Week-End/SCOPE

VENDREDI 25 AVRIL 2008 danse


YOGENDRI VEERAPEN : BHARATA NATYAM

La danse infuse

Jadis interprété dans les temples du sud de l'Inde par les devadasis, danseuses ayant dédié leur vie et leur art aux dieux, le Bharata Natyam a aujourd'hui dépassé l'enceinte des temples pour gagner la scène. Yogendri Veerapen, jeune exécutante de cette discipline, nous conte sa passion pour l'une des plus anciennes danses classiques indiennes.

18 ans, des rêves pleins la tête, Yogendri Veerapen avoue ne vivre que pour la danse. Se voulant différente des jeunes de son âge, elle s'est tournée vers la plus ancienne forme de danse classique indienne. "Ceux de ma génération pratiquent surtout le hip hop ou le rap. Moi, j'ai voulu me consacrer à la danse traditionnelle indienne, riche en couleurs et en significations." La pratique du Bharata Natyam est un moyen pour elle de se détendre, de faire le vide autour d'elle.

Soliste. Trouvant sa source dans l'Inde du Sud, le Bharata Natyam est une danse de soliste. La chorégraphie, composée de 6 tableaux, a été établie par la tradition. Yogendri utilise tout son corps, son visage et ses yeux. Elle suit les règles de la nritta, danse abstraite qui découpe géométriquement l'espace en des enchaînements de pas pour la gestuelle corporelle et celles de la nritya, qui désigne les différentes possibilités d'opposition ou de flexion des doigts les uns par rapport aux autres pour la composition des émotions. La danseuse tient un "discours" direct avec son auditoire, chaque geste ayant sa signification et devenant intelligible accompagné de l'expression du visage et du corps qui lui donne alors tout son sens.

Apprentissage. Maîtriser les différents mouvements requiert volonté et patience, car l'apprentissage est très long et demande énormément de temps. Yogendri s'accorde deux heures quotidiennement pour la pratique de la danse. Pour la jeune danseuse qui réalise elle-même ses chorégraphies, rien n'est difficile quand on est animé par la passion et la volonté. "Le temps que je consacre à ma passion n'est rien comparé au plaisir que me procure la danse." Son maître, ce sont ses CD qu'elle achète de l'Inde, et son public c'est le miroir devant lequel elle danse tous les jours pour se perfectionner. Bien qu'étant passionnée de danse traditionnelle, Yogendri n'est pas moins intéressée par les nouvelles technologies. C'est sur internet qu'elle élargit sa recherche de musiques pour pratiquer le Bharata Natyam.

Complexes. Si Yogendri affirme ne jamais avoir le trac sur scène, elle confie toutefois qu'elle a éprouvé quelques complexes au début. "J'avais peur que mon niveau ne soit pas à la hauteur des professionnels." Ses complexes, elle les a vite fait oublier. Encouragée par sa famille, elle danse régulièrement lors de festivités religieuses. Récemment, elle s'est produite au Théâtre de Port-Louis pour la célébration du nouvel an tamoul.

Conciliant ses études au collège Maurice Curé et le Bharata Natyam, Yogendri veut promouvoir cet héritage culturel auprès des jeunes. Son souhait : devenir une professionnelle et ouvrir son école de danse pour ainsi partager sa passion avec d'autres.


Déclic

Entre Yogendri et la danse existe une longue et belle histoire. Ses premiers pas de danse, elle les fait à 5 ans. Elle s'initie alors à plusieurs styles, mais le déclic pour la danse traditionnelle indienne s'opère lors d'un pèlerinage en Inde, où elle a l'occasion de voir s'exécuter des professionnels indiens. De retour à Maurice, Yogendri repense encore à cette danse. C'est ainsi qu'en se réveillant un matin, elle annonce à sa mère qu'elle veut faire de la danse classique. "Ma famille a tout de suite acquiescé. Je dois avouer que mes parents tiennent un grand rôle dans mon parcours artistique." Sa mère lui a confectionné son premier costume.