Week-End/SCOPE

VENDREDI 9 MAI 2008 karaté


KARATÉ PORTRAIT : Corellie Chaton

Guerrière dans l'âme

Corellie Chaton est heureuse et pleine de promesses. En remportant le 26 avril dernier à Durban, Afrique du Sud, une médaille d'or (combat mixte) et une de bronze (kata), elle prend une revanche sur le sort après une performance mi-figue mi-raisin à Madagascar, aux Jeux des Îles. Voilà plus de 10 ans qu'elle a fait du karaté sa passion. Après des débuts modestes en 1998, cette discipline a vite pris une place dans sa vie et est graduellement devenue son mode de vie. À 26 ans, l'analyste ESG (économie sociale et gouvernance) de chez Asset 4 Data Services ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. "La fusée est lancée", dit-elle après son succès dans la 6e Kanazawa Cup.

Déjà toute petite, elle traînait dans l'atelier de menuiserie de son père et touchait à tous. Ce qui a vite fait comprendre à ses parents que Corellie n'est pas une fille comme les autres et qu'il fallait canaliser son énergie débordante. En janvier 1998, avec le soutien et les encouragements de son petit frère Cédric, elle se lance dans une discipline qui n'est pas tout à fait conçue pour les femmes. Déjà, elle marque sa différence. "Au début, j'allais juste au dojo pour voir comment se déroulaient les entraînements. Puis, le sensei (entraîneur) Ah Yen Cheung m'a poussée dans le bain sans trop me donner le choix. J'ai foncé. Mon frère a laissé tomber, mais moi, je m'y suis accrochée", dit-elle. Une fois de plus, elle marque sa différence.

Art particulier. C'est donc sur le tatami du Vacoas/Phœnix du club qu'elle découvre le style Jo Shi Mon Shorin Ryu. Un art particulier créé ni plus ni moins que par le Grand Maître Hoshu Ikeda. La découverte du karaté sportif pour Corellie Chaton se fera une première fois en novembre 1998 lors d'une compétition locale. Mais, comme tout pratiquant d'un art martial, le passage de grade demeure l'étape la plus importante. "C'est aussi une certaine façon de démonter ses connaissances", souligne la nouvelle championne mauricienne. Toutefois, la ceinture noire n'arrive qu'en août 2003 et "c'est aussi une logique ; pour avoir une ceinture, il faut travailler pour", avance Corellie Chaton.

Maturité. Après avoir atteint ce niveau, elle garde les pieds sur terre. "Le karaté est un art où ne finit jamais d'apprendre", aime-t-elle à dire, question de justifier son engagement quasi quotidien pour ce sport. Plusieurs compétitions se sont alors succédé sur les plans local et international. En 2007, Corellie Chaton participe pour la première fois aux Jeux des îles à Madagascar et, malgré le bilan en dents de scie de l'équipe Maurice, elle trouve moyen d'y décrocher 3 médailles de bronze. "L'expérience des JIOI a été bien plus qu'une aventure sportive. Ce fut une véritable aventure humaine. Je suis très contente de mes 3 médailles, même si elle sont en bronze, car je suis revenue de la Grande île grandie", reconnaît-elle.

Revanche. Malgré un retour bredouille en octobre dernier d'Afrique du Sud, lors de la Goju Ryu Compétition, Corellie Chaton n'a jamais baissé les bras. "Le désir de bien faire m'a habité depuis Cape Town et lorsque j'ai été sélectionnée pour la Kanazawa Cup, je me suis dis que l'heure de la revanche a sonné." Bingo ! À la clé, une médaille d'or et une de bronze furent les trophées de sa participation à cette compétition sous l'œil du coach Ajay Joorun. Elle y décrocha, effectivement, l'or en combat mixte (en compagnie de Wesley Mooken et Bishan Ramdenee) et le bronze en technique mixte.

Perception. Corellie Chaton raconte que le karaté lui a beaucoup apporté dans la vie. "Depuis ma tendre enfance, j'étais le genre de petite fille turbulente et rebelle. Lorsque j'ai commencé a faire du karaté, j'ai eu une autre perception de la vie - surtout d'être toujours sur ses gardes - et j'ai aussi appris qu'il faut travailler très dur si on veut avoir quelque chose. Grâce au karaté, j'ai appris a gérer beaucoup de choses en même temps et à avoir une maîtrise de moi-même. Et cela m'aide énormément dans ma vie de tous les jours." Concernant sa réussite, elle a des mots élogieux pour ses entraîneurs Georges Li Ying Pin, Noor Dulloo, Ajay Joorun et les Senseis Ah Yen Cheung et Teddy Ah Chin Kow, ainsi qu'envers ses amis du karaté pour leur support technique et moral.


Vie de famille et karaté

Corellie Chaton partage quasiment tout son temps entre le travail et le karaté. Quant au peu de temps de loisir qu'elle peut s'accorder, le dimanche surtout, elle le passe en compagnie de sa famille. Elle aime rencontrer ses amis de temps en temps, histoire de changer d'air. Pour cette jeune fille, rien n'est plus important dans la vie que le respect des autres et l'amitié, des valeurs qu'elle a apprises à travers le karaté. Son but dans la vie est de progresser toujours et d'apprendre davantage