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VENDREDI 9 MAI 2008
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patrimoine
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PONT DE LA G.R.N.O.
La sauvegarde de notre patrimoine de génie
Nous vous proposons cette semaine une réflexion sur le
pont de GRNW proposée par un de nos compatriotes installés
au Canada, Jean-Claude Charles. Ce dernier rappelle la valeur
de la structure et la nécessité de la protéger.
Dans notre pays où rivières et fleuve ont longtemps
été des obstacles à franchir, l'ingéniosité
et l'opiniâtreté des gens ont permis de créer
de beaux et de grands ouvrages. Ponts de bois, ponts de fer ou
d'acier, résistant au temps et à l'humeur des rivières,
sont des ouvrages d'art et de génie. Plusieurs de ces témoins
de notre persévérance subsistent encore dans nos
paysages urbains. Prenons-nous le temps de les admirer pour ce
qu'ils sont ? Ces anciens ponts reflètent l'évolution
du développement de notre pays et constituent un héritage
technologique trop souvent négligé. L'ancien pont
de la Grande Rivière Nord Ouest en un de ces ouvrages.
La protection de ce patrimoine est plus que jamais une urgence,
si nous voulons rendre hommage à ces bâtisseurs de
génie.
L'importance de ce pont ne tient pas seulement à son esthétique,
mais aussi à son rôle historique pour la région.
Le choix du sujet du pont n'est pas anodin. Il évoque,
non sans raison, la fierté architecturale du moment, la
conquête triomphale de l'ensemble du territoire de notre
l'île.
Ce n'est qu'au milieu du XIXe siècle que l'idée
de construire des réseaux de chemins de fers a vu le jour.
La motivation étant d'établir ces ponts et de pouvoir
transporter la canne à sucre à Port-Louis. L'industrie
sucrière est directement à l'origine de la conception
du réseau ferré, d'abord et avant tout destiné
au trafic de fret intérieur lié au sucre. L'augmentation
et le développement du trafic gagnant notre île,
il fut nécessaire d'augmenter la capacité des locomotives
à des tonnes plus excessives et pour cela, il fallait,
bien entendu, étayer tous les ponts. Comme toutes les voies
de chemin de fer du pays étaient uniques, il fut décidé
de construire un nouveau pont un peu plus en aval de la rivière,
du précédent que nous connaissons aujourd'hui.
Mais, face a ce patrimoine de génie qui est en danger de
disparaître (déjà le pillage des ferrailles
a commencé son uvre
), il faut se demander qui
assure aujourd'hui cette vison cohérente devant ce défi
technique et financier que représentent l'entretien et
la pérennité de ce patrimoine ? Où sont passés
nos architectes, nos ingénieurs, les défenseurs
du patrimoine, la National Heritage Trust Fund, institution qui
a l'autorité directe sur nos biens patrimoniaux ? La conjoncture
politique les a-t-elle répudiés, muselés,
ou sont-ils bureaucratisés à ce point ?
La protection de ce patrimoine nécessite une vision partagée
entre les nombreux acteurs en présence. Le ministère
du Transport a de lourdes responsabilités dans la sauvegarde
de ces ouvrages. Ont-ils fait des inventaires et cumulé
une bonne connaissance de ces structures ? Ont-ils adopté
une politique du patrimoine des structure de génie ? Pourtant,
devant la lenteur de ce ministère, il me semble peu probable
qu'ils vont aller de l'avant avec un projet de protection de ces
structures.
La protection de ces ponts témoigne largement de l'importance
du rôle exemplaire que l'État devrait jouer en matière
de gestion de son propre patrimoine. Je suggère qu'une
Société des ponts relevant du ministère du
Transport soit créée et que cette Société
voit à la protection des ouvrages patrimoniaux que sont
les ponts. Ainsi, c'est cette société qui approuverait
les travaux de réfection des ponts et qui verrait à
ce que leur architecture et leur design soient respectés.
Et il y a urgence d'agir : n'est-il pas affolant de constater
que si on fait rien, il n'en restera rien pour nos ponts patrimoniaux
? Ne peut-on pas imaginer une formule de transition qui, sans
engager des sommes importantes, permettrait un accès au
pont de la G.R.N.O. pour nos citoyens, créant une ambiance
de promenade exclusivement piétonnière ? Provoquer
une flânerie au fil d'un parcours agréable, bordée
d'ornements floraux et d'éclairages pour la nuit, et créer
des conditions pour des marchands ambulants ordonnés, qui
assurent une appropriation publique du lieu pour mieux servir
nos citoyens. D'autant plus qu'à l'heure où le tourisme
est un moteur économique important, nos ponts deviennent
des éléments d'intérêt si le gouvernement
sait comment investir dans la mise en valeur de ces joyaux du
patrimoine. Cela peut faire la différence dans des milieux
qui doivent jouer de tous leurs atouts.
Portrait
Jean-Claude Charles est membre de l'ordre des architectes du Québec,
membres de l'Institut Royal d'Architecture du Canada, membre de
l'ICOMOS et membre de la Professional Architects Council / Mauritius
Architects Association. D'origine mauricienne, il avait quitté
le pays et son travail comme Draughtmanship au ministère
des Infrastructures et Travaux publics en 1989 pour le Canada.
Après des études en architecture à l'université
de Montréal : Baccalauréat en architecture (B. Arch),
il a fait un certificat en Urbanisme et une maîtrise en
Architecture comme spécialisation en conservation du patrimoine
bâti, toujours à l'université de Montréal.
Architecte consultant pour le ministère de la Santé
du Québec, il est responsable au niveau de la réhabilitation,
rénovation des édifices classés patrimoine
national. "Présentement, je suis attitré
comme architecte, chargé de projet, pour un édifice
public de la santé (Hôpital de la cité de
la santé) et je suis le responsable au maintien et au bon
fonctionnement du service technique dans les volets vétusté
du bâtiment, à la gestion et l'élaboration
des projets. De ma formation en conservation du patrimoine, j'ai
réalisé plusieurs études des édifices
patrimoniaux pour la municipalité de la ville de Montréal
incluant des églises." L'auteur du texte sur GRNW
explique avoir "un intérêt particulier à
l'architecture qui se pratique à Maurice et, comme patriote
mauricien, j'apporte ma contribution à travers des écrits
pour sensibiliser l'opinion publique de l'importance pour une
meilleure conservation sur nos patrimoines bâtis et des
lieux historiques."
Par ailleurs, il explique aussi son intérêt et ses
inquétudes concernant le Plaza : "Ce projet de
rénovation tel que présenté actuellement
par la ville s'enligne à l'envers d'un projet d'étude
patrimoniale et de mise en valeur. Ce n'est pas simplement en
rénovant la toiture que la valeur de ce bâtiment
sera sauvegardé. Des lignes directrices doit être
élaborées en matière d'intervention pour
aider les utilisateurs à évaluer l'incidence des
changements proposés sur le caractère patrimonial
de cet édifice et à examiner les moyens à
leurs dispositions pour réduire ou atténuer les
effets nuisibles qu'on peut entreprendre lors d'une rénovation
de cet envergure." Jean-Claude Charles explique avoir
tenté d'établir contact avec le maire, "en
vain !"