Jadis interprété dans les temples du sud de l'Inde
par les devadasis, danseuses ayant dédié leur vie
et leur art aux dieux, le Bharata Natyam a aujourd'hui dépassé
l'enceinte des temples pour gagner la scène. Yogendri Veerapen,
jeune exécutante de cette discipline, nous conte sa passion
pour l'une des plus anciennes danses classiques indiennes.
18 ans, des rêves pleins la tête, Yogendri Veerapen
avoue ne vivre que pour la danse. Se voulant différente
des jeunes de son âge, elle s'est tournée vers la
plus ancienne forme de danse classique indienne. "Ceux
de ma génération pratiquent surtout le hip hop ou
le rap. Moi, j'ai voulu me consacrer à la danse traditionnelle
indienne, riche en couleurs et en significations." La
pratique du Bharata Natyam est un moyen pour elle de se détendre,
de faire le vide autour d'elle.
Soliste. Trouvant sa source dans l'Inde du Sud, le Bharata
Natyam est une danse de soliste. La chorégraphie, composée
de 6 tableaux, a été établie par la tradition.
Yogendri utilise tout son corps, son visage et ses yeux. Elle
suit les règles de la nritta, danse abstraite qui
découpe géométriquement l'espace en des enchaînements
de pas pour la gestuelle corporelle et celles de la nritya,
qui désigne les différentes possibilités
d'opposition ou de flexion des doigts les uns par rapport aux
autres pour la composition des émotions. La danseuse tient
un "discours" direct avec son auditoire, chaque geste
ayant sa signification et devenant intelligible accompagné
de l'expression du visage et du corps qui lui donne alors tout
son sens.
Apprentissage. Maîtriser les différents mouvements
requiert volonté et patience, car l'apprentissage est très
long et demande énormément de temps. Yogendri s'accorde
deux heures quotidiennement pour la pratique de la danse. Pour
la jeune danseuse qui réalise elle-même ses chorégraphies,
rien n'est difficile quand on est animé par la passion
et la volonté. "Le temps que je consacre à
ma passion n'est rien comparé au plaisir que me procure
la danse." Son maître, ce sont ses CD qu'elle achète
de l'Inde, et son public c'est le miroir devant lequel elle danse
tous les jours pour se perfectionner. Bien qu'étant passionnée
de danse traditionnelle, Yogendri n'est pas moins intéressée
par les nouvelles technologies. C'est sur internet qu'elle élargit
sa recherche de musiques pour pratiquer le Bharata Natyam.
Complexes. Si Yogendri affirme ne jamais avoir le trac
sur scène, elle confie toutefois qu'elle a éprouvé
quelques complexes au début. "J'avais peur que
mon niveau ne soit pas à la hauteur des professionnels."
Ses complexes, elle les a vite fait oublier.
Encouragée par sa famille, elle danse régulièrement
lors de festivités religieuses. Récemment, elle
s'est produite au Théâtre de Port-Louis pour la célébration
du nouvel an tamoul.
Conciliant ses études au collège Maurice Curé
et le Bharata Natyam, Yogendri veut promouvoir cet héritage
culturel auprès des jeunes. Son souhait : devenir une professionnelle
et ouvrir son école de danse pour ainsi partager sa passion
avec d'autres.