Week-End/SCOPE
VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2008


ENTREPRISES

Être à l'écoute de la société

Selon une étude récente, 25% des entreprises mauriciennes seulement sont engagées dans la Corporate Social Responsibility (CSR). En juin dernier, une autre étude de la MEF soulignait également que les entreprises "ne font pas assez" dans ce domaine. Comment se définissent les politiques d'actions sociales au sein des entreprises ? Quelle est la part réservée aux ONGs déjà actives sur le terrain ? Deux groupes importants acceptent de faire le point sur la question.

La publicité de cette petite fille marchant sur des livres pour atteindre les sommets est connue de tous. Elle soutient la campagne My Words My World de la MCB qui consiste à distribuer 125 000 packs éducatifs aux enfants du primaire de Maurice, de Rodrigues et d'Agaléga. Un mois plus tôt, la banque lançait sa première Football Academy à St Hilaire pour les enfants de 7 à 11 ans. Depuis, une 2e a vu le jour à La Porte, dans l'est.

Tous ces projets font partie des actions sociales de la MCB qui, depuis mars de cette année, a donné une nouvelle impulsion à sa politique de CSR. "La MCB a toujours été très présente dans le social à Maurice. Cela fait 170 ans déjà. Nous n'avons pas attendu que le CSR se formalise pour nous lancer", dit Vanessa de Spéville, responsable de la communication.

Budget. 1% des profits avant impôts de la MCB est ainsi dédié au social. Pour l'année financière 2007-2008, cette somme s'élevait à Rs 23M. Cinq champs d'action prioritaires ont été identifiés et le budget est ainsi réparti : Éducation (30%), Soulagement de la pauvreté (25%), Environnement (15%), Arts et Culture (10%), Sports (10%). 10% sont consacrés à des actions diverses. "Nous travaillons en étroite collaboration avec les ONG et autres personnes sur le terrain. Pour la Football Academy par exemple, nous avons travaillé avec la MFA. De même, à travers notre réseau d'agences dans l'île, nous sommes sur le terrain et faisons le suivi. Il ne s'agit pas seulement de financer", poursuit-elle.

Vanessa de Spéville ne manque pas de souligner qu'à travers un tel projet, on vise beaucoup plus que le sport. "Nous voulons toucher 200 jeunes par école de foot issus des poches de pauvreté. C'est un sport qui touche à la fois la discipline, les valeurs humaines, le team spirit, les règles… En plus, pour la région de St Hilaire, nous avons même pu intégrer une école des parents au projet."

ONG. Notre interlocutrice avance que la MCB est suffisamment à l'écoute de la société et des ONGs pour connaître les besoins et ainsi définir les champs d'action. Elle insiste sur le fait que la banque n'entend pas se substituer aux ONGs, mais travaille en partenariat avec eux. "Nous avions lancé un appel à projets en mars. Nous avons reçu 180 demandes et nous en avons financé 50." Elle ajoute qu'il n'y a pas de pourcentage prédéfini du budget CSR à consacrer aux ONGs. "S'il y a un projet qui vaut la peine et que nous n'avons plus de fonds, nous le considérons pour la prochaine année financière." Elle souligne qu'il existe aussi un comité intermédiaire, géré par les managers des succursales pour financer les projets à hauteur de Rs 200 000.

Développement. Chez Médine, la Fondation Médine Horizons dispose d'un budget annuel de Rs 10M, consacré au développement communautaire. Ces fonds vont aux ONGs et écoles pour leurs projets respectifs dans le catchment area de Médine. Parmi les ONGs soutenues, citons SAFIRE, La Chrysalide, Kinouété, entre autres. D'autre part, Médine a lancé son plan directeur en 2006, axé sur des projets de développement dans la région ouest du pays jusqu'en 2025. "Tous nos projets sont ceux recommandés par le Masterplan, mais adaptés à la réalité rencontrée sur le terrain", soutient Sophie Doger de Spéville, Social Projects Implementation Manager.

Le plan directeur prévoit ainsi la création d'un Farmers'Market à Bambous, un parc de loisirs dans la même localité et opérationnel fin octobre 2008, des centres de santé, zone résidentielle pour classe moyenne, construction d'un Education Hub à Palma, pour des collèges et d'une université, centres commerciaux, parmi une longue liste de projets. Le Médine Entrepreneur Scheme donne la possibilité de prêts à taux avantageux à l'intention des petits entrepreneurs de la région. Le catchment area de Médine s'étant sur toute la partie ouest de l'île, de Petite Rivière à Tamarin en passant par les faubourgs ouest de Rose-Hill et Quatre-Bornes.

Formation. L'autre champ d'intervention de la Fondation Médine Horizons est la formation des sans emploi. Au Médine Training Centre, à Pierrefonds, des cours de 5 à 20 semaines sont dispensés, selon les besoins identifiés. Les stagiaires se familiarisent ainsi avec le Housekeeping, Food Service, Food Production, Landscaping, Babysitting et Assistance aux personnes malades. Tous les cours conjuguent théorie et pratique, c'est à dire, 2 jours de cours et 4 en entreprise. Les étudiants viennent du catchment area de Médine et ont entre 17 et 55 ans. Les formations sont assurées par les professionnels dans chaque secteur, dont l'École hôtelière Sir Gaëtan Duval.

À ce jour, plus de 200 personnes se sont engagées pour les différentes formations. Parmi, 160 ont été certifiées et parmi elles - la plupart étant des femmes- ont trouvé de l'emploi. "Il y a eu des désistements, certains ont des problèmes familiaux, etc.", fait ressortir Elima Onezime, Administration Officer du Training Centre. Ce qui l'amène à dire que l'encadrement ne se limite pas à la formation, mais concerne tout l'accompagnement social. Notre interlocutrice souligne que la plupart des stagiaires viennent de milieux difficiles et ont besoin d'être soutenues dans leur apprentissage. Certaines n'ont jamais travaillé. "Des aspects comme le life skills et l'estime de soi doivent être abordés avant d'entrer dans la formation. Des fois, il y a des problèmes plus graves. Nous les dirigeons alors vers les personnes ou autorités compétentes."

Elima Onezine dit avoir été ainsi témoin de beaucoup de transformations, particulièrement chez les dames. "Certaines ont un salaire pour la première fois."


Responsabilités internes

Daniela Zampini, experte du BIT récemment à Maurice soulignait que la responsabilité sociale commence au sein de l'entreprise. Sur ce plan, Vanessa de Spéville souligne "tout le welfare que la MCB donne à ses employés qui ne compte pas dans le budget CSR." L'expo au rez-de-chaussée du Head Office de la MCB fait ressortir que la banque a investi Rs 26 M dans la formation continue de son personnel. Pour la période juillet 2007-juin 2008, 3126 étaient en formation à Maurice et à l'étranger.

Du côté de Médine, Sophie Doger de Spéville cite l'exemple d'un Environment Officer chargé de toutes les mesures écologiques à mettre en œuvre (recyclage, création de compost, nouvelles technologies moins polluantes) "pour que nos opérations soient plus indulgentes envers l'environnement." En matière de bien-être des employés, un formateur en développement personnel offre un service d'écoute et de renforcement des capacités "surtout pour la vie personnelle" aux employés de la base (planteurs, ouvriers, etc).


MANDA BOOLELL, PRÉSIDENTE, MACOSS : "Plus de partenariat avec les ONG"

Le MACOSS avait exprimé ses craintes avec l'abolition de l'exemption fiscale sur les dons aux ONG. Est-ce que la mise en place de la RSE dans les grandes entreprises sont venues vous rassurer ?

- Je ne suis pas rassurée du tout. Le budget que les entreprises accordent à la responsabilité sociale comprend, à la fois, l'aide aux ONG et le financement de leurs propres projets. Il y a beaucoup de firmes qui travaillent en collaboration avec les ONG, mais de manière générale, je dirai que les ONG ne sont pas suffisamment impliquées dans le processus de la responsabilité sociale. Un investissement dans la communauté doit se faire avec les hommes et les femmes qui y travaillent, qui connaissent le besoin et qui ont la formation nécessaire. Il ne s'agit pas que de financement. Par ailleurs, je dirai que les petits dons aux ONG ont disparu avec l'abolition de l'exemption fiscale. Il devient difficile, aujourd'hui, pour une ONG de trouver Rs 10 000 pour un projet. Je souhaite davantage de partenariat entre les entreprises et les ONG, pour arriver à une certaine harmonisation.

Daniela Zampini, experte du Bureau International du Travail, récemment à Maurice a dit : "La responsabilité sociale commence au sein même de l'entreprise." Pensez-vous que nos entreprises en sont suffisamment conscientes ?

-Pas assez. Mais je sais que l'UNDP et la MEF ont commencé un travail dans ce sens. Il est tout à fait exacte de dire que la responsabilité sociale commence à l'intérieur de l'entreprise. Cela passe par l'intégration des personnes handicapées, l'égalité des chances et la transparence, entre autres. D'autre part, il faut aussi penser à former les personnes. On ne fait pas de la responsabilité sociale uniquement avec une formation en marketing, par exemple.

Est-ce dire que la RSE sert surtout à l'image de la compagnie ?

-Il ne faut pas se faire d'illusion à ce sujet. Il y a une partie de la RSE qui est directement liée au marketing de la compagnie. Mais cela va plus loin. Il y a un ensemble de principes, tels que définis par le BIT, à respecter. Il y a des entreprises qui se sont lancées depuis longtemps et qui l'ont bien compris, d'autres doivent faire encore des efforts. Dans le cadre de la réforme du MACOSS, nous avons un comité comprenant une équipe représentant les entreprises. Nous sommes en train de discuter de tous ces aspects.

Comment peut-on améliorer la RSE ?

- Je souhaiterai d'abord, qu'il y ait un contrôle des dépenses liées à la responsabilité sociale au sein des entreprises par une institution indépendante. Ce contrôle se fait déjà de façon unilatérale par le syndicat, mais ce n'est pas suffisant. Je souhaiterai aussi que les entreprises s'assurent qu'ils ont le budget nécessaire pour un projet avant de se lancer et qu'il y ait un suivi des actions entreprises. Autrement, ce serait du mécénat. Finalement, je souhaite que les ONG soient mieux informées sur la manière d'accéder aux fonds qui leur sont destinés. Par ailleurs, il y a un rapport réalisé par Deloitte & Touche sur la RSE qui sera rendu public très prochainement. Une série de recommandations y figurent.