Week-End/SCOPE
VENDREDI 27 JUIN 2008



SOCIÉTÉ : EX-DÉTENUS

Les difficultés de la réinsertion

Apré prison, ki lavenir? Pour la plupart des ex-prisonniers, c'est un avenir sombre qui leur est destiné à leur sortie de prison. Ils arrivent difficilement à joindre les deux bouts. Vivre avec un passé de prisonnier, c'est aussi voir toutes les portes se fermer devant soi.

Cela fait plus d'un an que Georgy a été libéré. S'il jouit désormais de sa liberté, les difficultés le gardent encore prisonnier. Malgré le soutien de sa famille, il peine à joindre les deux bouts. Pour ce père de famille, il n'est pas facile de trouver du travail sans certificat de moralité. S'il vient souvent à Elan - ONG œuvrant pour la réinsertion des prisonniers - c'est surtout pour un soutien moral mais aussi pour des conseils. "Lorsque j'ai été libéré, je me suis retrouvé sans argent. Pour un homme, c'est pas évident de toujours compter sur sa femme pour nourrir sa famille. En prison je faisais des travaux manuels et j'avais en tête d'en faire mon métier, mais à ma sortie je n'avais pas les moyens pour monter mon propre business vu que mon compte était gelé. Si demain vous obtenez un travail et que vous n'avez pas de compte, cela intrigue aussi votre patron et on vous demande un certificat de moralité par la suite, chose qu'on ne pourra présenter. Nous méritons le respect malgré notre passé."

Réticences. Mais souvent, la société éprouve du mal a pardonner et à comprendre. Pour Thomas, qui a sous sa charge une trentaine d'agents de sécurité, prendre un ancien prisonnier dans son équipe comporte des risques, "Nos clients nous font confiance, nous ne pouvons pas prendre de risque en employant un ex-prisonnier. C'est injuste de mettre tout le monde dans le même panier, mais cela en va de la bonne marche de l'entreprise." Thomas n'est pas le seul à se montrer réticent: "Nous n'avons aucune objection à employer des anciens détenus mais on s'assure avant tout qu'on n'a pas affaire à quelqu'un de dangereux", confie un propriétaire de garage. Notre interlocuteur se rétractera très vite en nous affirmant que le certificat moral est primordial pour avoir de l'emploi chez lui.

Des dix entreprises que nous avons contacté, deux d'entre elles nous ont affirmé qu'elles n'ont aucune objection à employer quelqu'un ayant fait de la prison, "d'ailleurs j'emploie déjà deux femmes qui ont un casier judiciaire. Il faut leur donner une chance de s'en sortir" nous confie Marie-Michèle, propriétaire d'un atelier d'artisanat.

Richard est lui aussi passé par des moments difficiles depuis sa remise en liberté, d'ailleurs, il assiste à chaque réunion du groupe Elan. Pour lui, c'est une occasion de rencontrer ceux qui font face aux même problèmes que lui."Pour qu'un ancien prisonnier se sente à l'aise en société, c'est avant tout le regard des autres qui doit changer. Tout le monde a droit à une deuxième chance et pourquoi pas les ex-détenus. Si bon nombre d'entre nous replonge, c'est parce qu'ils n'ont pas de travail et par conséquent pas d'argent pour leur famille", confie Richard.

Si Richard et Georgy ont du mal à mener une vie stable, Paul José Jean arrive quant à lui à s'en sortir. Avec l'aide d'Elan, il a pu reprendre son élevage, "Elan m'a beaucoup aidé. Grâce à eux, j'ai pu avoir un loan pour reprendre ma ferme à zéro." Ce dernier est l'un de ceux qui ont pu reprendre leur place en société grâce au soutien de Lindsay Aza, responsable de Elan.

Soutien. Ils sont deux ONGs à s'occuper de la réinsertion des prisonniers tout en leur apportant du soutien; Elan et Kinouété. Pour venir en aide aux ex-prisonniers, Elan s'est lui fixé 5 objectifs; l'intégration et la réinsertion en offrant un soutien aux ex-toxicomanes, se battre pour avoir droit à un certificat de moralité, jouer le rôle d'intermédiaire entre l'employeur et l'ex-détenu, entre lui et sa famille, mais aussi éliminer toute forme de stigmatisation. "Il faut dire que nous avons gagné une bataille concernant le certificat de moralité. La loi dit qu'après 10 ans, un ancien détenu peut se retrouver avec un casier vierge dépendant évidemment du comportement de la personne. Comme je vous ai dit, c'est une bataille mais pas la guerre. D'après une étude qui avait été faite en 2006, sur 164 cas de gel de compte, 93 % concernent des trafiquants ou des consommateurs de drogue. Se retrouver sans aucune ressource à sa sortie de prison, pousse la personne à emboîter une nouvelle fois le mauvais chemin", dit Lindsay Aza.

Michael Sandapen de Kinouété est lui aussi souvent confronté à ces cas, et lutte pour les même causes, "comment un homme qui a fait 6 mois de prison il y a maintenant plus de 8 ans ne peut pas obtenir un certificat de moralité? Les autorités concernées doivent changer les choses, ceux qui retombent dans la délinquance sont souvent ceux qui n'obtiennent pas de travail et n'ont pas de quoi vivre et faire vivre leur famille", s'indigne M. Sandapen. "Nous parlons souvent d'equal oppportunity act et du empowerment programme, je poserai la question suivante, est-ce que les ex-détenus sont concernés? Peuvent-ils bénéficier de l'empowerment programme? Je prendrai l'exemple du gel de compte, c'est un obstacle majeur à son intégration à la société. Si un ex-détenu est payé par chèque barré, il ne pourra jamais toucher son argent. Les démarches que nous avons entreprises dans ce sens n'ont rien donné jusqu'ici. Cet obstacle est un handicap conséquent à une véritable réinsertion", poursuit Michael Sandapen. "Nous parlons souvent de réinsertion, la désinsertion existe également. Je prendrai le cas d'un jeune qui se retrouve à la RYC (Rehabilitation Youth Centre). Comment ce jeune se sentira-t-il lorsqu'il retournera dans la société. Sera-t-il meilleur ou pire? Quelles sont les opportunités qui s'offriront à lui? Il y a aussi le cas des prisonniers étrangers qui se retrouvent incarcérés loin de leur pays. Nous faisons tout pour que les choses changent."


Une ferme intégrée à Chebel

Le plus grand projet de Elan est la réalisation d'une ferme intégrée à Chebel. L'ONG qui a obtenu 5 arpents de terre du groupe Médine, compte démarrer le projet en octobre prochain. Dans un premier temps,10 ex-détenus y travailleront. "Il sera d'abord question de plantation, et après 9 mois nous nous lancerons dans l'élevage de poulets. Nous ferons une évaluation après trois mois et petit à petit le nombre d'employés augmentera", précise Lindsay Aza. Elan se penche aussi sur un projet de home pour accueillir les ex-détenus qui se retrouvent sans logis.


Présence

Pour rendre leur avenir meilleur à leur sortie de prison, ces deux ONGs opèrent dans les prisons deux à trois fois par semaine:"Il faut souligner que nous travaillons uniquement avec ceux qui veulent de notre aide. Les prisonniers sont libres de venir à nos séances de thérapies s'ils le veulent", dit le coordinateur de Kinouété. Entre les thérapies, des échanges mais aussi l'aide d'une psychologue, les détenus arrivent à mieux cerner leurs problèmes mais aussi à prendre l'initiative d'adopter une vie meilleure. Des ateliers sont aussi organisés en prison; la coiffure, l'esthétique, l'informatique et le craft. "Lorsque vous vous retrouvez en prison, vous n'avez pas grand chose à faire de votre journée, cela incite certaines fois à des transactions louches. C'est pour cela que nous faisons de notre mieux en opérant dans les prisons mais aussi en proposant des activités. Ces formations leur seront d'une grande aide lorsqu'ils sortiront de prison, à condition bien sûr, que les chefs d'entreprises leur accordent leur confiance", précise Michael Sandapen.