CHAGOS : JUSTICE
Non à l'indifférence !
L'appel interjeté par le gouvernement britannique contre
les 3 jugements rendus en faveur des Chagossiens sera entendu
à la fin de ce mois. Pour pouvoir y assister, la communauté
chagossienne compte sur la solidarité des Mauriciens. Un
petit geste peut apporter un grand réconfort dans le cur
de ceux qui ont été sacrifiés pour que Maurice
accède à l'indépendance.
La voix monocorde et le visage sans expression de Lisette Talate
témoignent de toute la détresse du peuple chagossien
déraciné il y a 40 ans. Mais plus que jamais, Lisette
Talate et les siens pensent que la victoire est proche, qu'un
retour dans leurs îles n'est pas impossible. "Mo
revé mo pe retourn kot mwa", lance-t-elle, les
yeux scrutant le plafond comme pour confier ce rêve à
Celui d'en haut. L'ultime étape de la bataille juridique
du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) se déroulera
du 30 juin au 4 juillet.
On le sait, en novembre 2000, la Haute Cour de Londres décrète
que l'expulsion des Chagossiens était illégale.
Mais quatre ans plus tard, la Reine d'Angleterre émet deux
Orders in Council interdisant à jamais le retour
des Chagossiens dans leurs îles. Ces deux décrets
royaux sont renversés par la Haute Cour de Londres en 2006.
Le gouvernement britannique fait appel, mais la Haute Cour de
Londres confirme ce jugement en 2007. L'appel est cette fois interjeté
au Conseil privé. Il appartiendra, maintenant, à
la House of Lords de trancher.
Présence. Lisette Talate se dit confiante. "Nous
sommes sur le bon chemin. En 3 occasions nous avons gagné,
nous gagnerons encore une fois." Malheureusement, elle
ne sait pas encore si elle pourra être présente en
cour, comme ce fut le cas les fois précédentes.
Le Legal Aid, en Angleterre, prend en charge uniquement
le déplacement d'Olivier Bancoult, président du
GRC. Or, la présence des autres déracinés
en cour est aussi importante. "Leur présence physique
témoignera de toute leur détresse. Ils ont tout
perdu pour que Maurice puisse avoir son indépendance",
ajoute Cassam Uteem, ancien président de la république
qui soutient le GRC depuis 2000.
40 ans après, la plaie ne s'est toujours pas refermée
pour Léonide Jaffar. Elle arrive à Maurice en 1967,
pour accoucher de son 3e enfant. Son mari et ses deux autres enfants
l'accompagnent. Ils ne pourront plus repartir. "Toute
ma famille était restée là-bas. Ma sur
est tombée malade en apprenant que je n'allais pas revenir.
Elle est morte de chagrin. Quand nous avons visité les
îles en avril 2006, j'ai pu voir sa tombe. J'ai beaucoup
pleuré."
Souffrance. De l'étiquette "zilois"
aux remarques "pé vine bar place ici",
Léonide Jaffar a dû essuyer toutes sortes d'affronts
à Maurice. Que ce soit pour trouver un emploi ou pour inscrire
ses enfants à l'école. Si aujourd'hui la société
les accepte mieux, Léonide Jaffar dit ne pas se sentir
chez elle pour autant. Tous les soirs, elle se remémore
les images de la visite de 2006. Diego, Salomon, Perros
les plages, la nature et les bâtiments en délabrement
"Quand j'ai posé les pieds à Salomon, mon
île natale, je croyais que j'étais dans un rêve",
confie Léonide Jaffar.
Comme Lisette Talate, elle aurait aimé être présente
en cour le 30 juin, mais elle ne sait pas encore. Pour les fois
précédentes, les billets d'avion ont été
achetés à crédit et elle rembourse encore.
Pour cette fois, tout dépend de la générosité
des Mauriciens. Beaucoup de personnalités et d'individus
leur ont apporté leur soutien, mais cela ne suffit pas.
Il faut au moins une délégation d'une vingtaine
de Chagossiens pour faire le poids en cour. "Il y a beaucoup
de Mauriciens, à Maurice comme en Angleterre qui nous ont
toujours soutenus. Nous les remercions et nous espérons
que les autres prendront conscience de ce combat que nous menons",
renchérit Lisette Talate.
Méconnaissance. Elle ajoute qu'il ne faut pas croire
que les Chagossiens passent leur temps à demander de l'argent
ou à chercher une compensation. "C'est notre droit
de vivre sur notre terre natale. L'Angleterre doit assumer ses
responsabilités." Léonide Jaffar ajoute
que s'il y a tant d'incompréhension au sujet de la lutte
des Chagossiens, c'est parce que les trois gouvernements de l'époque
- anglais, américain et mauricien - ont caché la
vérité. "Beaucoup de personnes ne savent
pas ce qui s'est réellement passé, ne connaissent
pas notre souffrance, c'est pour cela qu'elles ne comprennent
pas."
Le siège du GRC à Cassis est actuellement en pleine
ébullition. La communauté chagossienne prépare
sa journée portes ouvertes (voir hors-texte), un exercice
de levée de fonds. Tandis qu'une jeune fille estampille
les billets d'entrée, des femmes discutent de l'organisation.
"Les Chagossiens font leurs efforts, nous espérons
que les Mauriciens se joindront à nous."
Un retour dans les îles est-il réellement possible?
Les Chagossiens placent-ils la barre trop haute? La House of
Lords donnera son verdict très prochainement. En attendant,
ils seront sans aucun doute réconfortés de savoir
que ce combat ne se fait pas dans l'indifférence pour les
autres.
Journée chagossienne
Découvrez la musique et la cuisine chagossiennes. C'est
ce que vous propose le GRC ce dimanche 1er juin au Centre Communautaire
Ilois à Pointe-aux-Sables. Des plats traditionnels, tels
le seraz (à base de lait de coco), roti, curry,
gâteaux seront en vente, ainsi que des plats traditionnels
de La Réunion. De son côté, le groupe Mo
pense toi, proposera de la cuisine chinoise. Les plats peuvent
être consommés sur place ou être emportés.
Cette journée sera aussi agrémentée de musique.
Les groupes Tambours Chagos et Zanfan Chagos donneront
une démonstration de la culture chagossienne. Plusieurs
artistes mauriciens, dont Linzy Bacbotte, Jean-Claude Gaspard,
Wilson Félix, Clarel Armel, Mamie Cloun et Gino Lapunaire,
chanteront également à cette occasion. Une surprise
est aussi annoncée. L'animation sera assurée par
Anabelle Volbert et Ton Renaud. L'événement débute
à 10h. Le billet d'entrée est de Rs 30 pour les
adultes et Rs 15 pour les enfants.
Dîner de solidarité
L'agence Immedia organise un dîner de solidarité
le jeudi 19 juin à 19h30 au Grand Ocean City Restaurant,
Caudan Waterfront. Cette levée de fonds vise à permettre
à une délégation d'une vingtaine de Chagossiens
d'être présente en cour pour cette ultime étape
de leur bataille juridique. L'ancien président de la République,
Cassam Uteem, qui participe à cette activité a invité
les parlementaires des deux côtés de la chambre à
témoigner de leur solidarité envers les Chagossiens.
La population mauricienne est aussi appelée à ne
pas rester indifférente. Les billets pour ce dîner
sont à Rs 800 par personne. Une table comprend 10 places
et le restaurant peut accueillir 400 personnes. Pour réserver,
il suffit de téléphoner à Immedia (208 1030)
ou au GRC (213 0216).