Week-End/SCOPE
VENDREDI 25 JUILLET 2008


INTERVIEW : SAM AMMIGAN

"Je prends plaisir à faire rire"

Il n'a rien perdu de son sens de l'humour. Même qu'avec le temps, Monsieur Rire prend de nouveaux éclats. Met sa to guetez, son tout dernier DVD en témoigne. Arrivé à cette autre étape de sa carrière d'humoriste, Sam Ammigan se permet aussi quelques coups de gueule. Faut dire que dans le domaine l'on ne rit pas toujours…

Une dizaine d'années depuis que l'on vous présente comme humoriste, est-ce que l'envie de faire rire ne vous quitte jamais?

Même si j'ai envie de me déconnecter un peu, le rire finit toujours par me rattraper. Lorsque je rencontre mes fans en chemin, ils me disent toujours être impatients de découvrir mon prochain projet. Disons que j'ai décroché des spectacles d'humour afin de pouvoir revenir avec des choses différentes. Mais entretemps, je ne peux rester les bras croisés loin du public. Et c'est ainsi que j'ai travaillé sur ce nouveau DVD.

Faire rire vous fait si plaisir?

Je prends beaucoup de plaisir à faire rire les gens, c'est vrai. C'est quelque chose de très naturel en moi. Je fais rire là où je suis et c'est une grande satisfaction pour moi… le genre de satisfaction que l'on ne peut expliquer. Sur scène, c'est la même chose. Je ne suis pas impatient d'entendre rire les spectateurs, mais si je ne les entends pas cela devient un problème.

Est-ce facile d'être humoriste?

Attention, ce n'est pas aussi facile de faire rire les gens. Aujourd'hui, quand je regarde autour de moi je suis fier. Je me rends compte que le rire devient une industrie. Beaucoup de comédiens s'y sont joints, certains se lancent maintenant. C'est tant mieux! Mais, en même temps, le contexte où nous évoluons me désole. Il ne faut pas croire que les humoristes se contentent uniquement de monter sur scène et de raconter quelques histoires comme ça. Derrière, il y a un gros travail de préparation et beaucoup d'investissement. Mon projet de DVD, le marketing et le reste me coûteront aux alentours de Rs 300 000. Tout cela représente beaucoup et nos moyens sont limités. Moi, j'ai été aidé par quelques amis et des sponsors.

Il faut se dire que les conditions dans lesquelles travaillent les humoristes sont loin d'être idéales. Il ne faut pas oublier que l'on ne fait pas ce métier à plein temps. Moi-même je faisais du travail manuel auparavant et juste après je montais sur scène. Aujourd'hui, j'ai changé de domaine, mais je ne peux me consacrer à l'humour qu'après mon travail. Pour résultat je dois travailler très tard dans la nuit et être sur pied dès le lendemain pour mes autres responsabilités. C'est un rythme de vie éreintant. Pour ne pas baisser les bras, il faut beaucoup de courage. Avec un encadrement approprié on aurait pu en faire un travail à plein temps.

Une telle situation semble stressante?

(Rires!) Je "stresse pou vrai" comme il est dit dans L'homme stressé (ndlr: titre d'un de ses sketches).

C'est paradoxal pour un humoriste…

Vous vous imaginez, après mon réveil le matin, ma première tâche quand je rentre au travail c'est de faire rire les auditeurs à travers la radio. Je le fais presque tous les jours. Qu'importe l'état dans lequel je suis, ma mission c'est de faire rire. Parce que l'auditeur attend ça de moi. J'ai pris cette responsabilité vis-à-vis de lui, il n'a pas à comprendre mes états d'âme. Chaque matin, donc, j'essuie mes problèmes sur le paillasson comme j'arrive à mon travail. Croyez-moi, parfois c'est difficile! Mais une fois que l'on commence tout revient naturellement. Néanmoins, le contexte devient de plus en plus difficile pour les humoristes.

Comment?

Ben, à cause du piratage. Les gens s'imaginent difficilement combien ça nous affecte. Il y a le grand circuit et aussi les copies que se font les amis entre eux. De ce fait, si nous voulons continuer dans ce domaine, il nous faut vendre à prix réduit. Cela fait très mal. Je ne finis pas de mettre le public en garde: si vous voulez que le rire et l'art perdurent à Maurice, oubliez le piratage.

Que souhaiteriez-vous voir mettre en place pour permettre l'épanouissement de l'humour à Maurice?

Je m'attends à ce que les autorités encouragent les artistes. Ils méritent le respect et des facilités pour leur permettre de travailler dans de bonnes conditions. J'attends toujours une réponse à ma requête pour que l'état m'aide dans ce que je fais en ce moment. Sur mon dernier projet, je n'ai encore payé personne, heureusement que l'équipe me fait confiance. Imaginez les dégâts que me causera le piratage si j'en suis encore une fois victime.

Après ces différentes expériences, gardez-vous les mêmes ambitions qu'à vos débuts?

En cours de route, j'ai perdu plusieurs de mes rêves. Le problème est que je n'ai pas eu un encadrement approprié. Je dois faire de gros efforts pour continuer dans l'humour. On notera que de nombreux humoristes ont aujourd'hui baissé les bras et ont préféré abandonner. Et quand, dix ans après, je me retrouve dans la même situation et confronté aux mêmes problèmes, je dois dire que c'est décourageant. L'année dernière, par exemple, à part un CD audio, je n'ai rien fait d'autre parce que j'étais très découragé. Dans ma carrière, j'ai eu de bons camarades et de "bons camarons". Ce sont ces personnes qui se rapprochent de vous sournoisement et qui viennent vous exploiter sous votre nez parce qu'elles croient que vous ne comprenez rien à leur jeu. Dans ce métier, on voit des gens abuser de vous sans s'en soucier davantage. Il y a des personnes qui, de rien, ont fait fortune à travers moi. Elles me répugnent, mais à quoi bon se casser la tête. Moi, je peux marcher la tête haute en public. Je n'ai pas triché, je vis ma vie en étant heureux dans ce que je fais. Et avant tout, il y a aussi mon public…

Le contact avec ce public vous semble très important?

Parfaitement! C'est essentiel pour moi. Il ne faut jamais oublier: je suis devenu Sam Ammigan grâce au public. S'il n'avait pas apprécié mes premières sorties, je ne serais jamais revenu sur scène et c'est lui qui vient de l'avant pour me soutenir à chaque fois. Le public m'a toujours respecté et c'est quelque chose que j'ai toujours apprécié. Et puis, disons les choses telles qu'elles sont: "Nu pé trop stresser, nu pé trop plaigner!" Finalement ce n'est plus une manière de vivre. Moi je ne peux pas m'arrêter aux problèmes seulement. Et c'est pourquoi je préfère rire et faire rire.

Et si le rire n'existait pas?

J'aurais sans doute été admis depuis longtemps à l'hôpital psychiatrique. Je ne vois pas comment j'aurais fait pour vivre. Le rire m'est quelque chose de nécessaire, de vital. Pour moi, une personne qui ne rit pas, souffre d'un handicap émotionnel. Il n'a pas sa place en société.

Et vous-même, qu'est-ce qui vous fait rire?

Ce sont des choses simples, banales. Je peux avoir un fou rire d'un rien. Je dois dire que je suis très sensible sur certaines de ces choses. Dans ces moments-là, je ris à n'en plus finir.

Pour résumer?

Avant de monter sur scène, j'ai pris conscience de mon talent parce que j'étais invité à animer des mariages et d'autres fêtes. Puis, il y a eu le théâtre, les spectacles, la publicité, la radio, les films, les voyages. Tout cela grâce au rire. Disons que moi, j'ai pu faire un bon bout de chemin. Mais que l'on revoit les conditions dans lesquelles nous travaillons pour que d'autres aient aussi leur chance.


Met sa

Après Léon le caméléon, The Sam Ammigan Comedy Show et sa première expérience qui fut Marmit So, Sam Ammigan revient sur vos écrans. Pour ce nouveau projet, il retient le concept de ses débuts à travers une série de sketches tournés, pour la plupart, dans un décor naturel. Sam Ammigan use, une fois encore, de son talent d'imitateur pour créer des personnages de la réalité mauricienne. Et c'est avec ceux-là que l'on se retrouve embarqué dans de drôles de situations. Pour le meilleur et … pour le rire. Dans Met sa to guetez, il est accompagné des comédiens Sanjeev Moheeputh, Yousouf Elahee, Jean-François Rougé, entre autres…