On connaissait la dépendance au tabac, aux drogues ou encore
à l'alcool, mais depuis une dizaine d'années, on
constate de nouvelles formes de dépendance. Jeux vidéo,
internet, portable, shopping
Elles sont dites comportementales,
mais sont tout aussi destructrices.
Gilbert est revenu de loin, selon ses propres mots. Il n'a jamais
touché à une seule substance illicite et, pourtant,
il a failli voir sa vie basculer. "Un jour, au bureau,
les copains ont voulu essayer le chat. On a commencé
à communiquer avec des inconnus, on a donné de fausses
identités, des réponses farfelues
on a bien
rigolé." Un jour, alors qu'il est seul au bureau,
il décide de tenter à nouveau l'expérience.
Il est loin de se douter qu'il met un pied dans la spirale de
la dépendance. "C'est devenu de plus en plus fréquent.
Avec le temps, j'en suis arrivé à communiquer avec
une seule personne. Une femme. Et les échanges devenaient
de plus en plus intimes. Ça a dure des mois."
Séquelles. Notre interlocuteur confie qu'à
partir de ce moment-là, il commence à consacrer
encore plus de temps au chat. "Au bureau, j'étais
décroché ; à la maison, je surveillais la
moindre occasion que ma femme avait le dos tourné."
Mais, un jour, celle-ci fait irruption dans la chambre et découvre
le pot aux roses. "Vous pouvez imaginer la scène
! J'avais beau essayer de lui expliquer qu'il ne s'agissait que
d'un chat, mais elle n'a rien voulu entendre." Ce
"scandale" mis au grand jour, Gilbert dit s'être
senti coupable. "Je ne me suis plus jamais connecté,
je ne veux même plus en entendre parler. J'ai failli perdre
ma femme pour des bêtises."
Influence. Cette mésaventure de Gilbert traduit
une réalité bien présente dans notre société.
Internet, tout comme les médias, influence beaucoup les
comportements de nos jours. Si Gilbert, lui, dit s'être
arrêté au chat tout court, d'autres vont beaucoup
plus loin : sites pornographiques, chat érotiques.
Même quand le sexe n'est pas en jeu, l'internet représente
une forme de dépendance potentielle : jeux en ligne, shopping,
musique
La personne dépendante peut même manifester
de la nervosité tant que son quota de surf n'est pas atteint.
Shopping. Dans la société moderne, il n'y
a pas que l'Internet. Jessica est, elle, accro au shopping. Si
elle ne se dit pas dépendante pour autant, elle avoue aimer
faire les magasins, reconnaissant pouvoir dépenser jusqu'à
Rs 10 000 par mois pour se faire plaisir. Elle ne considère
pas cet intérêt comme une passion, ni un défaut.
Elle aime. Un point, c'est tout. Jessica n'attend pas la fin du
mois, comme d'autres, pour faire son shopping. Dans certains cas,
elle peut se rendre au magasin toutes les semaines. "Cela
depend de la chance, quand je vois something vraiment joli,
je l'achète." Vêtements, chaussures, produits
cosmétiques
, la plupart des achats lui sont destinés
: "70% pour moi, 20% pour mon copain et 10% pour les autres."
De même, elle avoue que la plupart du temps, elle ne
prend pas le temps de réfléchir avant d'acheter.
"J'adore now, donc j'achète now !",
dit-elle sans détour.
Contrairement à Internet où les accros optent pour
l'ADSL, la dépendance au shopping a un enjeu important
: l'argent. Jessica n'a pas franchi ce seuil puisqu'elle arrive
encore à gérer son argent et ne s'endette pas, même
si elle utilise une carte à débit.
Mécanisme. Mais, attention, de l'achat compulsif
à la dépendance, il n'y a qu'un pas. Comme pour
l'alcool ou le tabac, la dépendance s'installe sournoisement
sans qu'on s'en rende compte. "Nous avons tous les jours
les témoignages de femmes qui disent avoir pris un verre
pour le plaisir, mais qui, après, se sont retrouvées
dans la spirale de la dépendance", dit Pamela
Sinapen, thérapeute à Étoile d'Espérance.
Car le mécanisme de la dépendance est le même,
quel que soit l'objet en jeu. Lorsque la personne s'adonne à
l'activité en question, elle ressent du plaisir. Le cerveau
libère alors de la dopamine, l'hormone du plaisir. Elle
va agir sur le mental en procurant un sentiment de bien-être.
Le simple souvenir de cet état peut pousser à renouveler
l'expérience.
"La dépendance amène à être
aveugle. La personne a des comportements négatifs et croit
que c'est toujours elle qui a raison." Ce qui explique
pourquoi l'addict s'enferme petit à petit dans un schéma
de solitude. Il se met à l'écart des autres pour
ne pas subir des reproches. "Pendant ces moments-là,
la personne est centrée sur elle. Il n'y a que son plaisir
qui compte. Elle ne voit rien autour. Elle néglige sa famille.
La dépendance devient comme quelque chose qui lui colle
à la peau." Avec le temps, l'addict perd tout
contact avec la vie réelle. Ses relations avec son entourage
se détériorent et son travail peut en pâtir.
La vie ne tourne plus qu'autour de l'objet de sa dépendance.
Déclic. Pour s'en sortir, poursuit Pamela Sinapen,
il faut un déclic. "Il faut que la personne réalise
par elle-même que ce qu'elle est en train de faire n'est
pas bien. À ce moment-là, il y a une motivation
pour s'en sortir." Mais, cela ne se fait pas en un jour.
C'est un travail de longue haleine. On ne traite pas les dépendances
comportementales de la même manière que les dépendances
aux produits comme la drogue ou l'alcool. Dans les deux cas, il
est d'abord nécessaire d'évaluer l'addiction et
ses répercussions sur la vie de la victime. Il faut ensuite
réapprendre à vivre avec l'objet de son addiction.