Week-End/SCOPE

VENDREDI 2 MAI 2008 les humeurs de chloé


LES HUMEURS DE CHLOÉ

Regard naufragé

Je meurs d'amour pour toi. Les derniers mots que me marmonne mon mec. Daphnis descend du bus et se plante à ma hauteur. On se dévisage à travers la vitre terreuse. Bouille tristounette et mine de jacquot chagrin. Ça me fend le cœur de pas pouvoir le suivre au pays des koalas. J'ai pas pu retenir mes larmes quand cet engin a redémarré… sans mon ange à mes côtés. J'sens l'enfer s'ouvrir sous mes pieds dans ce tape-cul sans clim'. Boucan infernal.

Ce tacot me torture les tympans. Un bourreau avance vers moi et me décoche une œillade assassine. Lui colle mon ticket sous le nez pour que ce tourneur de manivelle aille tailler sa carte ailleurs. Et me laisse chialer en paix ! Les paupières closes et j'me retrouve à nouveau sur la plage où nous sommes tapis. Premières lueurs du jour. Les yeux scrutant son regard naufragé. Me laisse guider au son de sa voix vacillante. Des mots et des émotions.

La poisse me suit à la trace. Daphnis dit ne pas vouloir vivre une relation à distance. Ne pas pouvoir supporter être loin de moi. Loin des zieux, loin du cœur. Un océan nous sépare déjà. La mer me prendra sans doute mon homme. Il veut voguer. Larguer les amarres. Se sent comme prisonnier emprisonné sur une terre minuscule. Crotte de nez sur la mappemonde. Bout de terre où on passe sa vie à tuer son corps pour du pain du beurre. Sans toujours avoir l'argent de son labeur.

J'lui dis ne pas avoir les thunes pour rêver d'ailleurs et aux herbes plus vertes. Y'me lance aussi sec que c'est pas un blème. Que je n'ai qu'un mot à dire… Non. J'ne le veux pas ! Mes parents vont lâcher ma course si j'me pointe la gueule enfarinée et leur proclame que j'me marie à un mec avec qui je tchake depuis quatre mois. Un fou amoureux prêt à payer mon billet d'avion. Y'me propose mieux que décrocher la lune de miel… les dorées dunes de sables et de vastes étendues où sautille une flopée de kangourous !

Après quoi je leur dévoilerais le pot aux roses : j'oublie de vous dire maman-papa que vous êtes invités à notre fête d'adieux. J'vous ai pas dit que je me taille en Australie avec lui ? Eh ben, si ! J'imagine déjà la scène. Obscène. Et Daphnis qui veut qu'on parte un seul allé. On reviendrait que quand on aura assez de blé pour rouler en Porsche ou en Ferrari ! Non, mon amour. J'regrette de ne pouvoir te suivre dans cette aventure. L'Eldorado, ce sera sans moi.

On se barre pas comme ça vers des ailleurs inconnus avec des fantasmes de monde meilleur. Même si ça craint plutôt ici, ce sera toujours chez nous. Aucun xénophobe n'peut nous déballer un truc du genre : rentre chez toi, espèce de Mauricien ! Daphnis me sort qu'au moins on sera considéré comme Mauriciens !

Okay. Nous avons des communalistes et des politicards qui abusent de notre confiance. Qui rabâchent les mêmes palabres sur les estrades depuis des lustres. Nullité dans l'adversité !… au lieu d'unité dans la diversité. Parlons pas de leur lacune en calcul de foule aux meetings.

Est-ce pour autant mieux ailleurs ? Ceux qui reviennent au pays bourrés de fric racontent-ils toujours les crasses qui leur sont arrivées ? Je me tâte encore. J'suis quitte fois en train de faire une méga connerie… Laisser filer une occaz en or massif… Passer à côté de l'histoire de ma vie.

Câlin

Chloé