Il n'a rien perdu de son sens de l'humour. Même qu'avec
le temps, Monsieur Rire prend de nouveaux éclats.
Met sa to guetez, son tout dernier DVD en témoigne.
Arrivé à cette autre étape de sa carrière
d'humoriste, Sam Ammigan se permet aussi quelques coups de gueule.
Faut dire que dans le domaine l'on ne rit pas toujours
Une dizaine d'années depuis que l'on vous présente
comme humoriste, est-ce que l'envie de faire rire ne vous quitte
jamais?
Même si j'ai envie de me déconnecter un peu, le rire
finit toujours par me rattraper. Lorsque je rencontre mes fans
en chemin, ils me disent toujours être impatients de découvrir
mon prochain projet. Disons que j'ai décroché des
spectacles d'humour afin de pouvoir revenir avec des choses différentes.
Mais entretemps, je ne peux rester les bras croisés loin
du public. Et c'est ainsi que j'ai travaillé sur ce nouveau
DVD.
Faire rire vous fait si plaisir?
Je prends beaucoup de plaisir à faire rire les gens, c'est
vrai. C'est quelque chose de très naturel en moi. Je fais
rire là où je suis et c'est une grande satisfaction
pour moi
le genre de satisfaction que l'on ne peut expliquer.
Sur scène, c'est la même chose. Je ne suis pas impatient
d'entendre rire les spectateurs, mais si je ne les entends pas
cela devient un problème.
Est-ce facile d'être humoriste?
Attention, ce n'est pas aussi facile de faire rire les gens. Aujourd'hui,
quand je regarde autour de moi je suis fier. Je me rends compte
que le rire devient une industrie. Beaucoup de comédiens
s'y sont joints, certains se lancent maintenant. C'est tant mieux!
Mais, en même temps, le contexte où nous évoluons
me désole. Il ne faut pas croire que les humoristes se
contentent uniquement de monter sur scène et de raconter
quelques histoires comme ça. Derrière, il y a un
gros travail de préparation et beaucoup d'investissement.
Mon projet de DVD, le marketing et le reste me coûteront
aux alentours de Rs 300 000. Tout cela représente beaucoup
et nos moyens sont limités. Moi, j'ai été
aidé par quelques amis et des sponsors.
Il faut se dire que les conditions dans lesquelles travaillent
les humoristes sont loin d'être idéales. Il ne faut
pas oublier que l'on ne fait pas ce métier à plein
temps. Moi-même je faisais du travail manuel auparavant
et juste après je montais sur scène. Aujourd'hui,
j'ai changé de domaine, mais je ne peux me consacrer à
l'humour qu'après mon travail. Pour résultat je
dois travailler très tard dans la nuit et être sur
pied dès le lendemain pour mes autres responsabilités.
C'est un rythme de vie éreintant. Pour ne pas baisser les
bras, il faut beaucoup de courage. Avec un encadrement approprié
on aurait pu en faire un travail à plein temps.
Une telle situation semble stressante?
(Rires!) Je "stresse pou vrai" comme il est dit
dans L'homme stressé (ndlr: titre d'un de ses sketches).
C'est paradoxal pour un humoriste
Vous vous imaginez, après mon réveil le matin, ma
première tâche quand je rentre au travail c'est de
faire rire les auditeurs à travers la radio. Je le fais
presque tous les jours. Qu'importe l'état dans lequel je
suis, ma mission c'est de faire rire. Parce que l'auditeur attend
ça de moi. J'ai pris cette responsabilité vis-à-vis
de lui, il n'a pas à comprendre mes états d'âme.
Chaque matin, donc, j'essuie mes problèmes sur le paillasson
comme j'arrive à mon travail. Croyez-moi, parfois c'est
difficile! Mais une fois que l'on commence tout revient naturellement.
Néanmoins, le contexte devient de plus en plus difficile
pour les humoristes.
Comment?
Ben, à cause du piratage. Les gens s'imaginent difficilement
combien ça nous affecte. Il y a le grand circuit et aussi
les copies que se font les amis entre eux. De ce fait, si nous
voulons continuer dans ce domaine, il nous faut vendre à
prix réduit. Cela fait très mal. Je ne finis pas
de mettre le public en garde: si vous voulez que le rire et l'art
perdurent à Maurice, oubliez le piratage.
Que souhaiteriez-vous voir mettre en place pour permettre l'épanouissement
de l'humour à Maurice?
Je m'attends à ce que les autorités encouragent
les artistes. Ils méritent le respect et des facilités
pour leur permettre de travailler dans de bonnes conditions. J'attends
toujours une réponse à ma requête pour que
l'état m'aide dans ce que je fais en ce moment. Sur mon
dernier projet, je n'ai encore payé personne, heureusement
que l'équipe me fait confiance. Imaginez les dégâts
que me causera le piratage si j'en suis encore une fois victime.
Après ces différentes expériences, gardez-vous
les mêmes ambitions qu'à vos débuts?
En cours de route, j'ai perdu plusieurs de mes rêves. Le
problème est que je n'ai pas eu un encadrement approprié.
Je dois faire de gros efforts pour continuer dans l'humour. On
notera que de nombreux humoristes ont aujourd'hui baissé
les bras et ont préféré abandonner. Et quand,
dix ans après, je me retrouve dans la même situation
et confronté aux mêmes problèmes, je dois
dire que c'est décourageant. L'année dernière,
par exemple, à part un CD audio, je n'ai rien fait d'autre
parce que j'étais très découragé.
Dans ma carrière, j'ai eu de bons camarades et de "bons
camarons". Ce sont ces personnes qui se rapprochent de
vous sournoisement et qui viennent vous exploiter sous votre nez
parce qu'elles croient que vous ne comprenez rien à leur
jeu. Dans ce métier, on voit des gens abuser de vous sans
s'en soucier davantage. Il y a des personnes qui, de rien, ont
fait fortune à travers moi. Elles me répugnent,
mais à quoi bon se casser la tête. Moi, je peux marcher
la tête haute en public. Je n'ai pas triché, je vis
ma vie en étant heureux dans ce que je fais. Et avant tout,
il y a aussi mon public
Le contact avec ce public vous semble très important?
Parfaitement! C'est essentiel pour moi. Il ne faut jamais oublier:
je suis devenu Sam Ammigan grâce au public. S'il n'avait
pas apprécié mes premières sorties, je ne
serais jamais revenu sur scène et c'est lui qui vient de
l'avant pour me soutenir à chaque fois. Le public m'a toujours
respecté et c'est quelque chose que j'ai toujours apprécié.
Et puis, disons les choses telles qu'elles sont: "Nu pé
trop stresser, nu pé trop plaigner!" Finalement
ce n'est plus une manière de vivre. Moi je ne peux pas
m'arrêter aux problèmes seulement. Et c'est pourquoi
je préfère rire et faire rire.
Et si le rire n'existait pas?
J'aurais sans doute été admis depuis longtemps à
l'hôpital psychiatrique. Je ne vois pas comment j'aurais
fait pour vivre. Le rire m'est quelque chose de nécessaire,
de vital. Pour moi, une personne qui ne rit pas, souffre d'un
handicap émotionnel. Il n'a pas sa place en société.
Et vous-même, qu'est-ce qui vous fait rire?
Ce sont des choses simples, banales. Je peux avoir un fou rire
d'un rien. Je dois dire que je suis très sensible sur certaines
de ces choses. Dans ces moments-là, je ris à n'en
plus finir.
Pour résumer?
Avant de monter sur scène, j'ai pris conscience de mon
talent parce que j'étais invité à animer
des mariages et d'autres fêtes. Puis, il y a eu le théâtre,
les spectacles, la publicité, la radio, les films, les
voyages. Tout cela grâce au rire. Disons que moi, j'ai pu
faire un bon bout de chemin. Mais que l'on revoit les conditions
dans lesquelles nous travaillons pour que d'autres aient aussi
leur chance.