SOCIÉTÉ : EX-DÉTENUS
Les difficultés de la réinsertion
Apré prison, ki lavenir? Pour la plupart des ex-prisonniers,
c'est un avenir sombre qui leur est destiné à leur
sortie de prison. Ils arrivent difficilement à joindre
les deux bouts. Vivre avec un passé de prisonnier, c'est
aussi voir toutes les portes se fermer devant soi.
Cela fait plus d'un an que Georgy a été libéré.
S'il jouit désormais de sa liberté, les difficultés
le gardent encore prisonnier. Malgré le soutien de sa famille,
il peine à joindre les deux bouts. Pour ce père
de famille, il n'est pas facile de trouver du travail sans certificat
de moralité. S'il vient souvent à Elan - ONG uvrant
pour la réinsertion des prisonniers - c'est surtout pour
un soutien moral mais aussi pour des conseils. "Lorsque
j'ai été libéré, je me suis retrouvé
sans argent. Pour un homme, c'est pas évident de toujours
compter sur sa femme pour nourrir sa famille. En prison je faisais
des travaux manuels et j'avais en tête d'en faire mon métier,
mais à ma sortie je n'avais pas les moyens pour monter
mon propre business vu que mon compte était gelé.
Si demain vous obtenez un travail et que vous n'avez pas de compte,
cela intrigue aussi votre patron et on vous demande un certificat
de moralité par la suite, chose qu'on ne pourra présenter.
Nous méritons le respect malgré notre passé."
Réticences. Mais souvent, la société
éprouve du mal a pardonner et à comprendre. Pour
Thomas, qui a sous sa charge une trentaine d'agents de sécurité,
prendre un ancien prisonnier dans son équipe comporte des
risques, "Nos clients nous font confiance, nous ne pouvons
pas prendre de risque en employant un ex-prisonnier. C'est injuste
de mettre tout le monde dans le même panier, mais cela en
va de la bonne marche de l'entreprise." Thomas n'est
pas le seul à se montrer réticent: "Nous
n'avons aucune objection à employer des anciens détenus
mais on s'assure avant tout qu'on n'a pas affaire à quelqu'un
de dangereux", confie un propriétaire de garage.
Notre interlocuteur se rétractera très vite en nous
affirmant que le certificat moral est primordial pour avoir de
l'emploi chez lui.
Des dix entreprises que nous avons contacté, deux d'entre
elles nous ont affirmé qu'elles n'ont aucune objection
à employer quelqu'un ayant fait de la prison, "d'ailleurs
j'emploie déjà deux femmes qui ont un casier judiciaire.
Il faut leur donner une chance de s'en sortir" nous confie
Marie-Michèle, propriétaire d'un atelier d'artisanat.
Richard est lui aussi passé par des moments difficiles
depuis sa remise en liberté, d'ailleurs, il assiste à
chaque réunion du groupe Elan. Pour lui, c'est une occasion
de rencontrer ceux qui font face aux même problèmes
que lui."Pour qu'un ancien prisonnier se sente à
l'aise en société, c'est avant tout le regard des
autres qui doit changer. Tout le monde a droit à une deuxième
chance et pourquoi pas les ex-détenus. Si bon nombre d'entre
nous replonge, c'est parce qu'ils n'ont pas de travail et par
conséquent pas d'argent pour leur famille", confie
Richard.
Si Richard et Georgy ont du mal à mener une vie stable,
Paul José Jean arrive quant à lui à s'en
sortir. Avec l'aide d'Elan, il a pu reprendre son élevage,
"Elan m'a beaucoup aidé. Grâce à eux,
j'ai pu avoir un loan pour reprendre ma ferme à zéro."
Ce dernier est l'un de ceux qui ont pu reprendre leur place en
société grâce au soutien de Lindsay Aza, responsable
de Elan.
Soutien. Ils sont deux ONGs à s'occuper de la réinsertion
des prisonniers tout en leur apportant du soutien; Elan et
Kinouété. Pour venir en aide aux ex-prisonniers,
Elan s'est lui fixé 5 objectifs; l'intégration et
la réinsertion en offrant un soutien aux ex-toxicomanes,
se battre pour avoir droit à un certificat de moralité,
jouer le rôle d'intermédiaire entre l'employeur et
l'ex-détenu, entre lui et sa famille, mais aussi éliminer
toute forme de stigmatisation. "Il faut dire que nous
avons gagné une bataille concernant le certificat de moralité.
La loi dit qu'après 10 ans, un ancien détenu peut
se retrouver avec un casier vierge dépendant évidemment
du comportement de la personne. Comme je vous ai dit, c'est une
bataille mais pas la guerre. D'après une étude qui
avait été faite en 2006, sur 164 cas de gel de compte,
93 % concernent des trafiquants ou des consommateurs de drogue.
Se retrouver sans aucune ressource à sa sortie de prison,
pousse la personne à emboîter une nouvelle fois le
mauvais chemin", dit Lindsay Aza.
Michael Sandapen de Kinouété est lui aussi souvent
confronté à ces cas, et lutte pour les même
causes, "comment un homme qui a fait 6 mois de prison
il y a maintenant plus de 8 ans ne peut pas obtenir un certificat
de moralité? Les autorités concernées doivent
changer les choses, ceux qui retombent dans la délinquance
sont souvent ceux qui n'obtiennent pas de travail et n'ont pas
de quoi vivre et faire vivre leur famille", s'indigne
M. Sandapen. "Nous parlons souvent d'equal oppportunity
act et du empowerment programme, je poserai la question suivante,
est-ce que les ex-détenus sont concernés? Peuvent-ils
bénéficier de l'empowerment programme? Je prendrai
l'exemple du gel de compte, c'est un obstacle majeur à
son intégration à la société. Si un
ex-détenu est payé par chèque barré,
il ne pourra jamais toucher son argent. Les démarches que
nous avons entreprises dans ce sens n'ont rien donné jusqu'ici.
Cet obstacle est un handicap conséquent à une véritable
réinsertion", poursuit Michael Sandapen. "Nous
parlons souvent de réinsertion, la désinsertion
existe également. Je prendrai le cas d'un jeune qui se
retrouve à la RYC (Rehabilitation Youth Centre). Comment
ce jeune se sentira-t-il lorsqu'il retournera dans la société.
Sera-t-il meilleur ou pire? Quelles sont les opportunités
qui s'offriront à lui? Il y a aussi le cas des prisonniers
étrangers qui se retrouvent incarcérés loin
de leur pays. Nous faisons tout pour que les choses changent."
Une ferme intégrée à Chebel
Le plus grand projet de Elan est la réalisation d'une ferme
intégrée à Chebel. L'ONG qui a obtenu 5 arpents
de terre du groupe Médine, compte démarrer le projet
en octobre prochain. Dans un premier temps,10 ex-détenus
y travailleront. "Il sera d'abord question de plantation,
et après 9 mois nous nous lancerons dans l'élevage
de poulets. Nous ferons une évaluation après trois
mois et petit à petit le nombre d'employés augmentera",
précise Lindsay Aza. Elan se penche aussi sur un projet
de home pour accueillir les ex-détenus qui se retrouvent
sans logis.
Présence
Pour rendre leur avenir meilleur à leur sortie de prison,
ces deux ONGs opèrent dans les prisons deux à trois
fois par semaine:"Il faut souligner que nous travaillons
uniquement avec ceux qui veulent de notre aide. Les prisonniers
sont libres de venir à nos séances de thérapies
s'ils le veulent", dit le coordinateur de Kinouété.
Entre les thérapies, des échanges mais aussi l'aide
d'une psychologue, les détenus arrivent à mieux
cerner leurs problèmes mais aussi à prendre l'initiative
d'adopter une vie meilleure. Des ateliers sont aussi organisés
en prison; la coiffure, l'esthétique, l'informatique et
le craft. "Lorsque vous vous retrouvez en prison,
vous n'avez pas grand chose à faire de votre journée,
cela incite certaines fois à des transactions louches.
C'est pour cela que nous faisons de notre mieux en opérant
dans les prisons mais aussi en proposant des activités.
Ces formations leur seront d'une grande aide lorsqu'ils sortiront
de prison, à condition bien sûr, que les chefs d'entreprises
leur accordent leur confiance", précise Michael
Sandapen.