage prédéfini
du budget CSR à consacrer aux ONGs. "S'il y a un
projet qui vaut la peine et que nous n'avons plus de fonds, nous
le considérons pour la prochaine année financière."
Elle souligne qu'il existe aussi un comité intermédiaire,
géré par les managers des succursales pour financer
les projets à hauteur de Rs 200 000.
Développement. Chez Médine, la Fondation
Médine Horizons dispose d'un budget annuel de Rs 10M, consacré
au développement communautaire. Ces fonds vont aux ONGs
et écoles pour leurs projets respectifs dans le catchment
area de Médine. Parmi les ONGs soutenues, citons SAFIRE,
La Chrysalide, Kinouété, entre autres. D'autre part,
Médine a lancé son plan directeur en 2006, axé
sur des projets de développement dans la région
ouest du pays jusqu'en 2025. "Tous nos projets sont ceux
recommandés par le Masterplan, mais adaptés à
la réalité rencontrée sur le terrain",
soutient Sophie Doger de Spéville, Social Projects
Implementation Manager.
Le plan directeur prévoit ainsi la création d'un
Farmers'Market à Bambous, un parc de loisirs dans la même
localité et opérationnel fin octobre 2008, des centres
de santé, zone résidentielle pour classe moyenne,
construction d'un Education Hub à Palma, pour des
collèges et d'une université, centres commerciaux,
parmi une longue liste de projets. Le Médine Entrepreneur
Scheme donne la possibilité de prêts à
taux avantageux à l'intention des petits entrepreneurs
de la région. Le catchment area de Médine
s'étant sur toute la partie ouest de l'île, de Petite
Rivière à Tamarin en passant par les faubourgs ouest
de Rose-Hill et Quatre-Bornes.
Formation. L'autre champ d'intervention de la Fondation
Médine Horizons est la formation des sans emploi. Au Médine
Training Centre, à Pierrefonds, des cours de 5 à
20 semaines sont dispensés, selon les besoins identifiés.
Les stagiaires se familiarisent ainsi avec le Housekeeping,
Food Service, Food Production, Landscaping, Babysitting et
Assistance aux personnes malades. Tous les cours conjuguent théorie
et pratique, c'est à dire, 2 jours de cours et 4 en entreprise.
Les étudiants viennent du catchment area de Médine
et ont entre 17 et 55 ans. Les formations sont assurées
par les professionnels dans chaque secteur, dont l'École
hôtelière Sir Gaëtan Duval.
À ce jour, plus de 200 personnes se sont engagées
pour les différentes formations. Parmi, 160 ont été
certifiées et parmi elles - la plupart étant des
femmes- ont trouvé de l'emploi. "Il y a eu des
désistements, certains ont des problèmes familiaux,
etc.", fait ressortir Elima Onezime, Administration
Officer du Training Centre. Ce qui l'amène à
dire que l'encadrement ne se limite pas à la formation,
mais concerne tout l'accompagnement social. Notre interlocutrice
souligne que la plupart des stagiaires viennent de milieux difficiles
et ont besoin d'être soutenues dans leur apprentissage.
Certaines n'ont jamais travaillé. "Des aspects
comme le life skills et l'estime de soi doivent être abordés
avant d'entrer dans la formation. Des fois, il y a des problèmes
plus graves. Nous les dirigeons alors vers les personnes ou autorités
compétentes."
Elima Onezine dit avoir été ainsi témoin
de beaucoup de transformations, particulièrement chez les
dames. "Certaines ont un salaire pour la première
fois."
Responsabilités internes
Daniela Zampini, experte du BIT récemment à Maurice
soulignait que la responsabilité sociale commence au sein
de l'entreprise. Sur ce plan, Vanessa de Spéville souligne
"tout le welfare que la MCB donne à ses employés
qui ne compte pas dans le budget CSR." L'expo au rez-de-chaussée
du Head Office de la MCB fait ressortir que la banque a
investi Rs 26 M dans la formation continue de son personnel. Pour
la période juillet 2007-juin 2008, 3126 étaient
en formation à Maurice et à l'étranger.
Du côté de Médine, Sophie Doger de Spéville
cite l'exemple d'un Environment Officer chargé de
toutes les mesures écologiques à mettre en uvre
(recyclage, création de compost, nouvelles technologies
moins polluantes) "pour que nos opérations soient
plus indulgentes envers l'environnement." En matière
de bien-être des employés, un formateur en développement
personnel offre un service d'écoute et de renforcement
des capacités "surtout pour la vie personnelle"
aux employés de la base (planteurs, ouvriers, etc).
MANDA BOOLELL, PRÉSIDENTE, MACOSS : "Plus de
partenariat avec les ONG"
Le MACOSS avait exprimé ses craintes avec l'abolition
de l'exemption fiscale sur les dons aux ONG. Est-ce que la mise
en place de la RSE dans les grandes entreprises sont venues vous
rassurer ?
- Je ne suis pas rassurée du tout. Le budget que les entreprises
accordent à la responsabilité sociale comprend,
à la fois, l'aide aux ONG et le financement de leurs propres
projets. Il y a beaucoup de firmes qui travaillent en collaboration
avec les ONG, mais de manière générale, je
dirai que les ONG ne sont pas suffisamment impliquées dans
le processus de la responsabilité sociale. Un investissement
dans la communauté doit se faire avec les hommes et les
femmes qui y travaillent, qui connaissent le besoin et qui ont
la formation nécessaire. Il ne s'agit pas que de financement.
Par ailleurs, je dirai que les petits dons aux ONG ont disparu
avec l'abolition de l'exemption fiscale. Il devient difficile,
aujourd'hui, pour une ONG de trouver Rs 10 000 pour un projet.
Je souhaite davantage de partenariat entre les entreprises et
les ONG, pour arriver à une certaine harmonisation.
Daniela Zampini, experte du Bureau International du Travail,
récemment à Maurice a dit : "La responsabilité
sociale commence au sein même de l'entreprise." Pensez-vous
que nos entreprises en sont suffisamment conscientes ?
-Pas assez. Mais je sais que l'UNDP et la MEF ont commencé
un travail dans ce sens. Il est tout à fait exacte de dire
que la responsabilité sociale commence à l'intérieur
de l'entreprise. Cela passe par l'intégration des personnes
handicapées, l'égalité des chances et la
transparence, entre autres. D'autre part, il faut aussi penser
à former les personnes. On ne fait pas de la responsabilité
sociale uniquement avec une formation en marketing, par exemple.
Est-ce dire que la RSE sert surtout à l'image de la
compagnie ?
-Il ne faut pas se faire d'illusion à ce sujet. Il y a
une partie de la RSE qui est directement liée au marketing
de la compagnie. Mais cela va plus loin. Il y a un ensemble de
principes, tels que définis par le BIT, à respecter.
Il y a des entreprises qui se sont lancées depuis longtemps
et qui l'ont bien compris, d'autres doivent faire encore des efforts.
Dans le cadre de la réforme du MACOSS, nous avons un comité
comprenant une équipe représentant les entreprises.
Nous sommes en train de discuter de tous ces aspects.
Comment peut-on améliorer la RSE ?
- Je souhaiterai d'abord, qu'il y ait un contrôle des dépenses
liées à la responsabilité sociale au sein
des entreprises par une institution indépendante. Ce contrôle
se fait déjà de façon unilatérale
par le syndicat, mais ce n'est pas suffisant. Je souhaiterai aussi
que les entreprises s'assurent qu'ils ont le budget nécessaire
pour un projet avant de se lancer et qu'il y ait un suivi des
actions entreprises. Autrement, ce serait du mécénat.
Finalement, je souhaite que les ONG soient mieux informées
sur la manière d'accéder aux fonds qui leur sont
destinés. Par ailleurs, il y a un rapport réalisé
par Deloitte & Touche sur la RSE qui sera rendu public très
prochainement. Une série de recommandations y figurent.