Week-End/SCOPE
VENDREDI 4 SEPTEMBRE 2008


LES HUMEURS DE CHLOÉ

L'autre bout de moi

J'me suis connectée au net pour envoyer un courriel à Monsieur T. Pour le prier de me pardonner mes fautes éventuelles. Les mauvaises langues pourraient débiter que le dessinateur s'est brouillé avec sa petite égérie chérie (moi). Ch'ais pas trop pourquoi. Mais ô catastrophe calamiteuse ! on dirait que mon beau Monsieur T ne peut plus me voir en peinture. Pas même en caricature !

Ses traits puissants sur le contour de mon visage, ses chatouilleux coups de crayon sur les courbes de mon corps me plaisaient bien pourtant. Même que ça me manque gravement beaucoup depuis ces dernières semaines. Peut-être n'ai-je pas su lui exprimer le plaisir de sentir son crayon courir le long de mon corps ? Peut-être n'ai-je pas su lui dire à quel point je me sens belle grâce à lui ?

Je m'apprêtais donc à lui adresser quelques mots. Pour savoir pourquoi mon illustre illustrateur chéri semble ne plus aimer sa petite journaliste préférée (moi). Snif… C'est à ce moment imprécis que le ciel m'a atterrit sur la caboche ! Dans ma boîte de réception : un mail de Daphnis. Mon palpitant s'est mis à battre la chamade. Des charades à chameaux déblatèrent dans ma tête. Des doutes. Des craintes.

Les secondes de téléchargement prennent des allures d'éternité. Et enfin les mots de mon homme : Très chère Chloé, comment cacher que ton dernier courrier m'a passablement intrigué voire irrité. J'aurais donc forniqué derrière ton dos ; mis une fille enceinte, et je me serais réfugié en Australie, loin de toi, pour lâchement fuir mes responsabilités ? Je ne sais si je dois rire ou m'énerver face à une telle ineptie. Qui a bien pu te raconter une histoire aussi saugrenue ?

Ce me semble bien curieux. Mais je suis, en vérité, fort aise de connaître l'auteur d'une telle fadaise. Aussi suis-je marri d'apprendre que tu aies pu prêter foi à ces balivernes des plus bas étages qui soient. Sache ma douce que, pour toi, mon cœur de battre ne s'est jamais arrêté. Pourquoi alors tous ces silences entre nous, me demanderas-tu. Sans doute est-ce pour ne pas sentir la distance. Pour près de mon cœur conserver mes images de toi…

Aussi est-ce pour éviter de trop souffrir ton absence physique… La main me tremble ma dulcinée. Je ne peux continuer à mettre mes sentiments à nu. C'est trop douloureux. Trop douloureux que de t'aimer et te chérir qu'en pensée. Je t'aime autant que tu m'aimes. N'en doute jamais plus. Au bonheur d'être à nouveau à tes lèvres et à tes bras ma Chloé. Être loin de toi m'est un insupportable déchirement. Car tu es l'autre bout de moi. Mon tendre émoi. Ma douce moitié.

Les mots de Daphnis me font fondre comme neige au soleil. J'ai eu les boules d'avoir douter de lui. Je me demande quelle histoire interlope me sortira ma salope de cousine maintenant ? Q m'a raconté que le mec qui l'a foutu en cloque s'appelle Daphnis. Que son opération de voleuse galant s'est déroulée au bled de Lallmatuvu. Cette peste commence sérieusement à me casser les ovaires ! Je parie que la pétasse voulait juste me rendre malheureuse en faisant croire qu'elle a couché avec mon mec !

Ciao

Chloé