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VENDREDI 25 AVRIL 2008
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interview
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INTERVIEW : MICHEL CUNDASAWMY - PILS
"Le déni et les préjugés sont
encore très présents"
Très prochainement, Prévention Information et Lutte
contre le SIDA (PILS) se lancera dans du porte-à-porte.
L'objectif, rendre l'information accessible à un plus grand
nombre pour lutter contre le VIH, la discrimination, la stigmatisation,
l'ignorance et la bêtise qui persistent. Nouveau président
de PILS, Michel Cundasawmy continue le formidable travail déjà
entrepris, en soulignant l'importance de l'éducation à
tous les niveaux. Surtout auprès des jeunes qui gagnent
en vulnérabilité. Memdre de l'association depuis
plusieurs années, il dénonce aussi les lacunes qui
persistent au niveau de l'administration et du personnel médical.
Comment expliquer que la lutte contre le VIH bute toujours
contre ces mêmes problèmes qui perdurent depuis des
années ?
La lutte contre le VIH est un problème complexe qui ne
se contente pas de solutions simples. Une des clés dans
une riposte efficace est une information de qualité dispensée
à longueur d'année et, en particulier, auprès
des groupes les plus vulnérables. Ce qui est encore loin
d'être le cas à Maurice. Cela passe par l'implication
de tous les acteurs d'une societé. Bien entendu, la société
civile a un rôle important à jouer, mais également
les politiques. Nous sommes à Maurice sur la bonne voie,
mais le déni de l'épidémie et les préjugés
sont encore très présents chez nous. C'est un combat
de longue haleine.
Quelle stratégie adopter pour lui permettre d'avancer
de manière plus efficace ?
J'ai toujours milité au sein de PILS pour une meilleure
éducation dans les écoles, dans les centres communautaires,
etc. Si on ne donne pas une éducation sexuelle et une éducation
correcte à l'école, si on ne devient pas moins hypocrites
sur des sujets telles la sexualité et la toxicomanie, nous
n'avancerons pas. Tout découle de là. C'est ce que
nous renforcerons avec notre projet de caravane prévu pour
la fin de l'année et le projet SIDAWARE que nous lançons
fin avril. Il faut une meilleure communication, des campagnes
de prévention plus ciblées : autant de choses qui
aideront à éradiquer la stigmatisation, l'ignorance.
Le ministère de la Santé devrait collaborer avec
le ministère de l'Éducation sur cette question.
Cela nous prendra des années avant que l'on ne parvienne
à couvrir toutes les régions du pays. On ne peut
tout faire. Il y a une demande au sein de la population, nous
tenterons d'y répondre à notre niveau car nous ne
comptons pas attendre que les choses se fassent pour nous. D'où
notre souhait pour une meilleure collaboration avec des structures
du gouvernement, les écoles, le corps médical. Il
est aujourd'hui inconcevable que le personnel soignant réagisse
comme il y a vingt ans face à une personne vivant avec
le VIH
pourtant, on ne peut parler de méconnaissance
à ce niveau
Effectivement ! Mais, certains dans le corps médical choisissent
de patauger dans la méconnaissance alors qu'ils ont accès
à l'information et à la formation. Et puis, tout
médecin fait le serment de s'engager à soigner tous
les malades indistinctement. Mais, on a toujours des cas où
des membres du personnel médical refusent d'opérer
un patient qui vit avec le VIH. On n'arrive pas à comprendre
cette attitude. Nous parlons là de discrimination pure
et dure. Et nous avons au moins un cas qui nous est rapporté
chaque semaine. Nous avons récemment eu le cas de ce diabétique
à qui un médecin a refusé une amputation
parce qu'il est séropositif. Qu'adviendra-t-il du malade
? Comment combattre cette situation ? Là, on bute. Le gouvernement
doit ouvrir les yeux sur ce problème.
Puisque la loi considère désormais la discrimination
vis-à-vis des personnes vivant avec le VIH comme un acte
criminel, le pays devrait-il opter pour la ligne dure afin de
faire avancer la situation ?
En tant qu'ONG, nous ne pouvons pas nous porter partie civile
et mener des poursuites. Seule la personne qui est discriminée
peut porter plainte. Bien entendu, nous sommes prêts à
soutenir les personnes qui souhaiteraient mener des actions légales.
Il serait dommage qu'on doive en arriver là. Mais, si ce
type d'action peut amener à un changement de comportement,
alors, nous le ferons. Il serait quand même plus simple
que le personnel soignant agisse en fonction de ce que l'on attend
de lui. Mais, encore une fois, l'infection au VIH nous montre
qu'à ce niveau, rien n'est vraiment simple.
Et comment se portent les relations entre PILS et les structures
de l'État mises en place pour la lutte contre le VIH ?
Les choses pourraient se passer beaucoup mieux. Mais, nous sommes
sans cesse confrontés à la lenteur d'une administration
sclérosée, sans compter les luttes de pouvoir et
la politique politicienne qui se poursuivent. Le colloque VIH
OI se tiendra les 10, 11 et 12 novembre prochain à Maurice
et il revient aux autorités de tout mettre en uvre
pour faire de ce rendez-vous un succès. Pour l'instant,
il n'existe toujours pas de comité organisateur. Un des
gros problèmes est que le National AIDS Committee (NAC)
ne se réunit plus aussi régulièrement. Présidée
par le PM et regroupant différents ministres, cette structure
a pour objectif de s'assurer de la coordination des actions dans
la lutte au niveau national. Certes, le PM a créé,
sous son autorité, le National AIDS Secretariat (NAS),
mais celui-ci manque de ressources humaines pour être en
mesure d'être réellement efficace. J'ai l'impression
qu'il manque également au NAS le pouvoir d'agir comme il
le voudrait. De son côté, la AIDS Unit, qui dépend
du ministère de la Santé, a également son
rôle à jouer. Nous avons donc deux structures et
je ne sais pas comment les choses se passent entre elles. J'ai
l'impression que leurs relations ne sont pas au top. Le problème
c'est qu'au sein même du gouvernement, on note qu'il n'y
a pas une cohérence. Il n'y a pas de guerre entre le gouvernement
et nous, il y a des gens compétents qui nous ouvrent les
portes. Mais, il y a une certaine réticence d'accepter
que PILS soit un outil d'intérêt public aujourd'hui
à Maurice. Et, surtout, d'accepter à ce que PILS
mette en avant les raisons des dysfonctionnements dans la lutte
contre le sida
Pour en revenir à PILS, quelles sont vos priorités
du moment ?
Des priorités, nous en avons plusieurs en même temps.
Le travail est réparti au niveau de différentes
cellules où les tâches comprennent l'aide et l'encadrement
au patient, la prévention, l'information, la communication.
L'une de nos priorités est de continuer le travail visant
à encourager les personnes vivant avec le VIH à
se prendre en main. Dès le départ, il faut les former
et leur donner des outils en mains pour qu'elles sachent comment
vivre de manière positive. Chez PILS, nous sommes là
pour donner l'information et leur apprendre comment vivre avec
la maladie sans avoir peur du regard des autres. Aujourd'hui,
il est beaucoup plus difficile d'attraper le virus que de s'en
protéger. L'entourage aussi de la personne doit être
formé. La stigmatisation demeurera tant que l'ignorance
et la peur seront là ! Nos débutons toujours nos
sessions de prévention en parlant de peur. La peur est
le résultat de l'ignorance. Si on sait au-devant de quoi
nous allons, la peur n'existe plus. Nous voulons aussi amener
les séropositifs à prendre conscience qu'ils ont
des droits et des devoirs, et que la vie est loin d'être
finie lorsqu'on a contracté le VIH. C'est un travail très
dur. De plus en plus de nouveaux cas émanent aujourd'hui
des régions défavorisées. Ce sont des personnes
qui sont souvent rejetées par leurs familles et qui sont
déprimées. Il faut leur apprendre à faire
face à tout cela. Le séropositif doit trouver sa
place en société. La stigmatisation ne fait rien
pour aider. Et il y a aussi le regard de l'autre. C'est pourquoi
notre psychologue leur apporte un encadrement. Mais, ce n'est
pas suffisant. C'est dommage, mais on a tendance à dire
"Tu l'as cherché, tu l'as eu !" Ça,
non plus, ne fait rien pour aider.
Les statistiques du gouvernement désignent les jeunes
comme étant un groupe très vulnérable face
au VIH. Qu'est-ce qui explique cette situation alors que l'information
leur semble davantage accessible ?
Le relâchement de la vigilance des jeunes m'inquiète.
Que ce soit par rapport à l'usage d'un préservatif
ou de tout acte pouvant les protéger. Nous assistons peut-être
à une banalisation, mais c'est un phénomène
lié à un changement dans le mode de vie. Le jeune
change ! Le monde moderne fait que cela pourrit un peu les choses.
Les jeunes deviennent matérialistes, ils font des choses
qui étaient moins présentes dans la société
dans le passé. La mondialisation détruit les rapports
humains. Tout est un peu robotisé, le portable, l'Ipod
sont devenus prioritaires et on laisse à côté
les choses humaines et essentielles. Il faut non seulement plus
de sessions d'information à l'intention des jeunes, mais
il faut leur apprendre le civisme. L'usage d'un préservatif
devrait être considéré comme un geste civique.
Le jeune devrait avoir davantage accès à l'information
et être mieux éduqué.
Que souhaiteriez-vous dire aux parents et éventuellement
aux pédagogues ?
Arrêtons de pratiquer la langue de bois. Le monde a évolué,
le jeune a changé. Il se développe plus rapidement.
Arrêtez de croire que parler de sexe à un jeune va
le choquer, le traumatiser ou en faire un pervers. Ne croyez pas
que lui n'en parle pas. Ces histoires de vidéo-clips qui
circulent sur téléphones portables n'alertent-elles
pas les parents ? Faisons face à la réalité
! Éduquons les enfants correctement. Il n'y a pas que le
succès académique et matériel qui compte
dans la vie. L'éducation, c'est un tout. Arrêtons
de nous enfermer dans ces bulles où l'on croit que tout
est beau et parfait. L'éducation des parents aussi est
à faire. Aujourd'hui, grâce à la télé,
à l'internet, les parents peuvent s'informer à leur
tour. N'interdisez pas à vos enfants des choses que l'on
vous avait interdites dans le passé, apprenez avec vos
enfants. Il y a un changement en cours, acceptons-le, soyons zen.
En vous basant sur les réactions que vous rencontrez
lors des activités de PILS, direz-vous que les Mauriciens
sont conscients de la réalité du VIH ?
Non ! Le sida reste encore "l'affaire des autres",
"pou banne la." Heureusement que l'on arrive
à toucher davantage de monde par la prévention.
Plus il y aura de personnes au courant, plus la stigmatisation
disparaîtra. C'est seulement en faisant reculer la stigmatisation
que l'on pourra mettre en place une politique cohérente
de prise en charge globale des personnes vivant avec le VIH. Prise
en charge ne voulant pas dire assistanat, mais soins, soutien
et respect.
Qu'est-ce qui conduit une personne à s'engager dans
la lutte contre le VIH et de la continuer après plusieurs
années ?
Je suis un idéaliste. Je suis conscient qu'un monde idéal
où tous mangeront à leur fin, s'éduqueront
correctement et ne feront plus de mal aux autres ne peut exister.
Mais, mon désir de voir tout cela se concrétiser
fait que je suis dans la lutte contre le SIDA. J'ai pris ce train
alors qu'il était déjà en marche à
Maurice. Pour combien de temps encore, je ne sais pas. Je m'y
sens bien, je ne prétends pas détenir la solution
ou être un érudit en la matière. Mais, à
mon humble niveau, je fais ce que je peux. Je suis content de
voir de nouvelles organisations comme le Collectif Urgence Toxida
et Le Candlelight Memorial se mettre en place et de voir de plus
en plus de monde se sentir concerné. On se sent moins seul
et c'est très important.
Sidaware
C'est un peu comme le font les vendeurs des fameux bols en plastique.
Sauf que cette fois, quand l'on frappera à votre porte,
ce sera pour vous donner de l'information et répondre à
vos interrogations. C'est ainsi que se définit Sidaware,
la nouvelle campagne de prévention et d'information que
lancera prochainement PILS. Ses volontaires se rendront ainsi
directement dans les foyers pour parler du sujet et pour donner
l'occasion à un plus grand nombre de Mauriciens d'être
équipés pour vivre de manière positive face
au VIH & SIDA. Un projet qui mérite, une fois de plus,
d'être salué et encouragé.
Le lancement de la campagne est prévu le samedi 26 avril
au Centre de Formation de Médine, Beaux Songes.