Week-End/SCOPE

VENDREDI 9 MAI 2008 vibzen


VIBZEN

La sexualité

Le rapport de l'Observatoire des Droits de l'Enfant de la Région Océan Indien (ODEROI) sur les adolescents indique que l'âge moyen d'un premier rapport sexuel se situe entre 17-19 ans. Dans beaucoup de cas, les jeunes sont sexuellement actifs beaucoup plus tôt. Malgré les campagnes, le sexe demeure un sujet tabou et les moyens de prévention, quoique connus, sont peu utilisés.

Actifs plus tôt

Severine : La sexualité fait partie des mœurs des jeunes. Il faut reconnaître qu'il y a beaucoup de peer pressure. Certains sont sexuellement actifs pour faire comme les autres, pour paraître grands et, surtout, pour être acceptés par leurs camarades. Être sexuellement actif pour un jeune est aussi une façon de s'affirmer, de briser les lois de la société. Par ailleurs, la société accepte plus facilement qu'un garçon ne soit pas puceau qu'une fille ne soit pas vierge.

Guffran : Il n'y a plus aujourd'hui de glorification de la virginité. Les jeunes deviennent sexuellement actifs tôt pour ne pas paraître vieux jeu. Cela est aussi relatif à un manque d'information. Les statistiques ont prouvé que les jeunes exposés à une éducation sexuelle très tôt reportent leur activité sexuelle. Je suis d'accord pour dire que les filles souffrent plus de ces situations. Maurice est un pays très patriarcal où les femmes sont subordonnées aux hommes. Rien ne se fait à ce niveau malgré l'empowerment des femmes.

Keshav : Beaucoup de jeunes agissent plus sous la pression que par choix. Tout le monde le fait, alors on doit faire pareil pour ne pas être rejeté. Il faudrait empower les jeunes pour qu'ils apprennent à prendre des décisions.

Jenny : J'ai 14 ans et je considère que je suis encore une enfant. Mais, des camarades de mon âge se disent déjà actives sexuellement depuis l'âge de 9-10 ans. Personnellement, je dis qu'il faut attendre de grandir pour pouvoir assumer ses responsabilités. Mes amies exercent beaucoup de pressions sur moi. Quand je refuse de faire comme elles, elles me disent "To enn bom, to ti l'esprit !"

Prévention

Severine : Il ne faut pas croire que le préservatif est le seul moyen de prévention contre les maladies et les grossesses précoces. L'abstinence reste la meilleure solution. Mais, il faut éduquer les jeunes à cela. Car la campagne pour les préservatifs est très agressive. Cela peut laisser comprendre que c'est la seule solution.

Guffran. L'abstinence reste en haut de la liste des préventions, mais il ne faut pas se voiler la face, non plus : nos jeunes sont actifs et l'abstinence n'est pas dans le mind set. On sait qu'il y a beaucoup de cas de VIH/Sida parmi les jeunes. Je connais un collège des Plaines Wilhems qui a une quinzaine de cas à lui seul. Il faut aussi faire tomber les préjugés. Même quand il y a des distributeurs de préservatifs, ils sont peu utilisés à cause des regards réprobateurs.

Keshav : Même si le gouvernement fait installer des distributeurs de préservatifs partout à travers l'île, peut-être 2 personnes seulement sur 10 oseront s'en servir. Les gens auraient honte, il y a trop de préjugés à ce sujet.

Jenny : Beaucoup de jeunes ne réalisent pas qu'il y a des maladies graves comme le VIH/Sida. Ils ne pensent qu'à leur plaisir. La plupart du temps, ils n'utilisent pas le préservatif.

Éducation

Severine : À mon école, il y a les classes de valeurs morales. La sexualité en fait partie. J'en parle librement aussi avec mes amies. En revanche, c'est beaucoup plus difficile avec les parents. Quoique ces dernières années, je note qu'ils sont plus ouverts. Je ne peux pas les blâmer pour autant, car eux-mêmes ne sont pas informés.

Guffran : Quand j'étais plus jeune, on ne parlait pas de sexualité à la maison. C'était un sujet tabou. Maintenant, je sens qu'il y a un changement d'attitude par rapport à ce que j'ai vécu et à ce que vit mon petit frère.

Keshav : J'ai eu la chance d'avoir un prof au collège, en l'occurrence M. Raffa, qui avait suivi les formations d'EVA. Il était le seul à pouvoir parler librement et efficacement de sexualité avec les jeunes. Pour ce qui est des parents, il faut reconnaître que le sujet est encore très tabou. Ce qui est dommage, c'est que les jeunes qui n'ont pas d'éducation sexuelle se tournent vers les amis ou internet, qui ne sont pas les meilleures références.

Jenny : Au collège, j'ai des classes de self development. Les professeurs abordent souvent le thème de la sexualité. Il y a des filles qui passent leur temps à rire quand le prof parle. Moi, j'écoute, c'est une leçon qui me servira à l'avenir.

Grossesses précoces

Severine : Beaucoup de grossesses précoces sont liées à l'avortement. Les jeunes doivent apprendre à assumer leurs responsabilités. Beaucoup connaissent les moyens de contraception, mais ne s'en servent pas. D'où l'importance de l'éducation sexuelle. Malheureusement, on passe plus de temps à discuter qu'à trouver des solutions.

Guffran : Au collège, j'avais beaucoup d'amis qui étaient liés à la chose. Les jeunes sont très au courant de tous les moyens de contraception, mais ils ne s'en servent pas. Les filles n'ont pas le pouvoir de dire non. Elles se plient souvent aux pulsions sexuelles de leur partenaire.

Keshav : Les jeunes connaissent les moyens de contraception, mais ne s'en servent pas. Il y a aussi beaucoup de laisser-aller de la part des parents. Ils ne s'intéressent pas suffisamment à ce que font leurs enfants.

Jenny : Tomber enceinte ne semble pas faire peur aux filles que je connais. Elles disent "kan arive ava gete."

Pornographie

Severine : Si les jeunes avaient les informations nécessaires, ils n'auraient pas eu à se tourner vers la pornographie.

Guffran : On passe son temps à parler du contexte mauricien alors que les clips porno circulent librement de portable en portable. Même quand ça éclate au grand jour, tout le monde veut voir à quoi ça ressemble.

Keshav : Si la pornographie est aussi présente chez les jeunes, c'est parce que le sexe est un sujet tabou. Plus c'est interdit, plus on veut voir.

Jenny : Les filles s'échangent des CD pornographiques entre elles. Elles disent les regarder en compagnie de leur petits copains et font pareil après.

Campagne

Severine : Malgré le peer pressure, je suis fière de pouvoir dire non. Cela s'applique aussi pour l'alcool. Cette force me vient de l'éducation familiale que j'ai reçue. À mon tour, j'essaye de sensibiliser les jeunes autour de moi.

Guffran : L'association KISS auquel j'appartiens agit surtout au niveau de la prévention par rapport au VIH/Sida. Nous ne pouvons pas tout couvrir. D'ailleurs, nous sommes très limités. Toujours est-il que nous agissons comme des role models pour les autres.

Keshav : Comme je suis chef scout, je côtoie beaucoup de jeunes. Je profite de ce que j'ai appris pour faire passer l'information aux jeunes.

Jenny : Je parle toujours des risques autour de moi, mais les filles qui se disent sexuellement actives ne semblent pas s'en soucier. Elles font comme si elles n'entendent pas…


Pratiques à risques

Il faut prévenir les maladies et les grossesses précoces, fait ressortir le rapport de l'ODEROI sur les adolescents. Cela passe nécessairement par l'éducation. Car, dans l'ensemble des 5 îles (La Réunion, Comores, Seychelles, Madagascar et Maurice), les jeunes sont sexuellement actifs très tôt. Seul 5% d'entre eux disent utiliser des préservatifs. Malgré les campagnes d'information et de sensibilisation, les moyens de prévention contre les infections sexuellement transmissibles, le VIH/Sida et les grossesses précoces ne sont pas bien connus. Cela entraîne aussi des avortements clandestins à risques.

Par ailleurs, l'exploitation sexuelle est une réalité dans l'ensemble des 5 îles. Certains jeunes ont des rapports pour gagner de l'argent, des faveurs ou des cadeaux. Beaucoup d'adultes profitent ainsi de la faiblesse des jeunes, malgré les lois en vigueur.

Le rapport de l'ODEROI met aussi l'accent sur l'union libre et les mariages précoces. Parfois, il s'agit d'arrangements entre familles ; d'autres fois, elles sont une solution face à une grossesse précoce. Dans les deux cas, les filles doivent abandonner leurs études pour se marier.