Corellie Chaton est heureuse et pleine de promesses. En remportant
le 26 avril dernier à Durban, Afrique du Sud, une médaille
d'or (combat mixte) et une de bronze (kata), elle prend une revanche
sur le sort après une performance mi-figue mi-raisin à
Madagascar, aux Jeux des Îles. Voilà plus de 10 ans
qu'elle a fait du karaté sa passion. Après des débuts
modestes en 1998, cette discipline a vite pris une place dans
sa vie et est graduellement devenue son mode de vie. À
26 ans, l'analyste ESG (économie sociale et gouvernance)
de chez Asset 4 Data Services ne compte pas s'arrêter en
si bon chemin. "La fusée est lancée",
dit-elle après son succès dans la 6e Kanazawa Cup.
Déjà toute petite, elle traînait dans l'atelier
de menuiserie de son père et touchait à tous. Ce
qui a vite fait comprendre à ses parents que Corellie n'est
pas une fille comme les autres et qu'il fallait canaliser son
énergie débordante. En janvier 1998, avec le soutien
et les encouragements de son petit frère Cédric,
elle se lance dans une discipline qui n'est pas tout à
fait conçue pour les femmes. Déjà, elle marque
sa différence. "Au début, j'allais juste
au dojo pour voir comment se déroulaient les entraînements.
Puis, le sensei (entraîneur) Ah Yen Cheung m'a poussée
dans le bain sans trop me donner le choix. J'ai foncé.
Mon frère a laissé tomber, mais moi, je m'y suis
accrochée", dit-elle. Une fois de plus, elle marque
sa différence.
Art particulier. C'est donc sur le tatami du Vacoas/Phnix
du club qu'elle découvre le style Jo Shi Mon Shorin Ryu.
Un art particulier créé ni plus ni moins que par
le Grand Maître Hoshu Ikeda. La découverte du karaté
sportif pour Corellie Chaton se fera une première fois
en novembre 1998 lors d'une compétition locale. Mais, comme
tout pratiquant d'un art martial, le passage de grade demeure
l'étape la plus importante. "C'est aussi une certaine
façon de démonter ses connaissances", souligne
la nouvelle championne mauricienne. Toutefois, la ceinture noire
n'arrive qu'en août 2003 et "c'est aussi une logique
; pour avoir une ceinture, il faut travailler pour",
avance Corellie Chaton.
Maturité. Après avoir atteint ce niveau,
elle garde les pieds sur terre. "Le karaté est
un art où ne finit jamais d'apprendre", aime-t-elle
à dire, question de justifier son engagement quasi quotidien
pour ce sport. Plusieurs compétitions se sont alors
succédé sur les plans local et international. En
2007, Corellie Chaton participe pour la première fois aux
Jeux des îles à Madagascar et, malgré le bilan
en dents de scie de l'équipe Maurice, elle trouve moyen
d'y décrocher 3 médailles de bronze. "L'expérience
des JIOI a été bien plus qu'une aventure sportive.
Ce fut une véritable aventure humaine. Je suis très
contente de mes 3 médailles, même si elle sont en
bronze, car je suis revenue de la Grande île grandie",
reconnaît-elle.
Revanche. Malgré un retour bredouille en octobre
dernier d'Afrique du Sud, lors de la Goju Ryu Compétition,
Corellie Chaton n'a jamais baissé les bras. "Le
désir de bien faire m'a habité depuis Cape Town
et lorsque j'ai été sélectionnée pour
la Kanazawa Cup, je me suis dis que l'heure de la revanche a sonné."
Bingo ! À la clé, une médaille d'or et une
de bronze furent les trophées de sa participation à
cette compétition sous l'il du coach Ajay Joorun.
Elle y décrocha, effectivement, l'or en combat mixte (en
compagnie de Wesley Mooken et Bishan Ramdenee) et le bronze en
technique mixte.
Perception. Corellie Chaton raconte que le karaté
lui a beaucoup apporté dans la vie. "Depuis ma
tendre enfance, j'étais le genre de petite fille turbulente
et rebelle. Lorsque j'ai commencé a faire du karaté,
j'ai eu une autre perception de la vie - surtout d'être
toujours sur ses gardes - et j'ai aussi appris qu'il faut travailler
très dur si on veut avoir quelque chose. Grâce au
karaté, j'ai appris a gérer beaucoup de choses en
même temps et à avoir une maîtrise de moi-même.
Et cela m'aide énormément dans ma vie de tous les
jours." Concernant sa réussite, elle a des mots
élogieux pour ses entraîneurs Georges Li Ying Pin,
Noor Dulloo, Ajay Joorun et les Senseis Ah Yen Cheung et Teddy
Ah Chin Kow, ainsi qu'envers ses amis du karaté pour leur
support technique et moral.