Week-End/SCOPE
VENDREDI 30 MAI 2008



CHAGOS : JUSTICE

Non à l'indifférence !

L'appel interjeté par le gouvernement britannique contre les 3 jugements rendus en faveur des Chagossiens sera entendu à la fin de ce mois. Pour pouvoir y assister, la communauté chagossienne compte sur la solidarité des Mauriciens. Un petit geste peut apporter un grand réconfort dans le cœur de ceux qui ont été sacrifiés pour que Maurice accède à l'indépendance.

La voix monocorde et le visage sans expression de Lisette Talate témoignent de toute la détresse du peuple chagossien déraciné il y a 40 ans. Mais plus que jamais, Lisette Talate et les siens pensent que la victoire est proche, qu'un retour dans leurs îles n'est pas impossible. "Mo revé mo pe retourn kot mwa", lance-t-elle, les yeux scrutant le plafond comme pour confier ce rêve à Celui d'en haut. L'ultime étape de la bataille juridique du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) se déroulera du 30 juin au 4 juillet.

On le sait, en novembre 2000, la Haute Cour de Londres décrète que l'expulsion des Chagossiens était illégale. Mais quatre ans plus tard, la Reine d'Angleterre émet deux Orders in Council interdisant à jamais le retour des Chagossiens dans leurs îles. Ces deux décrets royaux sont renversés par la Haute Cour de Londres en 2006. Le gouvernement britannique fait appel, mais la Haute Cour de Londres confirme ce jugement en 2007. L'appel est cette fois interjeté au Conseil privé. Il appartiendra, maintenant, à la House of Lords de trancher.

Présence. Lisette Talate se dit confiante. "Nous sommes sur le bon chemin. En 3 occasions nous avons gagné, nous gagnerons encore une fois." Malheureusement, elle ne sait pas encore si elle pourra être présente en cour, comme ce fut le cas les fois précédentes. Le Legal Aid, en Angleterre, prend en charge uniquement le déplacement d'Olivier Bancoult, président du GRC. Or, la présence des autres déracinés en cour est aussi importante. "Leur présence physique témoignera de toute leur détresse. Ils ont tout perdu pour que Maurice puisse avoir son indépendance", ajoute Cassam Uteem, ancien président de la république qui soutient le GRC depuis 2000.

40 ans après, la plaie ne s'est toujours pas refermée pour Léonide Jaffar. Elle arrive à Maurice en 1967, pour accoucher de son 3e enfant. Son mari et ses deux autres enfants l'accompagnent. Ils ne pourront plus repartir. "Toute ma famille était restée là-bas. Ma sœur est tombée malade en apprenant que je n'allais pas revenir. Elle est morte de chagrin. Quand nous avons visité les îles en avril 2006, j'ai pu voir sa tombe. J'ai beaucoup pleuré."

Souffrance. De l'étiquette "zilois" aux remarques "pé vine bar place ici", Léonide Jaffar a dû essuyer toutes sortes d'affronts à Maurice. Que ce soit pour trouver un emploi ou pour inscrire ses enfants à l'école. Si aujourd'hui la société les accepte mieux, Léonide Jaffar dit ne pas se sentir chez elle pour autant. Tous les soirs, elle se remémore les images de la visite de 2006. Diego, Salomon, Perros… les plages, la nature et les bâtiments en délabrement… "Quand j'ai posé les pieds à Salomon, mon île natale, je croyais que j'étais dans un rêve", confie Léonide Jaffar.

Comme Lisette Talate, elle aurait aimé être présente en cour le 30 juin, mais elle ne sait pas encore. Pour les fois précédentes, les billets d'avion ont été achetés à crédit et elle rembourse encore. Pour cette fois, tout dépend de la générosité des Mauriciens. Beaucoup de personnalités et d'individus leur ont apporté leur soutien, mais cela ne suffit pas. Il faut au moins une délégation d'une vingtaine de Chagossiens pour faire le poids en cour. "Il y a beaucoup de Mauriciens, à Maurice comme en Angleterre qui nous ont toujours soutenus. Nous les remercions et nous espérons que les autres prendront conscience de ce combat que nous menons", renchérit Lisette Talate.

Méconnaissance. Elle ajoute qu'il ne faut pas croire que les Chagossiens passent leur temps à demander de l'argent ou à chercher une compensation. "C'est notre droit de vivre sur notre terre natale. L'Angleterre doit assumer ses responsabilités." Léonide Jaffar ajoute que s'il y a tant d'incompréhension au sujet de la lutte des Chagossiens, c'est parce que les trois gouvernements de l'époque - anglais, américain et mauricien - ont caché la vérité. "Beaucoup de personnes ne savent pas ce qui s'est réellement passé, ne connaissent pas notre souffrance, c'est pour cela qu'elles ne comprennent pas."

Le siège du GRC à Cassis est actuellement en pleine ébullition. La communauté chagossienne prépare sa journée portes ouvertes (voir hors-texte), un exercice de levée de fonds. Tandis qu'une jeune fille estampille les billets d'entrée, des femmes discutent de l'organisation. "Les Chagossiens font leurs efforts, nous espérons que les Mauriciens se joindront à nous."

Un retour dans les îles est-il réellement possible? Les Chagossiens placent-ils la barre trop haute? La House of Lords donnera son verdict très prochainement. En attendant, ils seront sans aucun doute réconfortés de savoir que ce combat ne se fait pas dans l'indifférence pour les autres.


Journée chagossienne

Découvrez la musique et la cuisine chagossiennes. C'est ce que vous propose le GRC ce dimanche 1er juin au Centre Communautaire Ilois à Pointe-aux-Sables. Des plats traditionnels, tels le seraz (à base de lait de coco), roti, curry, gâteaux seront en vente, ainsi que des plats traditionnels de La Réunion. De son côté, le groupe Mo pense toi, proposera de la cuisine chinoise. Les plats peuvent être consommés sur place ou être emportés. Cette journée sera aussi agrémentée de musique. Les groupes Tambours Chagos et Zanfan Chagos donneront une démonstration de la culture chagossienne. Plusieurs artistes mauriciens, dont Linzy Bacbotte, Jean-Claude Gaspard, Wilson Félix, Clarel Armel, Mamie Cloun et Gino Lapunaire, chanteront également à cette occasion. Une surprise est aussi annoncée. L'animation sera assurée par Anabelle Volbert et Ton Renaud. L'événement débute à 10h. Le billet d'entrée est de Rs 30 pour les adultes et Rs 15 pour les enfants.


Dîner de solidarité

L'agence Immedia organise un dîner de solidarité le jeudi 19 juin à 19h30 au Grand Ocean City Restaurant, Caudan Waterfront. Cette levée de fonds vise à permettre à une délégation d'une vingtaine de Chagossiens d'être présente en cour pour cette ultime étape de leur bataille juridique. L'ancien président de la République, Cassam Uteem, qui participe à cette activité a invité les parlementaires des deux côtés de la chambre à témoigner de leur solidarité envers les Chagossiens. La population mauricienne est aussi appelée à ne pas rester indifférente. Les billets pour ce dîner sont à Rs 800 par personne. Une table comprend 10 places et le restaurant peut accueillir 400 personnes. Pour réserver, il suffit de téléphoner à Immedia (208 1030) ou au GRC (213 0216).