|
VENDREDI 18 AVRIL 2008
|
les humeurs de chloé
|
LES HUMEURS DE CHLOÉ
Numéro M
Marches montées quatre à quatre. Troisième
étage. Rédaction de Scope. Ouf ! Y z'ont
pas débuté le briefing sans moi. Me suis creusé
les méninges toute la nuit pour dénicher un sujet.
Sauf que les idées ne se bousculent pas au portillon. Page
blanche et troublant trou noir. Je ramène ma fraise dans
la salle de rédaction
sans le moindre minuscule rikiki
petit sujet. Ce qui est légèrement dramatique. Car
quand vous lisez Scope, nous, on calcule déjà
le prochain numéro.
Une souris verte de rage qui clique et des cliquetis de claviers.
Ô doux bruit qui me marteau-pique le crane. Super
ambiance pour qui à jouer à la louve-garou toute
la nuit. Je lâche un grand bonjour qui trouve pas d'écho.
Ce mutisme est une façon bien à eux de souhaiter
la bienvenue ! Mes collègues ont de drôles de murs.
Mais, y'a pire. On m'avait bien dit qu'on est journaliste 24 sur
24. Pensais pas que ç'aurait été à
ce point.
Ce casseur-nissa de rédac' chef est venu fatigué
mon âme jusque dans mon sommeil. Voilà pourquoi
j'ai mal roupillé. J'suis sur les dents. Se pointer au
briefing sans proposition en offrande
C'est genre discussion
en tête-à-tête avec un fauve qui a les crocs.
Rien de mieux pour réveiller le Führer qui pionce
en lui. Faut jamais froisser sa ligne dictatoriale ! Oups. J'voulais
dire ligne éditoriale. Mille pardons, ô vénérable
Redactor Rex.
Vaut mieux caresser "la bête" dans le sens du
poil sous peine de se faire dévorer tout cru. Ce qui risque
de m'arriver, d'ailleurs. Seule solution : trouver un truc illico
à lui mettre sous la dent ! On dirait que j'suis la seule
à ne pas avoir de sujet ce mercredi. Ça tape dans
tous les sens dans la rédac. Je zieute celle assise en
face de moi. Elle décolle pas les yeux de son écran.
On croirait une pianiste qui pianote sans lever le nez de sa partoche.
Ma collègue connaît la musique par cur et les
touches de son clavier sur le bout des ongles ! Pas comme moi
qui picore les lettres une à une avec deux doigts. J'ai
les boules les mardis aprem à tous les entendre se taper
des sprints pour boucler le mag. Notre monsieur Nature & Pêche
stresse dans son coin. Est à la bourre sur son article
sur je-ne-sais quelle bestiole. Ce Mancunien chronique se dit
un objectif regardeur de foot. Jamais ne se prend la gueule avec
son confrère, Monsieur Livre & Parution.
Celui-ci passe son temps à proférer des cochoncetés
dès son texte rendu et corrigé par notre édifiante
correctrice. Parfois, le big boss adjoint passe zieuter nos pages
à la technique. Mardi aprem, on me convie au montage. Histoire
d'écrire des légendes sous les photos. Après
impression des plaques, tout est expédié à
la presse. Et le lendemain, Scope est entre vos petites
menottes.
Bien bon tout ça ! Sauf que j'ai toujours pas de sujet,
moi. Shit alors ! Je croise notre Mademoiselle Mode qui cherche
activement Monsieur le chauffeur et Monsieur le photographe. Elle
a super chance d'avoir un sujet et déjà un
rendez-vous de calé bonheure-bonheure comme ça
Ça va être ma fête. Pas envie de faire le micro-trottoir
cette semaine. Je file un coup de fil à notre illustre
illustrateur. Dommage que Monsieur T soit trop vieux pour moi.
Euh
oubliez ça. Me pose des questions dès
fois quand je reluque les traits sous lesquels T me dessine. Eh
! Je devrais p'tet l'interviewer. Parler de son admirable coup
de crayon et tout le toutim ! Mais, Monsieur le caricaturiste
est du genre pudique. Se défile en me disant que mille
sujets se trouvent juste sous mon nez
Faut que j'abrège
sinon, Monsieur le coordinateur technique dira que je respecte
pas la maquette.
Bisou sucré
Chloé