À l'occasion de ce 1 000e envol, dans des conditions certainement
plus sereines que le premier, en novembre 88, je tiens à
saluer la jeune équipe de Scope pour son inlassable
souci de faire de ce rendez-vous hebdomadaire un d'excellence.
Ce qui, en début d'aventure, se voulait être un magazine
de loisirs, doublé d'un guide télé complet
- pour les quelques chaînes TV qui pouvaient encore meubler
les soirées mauriciennes d'alors - aura explosé,
au fil des ans, sur tous les fronts de l'actualité. En
privilégiant certes, volontiers, la création artistique
locale, tout en restant à l'écoute d'une jeunesse
qui a de plus en plus de choses à dire, à proposer.
Tout à fait prête, elle-même, à nous
guider sur ces nouveaux sentiers qui se rejoignent tous, en fin
de compte, sur l'autoroute de l'avenir, seule voie encore possible
de progrès aujourd'hui pour toute nation qui se respecte.
En projetant sans cesse de nouveaux talents, qui méritaient
pour le moins d'être connus, en bousculant certaines hiérarchies,
ici, trop encrassées et, là, trop engraissées
par le système, en offrant, enfin, aux autres ce tremplin
incontournable qu'est devenu Scope, chacun de ses animateurs
aura contribué, à sa façon, à ouvrir
toutes grandes les vannes menant à la méritocratie
dans nombre de domaines. En effet, sont interpellés, chaque
semaine, des jeunes sur des sujets les plus pressants touchant
à notre démocratie vivante, qui grouillent d'idées
et qui n'ont plus, avec les extraordinaires moyens technologiques
modernes, à céder le pas aux plus nantis de la planète
sur tout ce qui est ou qui n'est pas. L'immédiateté
de l'information et l'accès à la connaissance les
plus exclusives sont devenus aujourd'hui choses des plus courantes,
relevant presque de la banalité. La différence viendra,
demain, là où sera justement provoqué cette
petite étincelle, ce petit plus qui nous mènera
au-delà du mur qu'on aura, tous, bien voulu construire
ensemble, pendant de longues et abrutissantes décennies,
sans trop savoir qu'on s'en rapprochait aussi inexorablement.
Et qu'on découvre, soudain, planté devant nous.
Presqu'infranchissable !
C'est ainsi que certains redécouvrent aujourd'hui toutes
les vertus nourricières de la terre, hier trop mangeuse
d'eau par ici ou promotrice de fric par là et qu'on voudrait
bien tous remodeler, chacun à sa façon, pour parer
à d'éventuels creux, demain, entre deux rots bien
sonnants ! Ce qui sera, sans doute, à entendre nombre de
ténors qui ne semblaient voguer jusqu'ici que sur d'épais
nuages : que dis-je, sinon même sur la couche d'ozone, cet
autre gros nuage gris-noir - man-made, dit-on ! - toujours flanqué
de son inséparable trou menaçant et qui semble,
lui, souffrir d'une étonnante élasticité,
aussi aiguë que permanente ! Toujours suspendu, cependant,
sur notre tête et qui nous a contraint à planter,
ici-bas, des briques à la place des choux !
Allez savoir : demain, qui sait, on nous viendra nous proposer
en guise de dernier cri (!) une séance Spa cinq étoiles
à l'ombre des sapins au cimetière Bigara à
Curepipe, ou encore plus bas à St-Jean, un quatre étoiles
entre deux dépôts de gerbes bleu-blanc-rouge-mauve,
tout près du dernier pied-à-terre de nos aïeux,
avec, à la clef, une assurance-bail à longévité
accrue
Faudra-t-il peut-être prévoir, là
encore, quelques videurs d'occasion pour préserver l'entourage,
tout au moins pour ce qui est de la grille elle-même ! Qui
s'exporterait, apparemment, plus vite ces jours-ci, sans fard
ni quotas, que nos pulls multicolores et notre bon sucre toujours
roux !
JACQUES RIVET