Passer un entretien d'embauche aujourd'hui ne se limite plus au
simple exercice de questions-réponses sur la formation
académique ou le parcours professionnel. De plus en plus,
le profil psychologique du candidat pèse autant dans la
balance que ses compétences dans ces deux domaines. Pour
cela, les recruteurs font appel à une série de techniques
afin de ne pas se tromper dans leur choix.
"Ce n'est non seulement l'aptitude, mais l'attitude qui
va décider de l'altitude." En citant cette phrase
d'un de ses directeurs, Hubert Gaspard, Group HR chez Food
and Allied et aussi psychologue d'entreprise, résume les
enjeux dans le monde du travail aujourd'hui. Si les études
tertiaires sont de nos jours importantes pour débuter une
carrière dans certaines sphères, elles ne suffisent
pas pour répondre aux exigences du milieu. "Le
succès d'une entreprise ne dépend pas des compétences
académiques de son personnel. C'est surtout la personnalité
qui va faire la différence."
Savoir
Même observation du côté
de DCDM Recruitment Services. Gérard Bouic, Partner,
avance que le "people management" représente
le "top priority" des CEO à travers le
monde. À cela, Thierry Goder, Manager, ajoute qu'il
faut aujourd'hui réunir 3 conditions pour être efficace
dans son travail : le savoir, le savoir-faire et le savoir-vivre.
Généralement, quand quelqu'un répond à
une offre, c'est qu'il possède les minimum requirements
par rapport à la formation et à l'expérience.
"Ce qui va nous permettre de faire le bon choix est son
comportement", poursuit Thierry Goder.
Écoute. Il cite l'exemple que quelqu'un qui se présente
pour le poste de vendeur de voitures. S'il parle beaucoup, on
peut déduire, de prime abord, qu'il maîtrise la communication
et qu'il est adapté pour le poste. "Mais, il se
peut aussi qu'à force de parler, il fait fuir les clients."
Gérard Bouic en profite pour rappeler que l'écoute
est aussi une qualité nécessaire dans le milieu
professionnel. "Il faut pouvoir écouter et non
pas toujours imposer ses idées."
Profil. DCDM Recruitment Services propose à ses
clients le Personal Profile Analysis. Il s'agit d'un exercice
pour cerner la personnalité du candidat. "Il n'y
a rien de méchant à cela. C'est simplement une manière
de s'assurer que la bonne personne se trouve au bon poste. Si,
par exemple, une personne aime la communication, le contact et
qu'on le case dans un coin derrière les filing cabinets,
cela donnera un employé frustré qui ne fera pas
bien son travail. En revanche, il y a peut-être une autre
personne qui préfère travailler en isolement et
qui se sentirait bien dans le même poste."
Comportement. Il existe plusieurs moyens pour réaliser
ces analyses comportementales. Avec l'expérience qu'ils
ont, Thierry Goder et Gérard Bouic disent noter beaucoup
d'aspects déjà lors de l'entretien. Mais, l'entretien
seul ne suffit pas. "Il ne faut pas oublier qu'il y a
beaucoup d'acteurs. De même, quelqu'un qui a l'air calme
lors de l'entretien peut se transformer en tyran dans une situation
de stress", fait ressortir Thierry Goder. D'où
l'importance des mises en situation, en groupe. "Cela
permet de voir comment le candidat se comporte par rapport à
une situation précise."
Personnalités. Poursuivant sur le même point,
Hubert Gaspard, en sa capacité de psychologue d'entreprise,
explique qu'il existe plusieurs types de profils de personnalité,
dépendant des champs d'action. "Prenons l'exemple
de deux personnes ayant une licence en gestion. Si l'un va travailler
dans un complexe hôtelier et l'autre, dans un centre financier,
les profils doivent être différents, même si,
à la base, ils ont la même formation." C'est
l'inventaire de la personnalité qui permettra au recruteur
de savoir quelle situation convient le mieux au candidat. Hubert
Gaspard précise que dans un tel exercice, il n'y a pas
de bonne ou de mauvaise réponse. Chaque candidat répond
en fonction de sa personnalité. Il ajoute que la validité
productive de telles méthodes a été prouvée.
Il existe des assessment centres avec des psychologues
spécialisés proposant ce genre d'évaluation.
Gérard Bouic reconnaît, toutefois, que de tels services
coûtent cher. "Nous avons d'autres systèmes
moins onéreux qui ont fait leurs preuves ailleurs."
De telles évaluations permettent aussi de connaître
les points forts et les points faibles du candidat. "Il
peut arriver que quelqu'un ait toutes les qualités pour
un poste, mais qu'il ait des areas for improvement. Dans
ce cas, nous assurons un coaching pendant une durée
définie pour lui permettre de travailler ces domaines",
précise Thierry Goder.
Étendre. Hubert Gaspard ajoute qu'à Maurice,
les exercices comportementaux se pratiquent surtout lors des recrutements
pour des postes stratégiques, généralement
à partir du middle management. Selon lui, il faudrait
étendre à d'autres échelles.
Gérard Bouic avance que l'évaluation des comportements
n'est pas valable uniquement lors d'un recrutement, mais aussi
à l'intérieur d'une entreprise. "Parfois,
on voit quelqu'un qui fait très bien son travail avoir
une promotion, mais il n'arrive pas à assumer ce poste."
Thierry Goder poursuit : "Un bon second ne fait pas
nécessairement un bon n° 1."
Tous nos intervenants sont unanimes à reconnaître
que l'école devrait donner plus d'occasions aux jeunes
de développer leur personnalité. Cela, à
travers des activités extrascolaires. Gérard Bouic
plaide pour plus d'interactions entre les universités et
le monde professionnel, afin d'exposer les jeunes aux réalités
du métier.