Week-End/SCOPE

VENDREDI 2 MAI 2008 rencontre


RENCONTRE : www.moris40an.com

Rêves mauriciens

Les Mauriciens auraient abandonné leur droit de rêver aux dirigeants. Or un site web conçu par des concitoyens se propose de recueillir leurs rêves et aspirations. Un nouveau concept est aussi mis en relief. Celui de l'interdépendance.

"Voilà trop longtemps que nous avons cédé à nos chefs une licence pour rêver à notre place." Cette situation génère une frustration chez nombre de nos concitoyens, explique Patrice Offman sur www. moris40an.com. Une des visées du site est de recueillir les rêves et aspirations de tous les Mauriciens du monde dans le cadre des 40 ans d'indépendance du pays. "Parce que les politiques ont failli à leur mission et à la responsabilité intime qui leur a été confiée."

Conscience. Notre interlocuteur poursuit que le thème sous lequel les Mauriciens ont été invités à réagir est lindepandans mo pei / lindepandans mo lespri, afin de réaliser que nous sommes encore en mesure de rêver. Ces rêves sont publiés sur le site précité, sous forme de textes et de peintures, entre autres médiums. Ce projet se donne aussi pour objectif de dépasser une certaine pensée qui cantonne beaucoup dans l'insularité.

Prison. Du point de vue de Patrice Offman, notre île n'est cependant pas qu'un petit point au milieu de l'océan. Car Maurice est présente dans chaque endroit où se trouve un Mauricien. Et de concéder s'être senti à un moment prisonnier sur son île, avant d'interroger cette tendance à considérer l'horizon comme une prison sans limite. Sa réflexion l'amène à penser que "la prison est la limite qu'on s'impose." Suivant ce fil d'idée, on crée soi-même sa propre prison.

Horizon. Notre intervenant se livre à un questionnement de sa prison illusoire ainsi que de sa place sur cette île dont il croyait être prisonnier. Et prend conscience, au contact d'étrangers, que l'horizon n'est nullement une prison. Maurice, dit-il, s'ouvre au monde et se retrouve hors de ses frontières. Patrice Offman interrogera également sa propre histoire par le truchement de l'interdépendance.

Indépendance. Dans un premier temps, survient le processus naturel d'indépendance. Subitement, nous nous retrouvons à prendre nos décisions par nous-mêmes. "L'indépendance est une fierté autant qu'une grosse peur que nous traînons encore." Une parenthèse est ouverte pour souligner que 40 ans après, aucun gouvernement n'a jugé bon de demander pardon aux Chagossiens pour le déracinement dont ils ont été victimes.

Interdépendance. Revenant au concept d'interdépendance, notre interlocuteur remarque que le monde devient de plus en plus petit, à l'image d'une île où les répercussions sont ressenties quasi instantanément. L'interdépendance devient, de fait, obligatoire, notre existence étant tributaire de celle de l'autre. Ce qui implique aussi qu'"un leader existe uniquement parce que nous l'avons voulu. Il est dépendant de nous, comme nous de lui."

Nous sommes ainsi interdépendants entre individus aussi bien qu'entre pays. Pour schématiser, un corps n'existe pas sans les éléments qui le composent. Patrice offman soutient que nous composons une grande famille. On le ressent davantage quand un des membres est absent. Et de rappeler que le projet lindepandans mo pei / lindepandans mo lespri est un moyen pour les Mauriciens de se réapproprier leurs rêves pour mieux les redistribuer.


Anou fer nou mirak diboute zom/diboute fam (extrait)

Pandan boukou banane

San lespwar san liberte

Lane apre lane

Nou lepep ape ogmante

Ena ti pou fer mirak

Pase dime nou a sanze

Avek zot boutey larak

Nou nepli pou kapav kriye

Twa enn zom kouma mwa li enn zom kouma nou

Nou a fer nou mirak

Diboute zom diboute fam

Marsel Poinen


Ene ti mesaz

L'indépendance, c'est quand on devient indépendant des élans partisans, quand on s'éloigne de sa famille, de sa religion, de son appartenance ethnique, des croyances imposées, des traditions, et qu'enfin, enfin on peut penser seul, debout, alors, alors seulement on peut voir la beauté de ce pays où l'on a grandi tous ensemble, la saveur d'un simple pain maison avec cinq sous de beurre, la lumière de nos lagons, mais aussi la pauvreté de nos enfants, l'incroyable stupidité de nos dirigeants politiques et religieux… l'indépendance c'est aussi se mettre debout, seul si nécessaire, et de brandir le poing vers nos oppresseurs.

Eric / 47ans - Australie Orientale

40 ans Maurice (extrait)

(…) Le Mauricien est généreux, bon, pacifique et aimant. Ce qui nous manque, c'est la foi. Pas une foi religieuse, la foi en ce que nous sommes au fond de nous-même. Cette foi pourrait nous permettre de ne plus écouter ces voix discordantes qui distribuent les torts et partagent les peurs. (…)

Mon rêve pour mon pays, c'est qu'un jour nous puissions avoir une personne à la tête du gouvernement qui donnera la possibilité aux artistes du pays de créer une Ame pour le pays. Avoir un dirigeant qui, au fond de lui, comprendra que les œuvres des artistes sont éternelles. Les œuvres des artistes sont les moteurs des industries touristiques du monde entier. (…)

Pascal Lagesse