Week-End/SCOPE

VENDREDI 18 AVRIL 2008 musique locale


MUSIQUE : LOCALE

Valoriser la création mauricienne

C'est avec cet objectif que Scope a fait, dès le départ, de la musique locale un de ses piliers. 20 ans en arrière, les chanteurs de séga ne se bousculaient pas sur les chaînes de radio ou dans les rédactions. Scope a voulu ouvrir la voie. Permettre aux artistes locaux de faire connaître leurs talents et, par là-même, faire tomber les préjugés.

Tambours et vêtements africains sont à la Une du 10e numéro de Week-End Scope. Après quelques éditions où portraits et cinéma figurent sur la couverture, le magazine commence à trouver sa voie. Mo mam twa est, à cette époque, un jeune groupe, mais déjà très populaire. Avec d'autres artistes "aux racines africaines", le groupe de Plaisance participe à une tournée à travers l'île. Derrière le projet : un certain Percy Yip Tong. Fraîchement rentré de France où il avait travaillé, entre autres, avec Touré Kunda, "il veut faire quelque chose pour la musique moderne locale." À travers la plume du journaliste Thibault de Robillard, il fait passer son message : "Nous sommes tous des Mauriciens, donc, des créoles, sans distinction de race ou de religion, plutôt que des Chinois, Hindous, Musulmans ou Blancs." 20 ans plus tard, le discours n'a pas changé !

Mo mam twa ouvrait ainsi la voie à d'autres. Dès le 11e numéro, les lecteurs découvrent le talent de Jenny Mackay à la Une. Deux numéros plus tard, Thibault de Robillard grimpe, cette fois, dans les hauteurs de Chamarel pour nous ramener la première cassette du groupe Natir, de Chamarel. Une tête de rasta en couverture d'un magazine, en 1989, fallait oser !

Quelques mois plus tard, Percy Yip Tong trouve la perle rare tant recherchée. Un autre rasta qui se fait appeler Kaya et son groupe, Racinetatane. Sa musique est une symbiose de reggae et de séga. Une révolution qui s'étendra dans les îles de l'océan Indien. Octobre 1989, notre ex-collègue Bertrand de Robillard prend l'avion pour La Réunion, où le groupe donne une série de concerts et enregistre son premier album. La suite fait partie de l'histoire de la musique locale.

Au fil des années, Week-End Scope ou Scope - comme se plaisaient à dire tous les artistes et que nous avons finalement adopté - a su réserver une grande place à tous les chanteurs locaux. Quel que soit leur style d'expression. En 20 ans, la musique locale a beaucoup évolué. Nous avons évolué avec elle. De la pertinence de ceux qui ont le génie de la création - à l'instar de Menwar, qui est passé du séga typique à la musique World -, à la susceptibilité des autres, incapables d'accueillir la moindre critique.

D'autres encore étaient encore enfants lorsqu'ils ont fait notre Une et sont aujourd'hui mère ou père de famille et, surtout, artistes confirmés. À l'exemple de Linzy Bacbotte, Star 2000 devenue la Linzy nationale. Elle partage, ce 10 janvier 1992, la couverture avec Dorothée… et son chien ! Sa petite robe rose relevée d'un boléro lui donne une allure de petite fille sage. Mais, c'est sa voix qui lui permettra de surclasser les 15 autres candidats pour enlever le concours Star 2000. Elle avait tout juste 13 ans.

Ces souvenirs sont encore vivants dans la mémoire de celle qui vient de donner un concert à guichets fermés. "Je dois dire que j'ai été très gâtée par Week-end Scope. Je suis contente et fière. Cela fait chaud au cœur de faire partie de cette grande famille. Scope a tout le temps été à mes côtés, à chaque événement, chaque sortie d'album. J'ai toujours eu ma place dans vos colonnes. Même quand je n'étais pas à Maurice. En tant qu'artiste, cela nous encourage dans notre métier qui n'est pas du tout facile. Grâce à vous, je me sens comme une star."

Un an plus tôt, une autre Star 2000 faisait la Une du magazine : Nitin Chinien. Plusieurs albums plus tard et aussi animateur de radio, il dit avoir conservé tous les articles. "J'ai toujours dit haut et fort que Week-End Scope est le seul magazine qui a permis de faire connaître ma vraie personnalité. Jacques Achille est venu me trouver à Goodlands bien des années après Star 2000 et jusqu'à ce jour, en passant par mon parcours artistique à mon traumatisme de brutalités policières, l'équipe de Scope et lui m'ont soutenu. J'ai fait ma thérapie à travers Scope."

Nitin Chinien confie également avoir fait son "éducation culturelle" à travers le magazine, dès l'âge de 9 ans. "Scope a su démontrer une ouverture d'esprit, alors que la société avait des préjugés sur la musique locale." Le chanteur-animateur regrette toutefois qu'avec l'évolution, le magazine n'accorde pas une grande place aux débutants sur sa Une. Il faut, selon lui, continuer à donner la chance aux talents émergeants, comme ce fut le cas dans le passé.


Des premiers pas vers la gloire

Beaucoup de ceux qui ont fait leurs premiers pas dans nos colonnes sont aujourd'hui des artistes confirmés. Pour ce No 1 000, nous sommes allés à la rencontre de certains d'entre eux.


Cassiya. Des débutants, nous en avons vu beaucoup. À l'instar du groupe Cassiya qui faisait timidement ses premiers pas en 1994. "Cassiya, la révélation", écriviait Scope en Une de son édition du 25-31 mars de cette année-là. Un an plus tard, Géraldine Legrand poursuit le suivi et accompagne le groupe pour sa première série de concerts à La Réunion. Depuis, Cassiya est devenu une référence à Maurice et dans la région. Gérard Louis, leader du groupe pendant de nombreuses années, avoue : "Cassiya, comme beaucoup d'artistes mauriciens, ont connu le succès grâce à la contribution de Scope. La couverture représente une grande publicité pour nous. Scope a toujours été là pour faire la promotion de nos albums et de nos concerts."


OSB. 1994 marquait l'année des révélations. Après les bande de Cassis, en mars, Scope consacre sa Une à un autre groupe qui allait émerger en décembre : Ottentik Street Brothers. Avec leur premier album Ragga kreol, ils apportaient une nouvelle expression à la musique mauricienne. Bruno Raya se souvient de cette expérience. "Cet article dans Scope était un rêve devenu réalité ! Pour la première fois, un journal parlait de nous. Et paraître dans Scope, à l'époque, était une grande chose !"

Aujourd'hui encore, poursuit Bruno Raya, le magazine continue a apporter tout son soutien au groupe, cela, même lorsqu'ils sont à l'étranger. "Pour moi, Scope est le magazine du ghetto youth. Dans toutes les cités, tous les quartiers, c'est Scope qu'on lit. Le prix représente un véritable souci de partage d'information aux démunis. Même les jeunes qui vont au collège achètent Scope pour leur éducation culturelle. L'autre jour, j'ai vu des personnes qui ont découpé la couverture avec Morgan Heritage et en ont fait un poster. Scope est une chance pour les artistes mauriciens."


Bhojpuri Boys. 1994 toujours, Bhojpuri Boys sortait son premier album Baja Baje. Une nouvelle fois, Scope est au rendez-vous. Ravin Sowamber, Radhan Ramsaha et Kishore Taucoory sont à la Une du magazine. "Le succès, je le dois principalement à Scope, qui a su cheminer avec moi depuis le début de ma carrière jusqu'à ce jour. Si, aujourd'hui, les gens connaissent les Bhojpuri Boys, c'est grâce au magazine. Scope a su accompagner les nouveaux nés de la chanson, à les faire sortir de l'inconnu et ça je trouve que c'est une grande chose que le magazine a accomplie", avance Kishore Taucoory.


Emtel Bonnto Klip

"Heureusement que Scope existe !" : telle est la première réaction du producteur Richard Hein. Il explique ce point de vue du fait que le magazine a été, pendant longtemps, le seul à consacrer autant d'importance à la musique locale. "Depuis plus de 10 ans, je collabore avec le magazine. Tous les producteurs qui sortent un nouvel album veulent naturellement avoir la couverture de Scope qui représente une bonne publicité."

Lorsqu'il met en chantier le projet Bonnto Klip, c'est sans hésiter que Richard Hein se tourne une nouvelle fois vers Scope pour être son partenaire. "C'était la publication idéale. Il y a la télé, la musique, les jeunes… tous les publics que nous visions se retrouvaient dans Scope." Il souligne également que le response du département marketing a été immédiat. "Cela démontre l'importance que vous accordez à la musique."