Week-End/SCOPE
VENDREDI 25 JUILLET 2008


ENVIRONNEMENT : ONG

La sauvegarde bute contre un problème de fonds

Leur but, sauvegarder l'environnement de notre île à travers des projets de conservation et des campagnes de sensibilisation. Les ONG travaillant dans le domaine de l'environnement font, cependant, face à des soucis de financement et ce régulièrement. Comment font-ils pour survivre? Nous leur avons demandé.

Les ONG œuvrant pour l'environnement obtiennent des fonds, pour mener à bien leurs projets de conservation, de source locale aussi bien qu'internationale. Jacqueline Sauzier, présidente de la Mauritius Marine Conservation Society (MMCS), explique que la majorité des fonds permettant à l'ONG de survivre provient de source privée. "Nous n'obtenons des fonds qu'après avoir monté des projets bien spécifiques. La plupart provient d'organismes privés et des fondations internationales. Cet argent-là est dirigé directement dans les projets. S'agissant du roulement même de la MMCS, on n'a même pas de fonds directs." Ainsi, explique-t-elle, c'est grâce à l'argent provenant des publicités parues dans la newsletter de l'ONG, les inscriptions des membres et à la générosité de quelques donateurs que la MMCS survit. Pour la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), les fonds sont obtenus à 60 % de source locale et à 40 % de source internationale. Ceci parce que les instances internationales à l'instar du Darwin Initiative ou encore de l'Union Internationale pour la Conservation de la nature exigent que des fonds locaux soient trouvés avant d'apporter leur soutient.

Projets. Jacqueline Sauzier précise que le budget alloué aux différents projets comme le Dolphin Watching n'est pas énorme. "Nous sommes toujours à la recherche de fonds supplémentaires. Souvent on initie des projets et on doit trouver d'autres sources d'argent en cours de route. Souvent on se demande comment est-ce qu'on va faire pour tenir 15 jours de plus. Pour nos différents projets, on tire le diable par la queue." À la MWF, même son de cloche, "on a des projets qui sont pending à cause d'un manque de finance. Quand on reçoit un funding, on assure les projets déjà existants. On ne démarre pas un nouveau projet si le financement n'est pas là."

Taxe. La situation s'est empirée depuis que le gouvernement a enlevé la déduction possible sur la taxe des compagnies qui financent les ONG. "Désormais on a le Corporate Social Responsability. En faisant cela, certaines entreprises sont venues directement concurrencer les ONG au lieu de nous aider dans nos projets car ils mettent en œuvre leurs projets eux-mêmes", indique Jacqueline Sauzier. Parlant de taxe, la présidente de la MMCS soutient que l'ONG a fait la demande d'une réduction de taxe pour les ONG dans l'achat des papeteries mais que cela n'a pas été pris en considération. "Si on pouvait récupérer la TVA, ce serait énorme pour nous."

Initiateurs. Le système employé à Maurice est différent d'autres pays comme les États-Unis ou la France. Si dans ces pays-là, le gouvernement prend une part active à l'initiation des projets, à Maurice, ce sont plutôt les ONG qui initient et le gouvernement qui collabore. "À la MMCS, on a toujours été les instigateurs de beaucoup de projets pour la protection de l'environnement réalisés sans soutien financier de la part des autorités. C'est vrai qu'on a la collaboration du gouvernement mais ils ne s'implique pas complètement. Par exemple, pour le projet de Dolphin Watching, ils ont lancé les Guidelines pour sensibiliser les propriétaires de bateaux, mais après plus rien. On a eu à expliquer notre cas par nous-mêmes. On a demandé à la Tourism Authority de nous aider, ils nous ont dit qu'ils peuvent nous donner des casquettes et des stickers", sourit Jacqueline Sauzier.

Gouvernement. La MWF indique qu'elle travaille en étroite collaboration avec le gouvernement dans ses projets de conservation. Celui-ci, même s'il ne finance pas régulièrement l'ONG, apporte son aide en matière d'infrastructures. "Le gouvernement met à notre disposition des terres où des travaux doivent être entrepris ainsi que d'autres infrastructures comme par exemple des cabanes nous permettant de travailler sur les pigeons roses à Plaine Lièvre."

Boulet. À la MMCS, c'est exclusivement une équipe de volontaires qui accorde sont temps à la conservation de l'environnement marin. Ce qui implique qu'il arrive que ces volontaires ne soient pas disponibles pour des réunions avec le gouvernement. "Dans d'autres pays, le gouvernement finance beaucoup les ONG. Notre boulet à la MMCS est de ne pas pouvoir employer quelqu'un qui pourrait assister à toutes les réunions. Ce genre de choses aurait pu être financé par le gouvernement. Qui plus est, ils organisent les réunions en pleine semaine à 14h, ce qui fait que nous, qui travaillons, on ne trouve personne pour venir. Et après, ils vont se plaindre que nous ne venons pas."


Exigences

Ainsi que l'explique Lone Raffray de la MWF, les compagnies qui sponsorisent les projets veulent des projets valables. "Ils veulent que les projets soient soutenables. Ils veulent savoir où est ce que va l'argent. Si une ONG n'a pas d'administration et une bonne gestion des projets, elle n'obtient pas de fonds. Même nous qui avons un track record éprouvons des difficultés", dit Lone Raffray.