Les Mauriciens auraient abandonné leur droit de rêver
aux dirigeants. Or un site web conçu par des concitoyens
se propose de recueillir leurs rêves et aspirations. Un
nouveau concept est aussi mis en relief. Celui de l'interdépendance.
"Voilà trop longtemps que nous avons cédé
à nos chefs une licence pour rêver à notre
place." Cette situation génère une frustration
chez nombre de nos concitoyens, explique Patrice Offman sur www.
moris40an.com. Une des visées du site est de recueillir
les rêves et aspirations de tous les Mauriciens du monde
dans le cadre des 40 ans d'indépendance du pays. "Parce
que les politiques ont failli à leur mission et à
la responsabilité intime qui leur a été confiée."
Conscience. Notre interlocuteur poursuit que le thème
sous lequel les Mauriciens ont été invités
à réagir est lindepandans mo pei / lindepandans
mo lespri, afin de réaliser que nous sommes encore
en mesure de rêver. Ces rêves sont publiés
sur le site précité, sous forme de textes et de
peintures, entre autres médiums. Ce projet se donne aussi
pour objectif de dépasser une certaine pensée qui
cantonne beaucoup dans l'insularité.
Prison. Du point de vue de Patrice Offman, notre île
n'est cependant pas qu'un petit point au milieu de l'océan.
Car Maurice est présente dans chaque endroit où
se trouve un Mauricien. Et de concéder s'être senti
à un moment prisonnier sur son île, avant d'interroger
cette tendance à considérer l'horizon comme une
prison sans limite. Sa réflexion l'amène à
penser que "la prison est la limite qu'on s'impose."
Suivant ce fil d'idée, on crée soi-même sa
propre prison.
Horizon. Notre intervenant se livre à un questionnement
de sa prison illusoire ainsi que de sa place sur cette île
dont il croyait être prisonnier. Et prend conscience, au
contact d'étrangers, que l'horizon n'est nullement une
prison. Maurice, dit-il, s'ouvre au monde et se retrouve hors
de ses frontières. Patrice Offman interrogera également
sa propre histoire par le truchement de l'interdépendance.
Indépendance. Dans un premier temps, survient le
processus naturel d'indépendance. Subitement, nous nous
retrouvons à prendre nos décisions par nous-mêmes.
"L'indépendance est une fierté autant qu'une
grosse peur que nous traînons encore." Une parenthèse
est ouverte pour souligner que 40 ans après, aucun gouvernement
n'a jugé bon de demander pardon aux Chagossiens pour le
déracinement dont ils ont été victimes.
Interdépendance. Revenant au concept d'interdépendance,
notre interlocuteur remarque que le monde devient de plus en plus
petit, à l'image d'une île où les répercussions
sont ressenties quasi instantanément. L'interdépendance
devient, de fait, obligatoire, notre existence étant tributaire
de celle de l'autre. Ce qui implique aussi qu'"un leader
existe uniquement parce que nous l'avons voulu. Il est dépendant
de nous, comme nous de lui."
Nous sommes ainsi interdépendants entre individus aussi
bien qu'entre pays. Pour schématiser, un corps n'existe
pas sans les éléments qui le composent. Patrice
offman soutient que nous composons une grande famille. On le ressent
davantage quand un des membres est absent. Et de rappeler que
le projet lindepandans mo pei / lindepandans mo lespri est
un moyen pour les Mauriciens de se réapproprier leurs rêves
pour mieux les redistribuer.