Le rapport de l'Observatoire des Droits de l'Enfant de la Région
Océan Indien (ODEROI) sur les adolescents indique que l'âge
moyen d'un premier rapport sexuel se situe entre 17-19 ans. Dans
beaucoup de cas, les jeunes sont sexuellement actifs beaucoup
plus tôt. Malgré les campagnes, le sexe demeure un
sujet tabou et les moyens de prévention, quoique connus,
sont peu utilisés.
Actifs plus tôt
Severine : La sexualité fait partie des murs
des jeunes. Il faut reconnaître qu'il y a beaucoup de peer
pressure. Certains sont sexuellement actifs pour faire comme
les autres, pour paraître grands et, surtout, pour être
acceptés par leurs camarades. Être sexuellement actif
pour un jeune est aussi une façon de s'affirmer, de briser
les lois de la société. Par ailleurs, la société
accepte plus facilement qu'un garçon ne soit pas puceau
qu'une fille ne soit pas vierge.
Guffran : Il n'y a plus aujourd'hui de glorification de
la virginité. Les jeunes deviennent sexuellement actifs
tôt pour ne pas paraître vieux jeu. Cela est aussi
relatif à un manque d'information. Les statistiques ont
prouvé que les jeunes exposés à une éducation
sexuelle très tôt reportent leur activité
sexuelle. Je suis d'accord pour dire que les filles souffrent
plus de ces situations. Maurice est un pays très patriarcal
où les femmes sont subordonnées aux hommes. Rien
ne se fait à ce niveau malgré l'empowerment des
femmes.
Keshav : Beaucoup de jeunes agissent plus sous la pression
que par choix. Tout le monde le fait, alors on doit faire pareil
pour ne pas être rejeté. Il faudrait empower
les jeunes pour qu'ils apprennent à prendre des décisions.
Jenny : J'ai 14 ans et je considère que je suis
encore une enfant. Mais, des camarades de mon âge se disent
déjà actives sexuellement depuis l'âge de
9-10 ans. Personnellement, je dis qu'il faut attendre de grandir
pour pouvoir assumer ses responsabilités. Mes amies exercent
beaucoup de pressions sur moi. Quand je refuse de faire comme
elles, elles me disent "To enn bom, to ti l'esprit !"
Prévention
Severine : Il ne faut pas croire que le préservatif
est le seul moyen de prévention contre les maladies et
les grossesses précoces. L'abstinence reste la meilleure
solution. Mais, il faut éduquer les jeunes à cela.
Car la campagne pour les préservatifs est très agressive.
Cela peut laisser comprendre que c'est la seule solution.
Guffran. L'abstinence reste en haut de la liste des préventions,
mais il ne faut pas se voiler la face, non plus : nos jeunes sont
actifs et l'abstinence n'est pas dans le mind set. On sait
qu'il y a beaucoup de cas de VIH/Sida parmi les jeunes. Je connais
un collège des Plaines Wilhems qui a une quinzaine de cas
à lui seul. Il faut aussi faire tomber les préjugés.
Même quand il y a des distributeurs de préservatifs,
ils sont peu utilisés à cause des regards réprobateurs.
Keshav : Même si le gouvernement fait installer des
distributeurs de préservatifs partout à travers
l'île, peut-être 2 personnes seulement sur 10 oseront
s'en servir. Les gens auraient honte, il y a trop de préjugés
à ce sujet.
Jenny : Beaucoup de jeunes ne réalisent pas qu'il
y a des maladies graves comme le VIH/Sida. Ils ne pensent qu'à
leur plaisir. La plupart du temps, ils n'utilisent pas le préservatif.
Éducation
Severine : À mon école, il y a les classes
de valeurs morales. La sexualité en fait partie. J'en parle
librement aussi avec mes amies. En revanche, c'est beaucoup plus
difficile avec les parents. Quoique ces dernières années,
je note qu'ils sont plus ouverts. Je ne peux pas les blâmer
pour autant, car eux-mêmes ne sont pas informés.
Guffran : Quand j'étais plus jeune, on ne parlait
pas de sexualité à la maison. C'était un
sujet tabou. Maintenant, je sens qu'il y a un changement d'attitude
par rapport à ce que j'ai vécu et à ce que
vit mon petit frère.
Keshav : J'ai eu la chance d'avoir un prof au collège,
en l'occurrence M. Raffa, qui avait suivi les formations d'EVA.
Il était le seul à pouvoir parler librement et efficacement
de sexualité avec les jeunes. Pour ce qui est des parents,
il faut reconnaître que le sujet est encore très
tabou. Ce qui est dommage, c'est que les jeunes qui n'ont pas
d'éducation sexuelle se tournent vers les amis ou internet,
qui ne sont pas les meilleures références.
Jenny : Au collège, j'ai des classes de self
development. Les professeurs abordent souvent le thème
de la sexualité. Il y a des filles qui passent leur temps
à rire quand le prof parle. Moi, j'écoute, c'est
une leçon qui me servira à l'avenir.
Grossesses précoces
Severine : Beaucoup de grossesses précoces sont
liées à l'avortement. Les jeunes doivent apprendre
à assumer leurs responsabilités. Beaucoup connaissent
les moyens de contraception, mais ne s'en servent pas. D'où
l'importance de l'éducation sexuelle. Malheureusement,
on passe plus de temps à discuter qu'à trouver des
solutions.
Guffran : Au collège, j'avais beaucoup d'amis qui
étaient liés à la chose. Les jeunes sont
très au courant de tous les moyens de contraception, mais
ils ne s'en servent pas. Les filles n'ont pas le pouvoir de dire
non. Elles se plient souvent aux pulsions sexuelles de leur partenaire.
Keshav : Les jeunes connaissent les moyens de contraception,
mais ne s'en servent pas. Il y a aussi beaucoup de laisser-aller
de la part des parents. Ils ne s'intéressent pas suffisamment
à ce que font leurs enfants.
Jenny : Tomber enceinte ne semble pas faire peur aux filles
que je connais. Elles disent "kan arive ava gete."
Pornographie
Severine : Si les jeunes avaient les informations nécessaires,
ils n'auraient pas eu à se tourner vers la pornographie.
Guffran : On passe son temps à parler du contexte
mauricien alors que les clips porno circulent librement de portable
en portable. Même quand ça éclate au grand
jour, tout le monde veut voir à quoi ça ressemble.
Keshav : Si la pornographie est aussi présente chez
les jeunes, c'est parce que le sexe est un sujet tabou. Plus c'est
interdit, plus on veut voir.
Jenny : Les filles s'échangent des CD pornographiques
entre elles. Elles disent les regarder en compagnie de leur petits
copains et font pareil après.
Campagne
Severine : Malgré le peer pressure, je suis
fière de pouvoir dire non. Cela s'applique aussi pour l'alcool.
Cette force me vient de l'éducation familiale que j'ai
reçue. À mon tour, j'essaye de sensibiliser les
jeunes autour de moi.
Guffran : L'association KISS auquel j'appartiens agit surtout
au niveau de la prévention par rapport au VIH/Sida. Nous
ne pouvons pas tout couvrir. D'ailleurs, nous sommes très
limités. Toujours est-il que nous agissons comme des role
models pour les autres.
Keshav : Comme je suis chef scout, je côtoie beaucoup
de jeunes. Je profite de ce que j'ai appris pour faire passer
l'information aux jeunes.
Jenny : Je parle toujours des risques autour de
moi, mais les filles qui se disent sexuellement actives ne semblent
pas s'en soucier. Elles font comme si elles n'entendent pas