Week-End/SCOPE

VENDREDI 18 AVRIL 2008 billet


Billet

Aigre-doux !

À l'occasion de ce 1 000e envol, dans des conditions certainement plus sereines que le premier, en novembre 88, je tiens à saluer la jeune équipe de Scope pour son inlassable souci de faire de ce rendez-vous hebdomadaire un d'excellence.

Ce qui, en début d'aventure, se voulait être un magazine de loisirs, doublé d'un guide télé complet - pour les quelques chaînes TV qui pouvaient encore meubler les soirées mauriciennes d'alors - aura explosé, au fil des ans, sur tous les fronts de l'actualité. En privilégiant certes, volontiers, la création artistique locale, tout en restant à l'écoute d'une jeunesse qui a de plus en plus de choses à dire, à proposer. Tout à fait prête, elle-même, à nous guider sur ces nouveaux sentiers qui se rejoignent tous, en fin de compte, sur l'autoroute de l'avenir, seule voie encore possible de progrès aujourd'hui pour toute nation qui se respecte.

En projetant sans cesse de nouveaux talents, qui méritaient pour le moins d'être connus, en bousculant certaines hiérarchies, ici, trop encrassées et, là, trop engraissées par le système, en offrant, enfin, aux autres ce tremplin incontournable qu'est devenu Scope, chacun de ses animateurs aura contribué, à sa façon, à ouvrir toutes grandes les vannes menant à la méritocratie dans nombre de domaines. En effet, sont interpellés, chaque semaine, des jeunes sur des sujets les plus pressants touchant à notre démocratie vivante, qui grouillent d'idées et qui n'ont plus, avec les extraordinaires moyens technologiques modernes, à céder le pas aux plus nantis de la planète sur tout ce qui est ou qui n'est pas. L'immédiateté de l'information et l'accès à la connaissance les plus exclusives sont devenus aujourd'hui choses des plus courantes, relevant presque de la banalité. La différence viendra, demain, là où sera justement provoqué cette petite étincelle, ce petit plus qui nous mènera au-delà du mur qu'on aura, tous, bien voulu construire ensemble, pendant de longues et abrutissantes décennies, sans trop savoir qu'on s'en rapprochait aussi inexorablement. Et qu'on découvre, soudain, planté devant nous. Presqu'infranchissable !

C'est ainsi que certains redécouvrent aujourd'hui toutes les vertus nourricières de la terre, hier trop mangeuse d'eau par ici ou promotrice de fric par là et qu'on voudrait bien tous remodeler, chacun à sa façon, pour parer à d'éventuels creux, demain, entre deux rots bien sonnants ! Ce qui sera, sans doute, à entendre nombre de ténors qui ne semblaient voguer jusqu'ici que sur d'épais nuages : que dis-je, sinon même sur la couche d'ozone, cet autre gros nuage gris-noir - man-made, dit-on ! - toujours flanqué de son inséparable trou menaçant et qui semble, lui, souffrir d'une étonnante élasticité, aussi aiguë que permanente ! Toujours suspendu, cependant, sur notre tête et qui nous a contraint à planter, ici-bas, des briques à la place des choux !

Allez savoir : demain, qui sait, on nous viendra nous proposer en guise de dernier cri (!) une séance Spa cinq étoiles à l'ombre des sapins au cimetière Bigara à Curepipe, ou encore plus bas à St-Jean, un quatre étoiles entre deux dépôts de gerbes bleu-blanc-rouge-mauve, tout près du dernier pied-à-terre de nos aïeux, avec, à la clef, une assurance-bail à longévité accrue… Faudra-t-il peut-être prévoir, là encore, quelques videurs d'occasion pour préserver l'entourage, tout au moins pour ce qui est de la grille elle-même ! Qui s'exporterait, apparemment, plus vite ces jours-ci, sans fard ni quotas, que nos pulls multicolores et notre bon sucre toujours roux !

JACQUES RIVET