Week-End/SCOPE

VENDREDI 18 AVRIL 2008 la belle aventure


SCOPE : 1 - 1 000

La belle aventure

Il y a 20 ans, une équipe de jeunes journalistes prenait un pari difficile. Le créneau avait été identifié : la création de Week-End/Scope, un magazine de la famille et des loisirs. Proposer aux lecteurs un produit différent tant par la forme que le contenu n'était pas sans risque. Le numéro 1 000 que vous tenez en main vous conte l'histoire de Scope. Une belle aventure vécue pour donner des émotions et qui s'inscrit dans la continuité.

Pour ce 1 000e numéro, une couverture rouge et en lettres d'or a été imaginée. Toutes les pages d'intérieur sont, comme c'est désormais la pratique, en couleurs… Dire que pour le numéro zéro, lancé le 25 novembre 1988, le tirage était en noir et blanc, avec en couverture Linda de Suza. Distribué parmi des amis, collègues et agences de pub, seulement 500 personnes eurent la possibilité d'évaluer son contenu. Le premier numéro de 64 pages, placé sous la férule d'Ahmad Salarbux, alors rédacteur-en-chef, fut distribué le 3 décembre 1988, gratuitement avec l'édition du Mauricien, tiré à 30 000 exemplaires.

Positif. Le ton adopté par l'équipe rédactionnelle - composée alors de Jennifer Fox, Thibault de Robillard, Michel Ducasse, Percy Kamanah, Joël Toussaint, Vijay Shankar et moi-même - reflétait la fougue d'une jeunesse. Dès la parution du premier numéro, le feed-back fut positif. Le produit avait accroché et conquis. Au prix de Rs 5.00, la parution se faisait tous les vendredis. Scope a aussi vu défiler plein de visages de journalistes et de stagiaires. La liste est trop longue et nous nous excusons de ne pouvoir les énumérer tous.

Vitesse de croisière. Quelques années après, la venue du caricaturiste Deven Teeroovengadum confirmera la place de l'humour dans le magazine. Les pages couleurs ont coïncidé avec l'arrivée de quelques nouvelles têtes et d'une pagination qui est passée de 64 à 84 et, aujourd'hui, à 128 pages. Changement : Scope paraît tous les mercredis.

Trait d'union. Pour ce 1 000e numéro, le magazine est comme un élément, un trait d'union entre nos lecteurs, qui, au fil des années, sont devenus comme une grande famille. Pour ces mêmes lecteurs, Scope a inclus dans son répertoire des plates-formes d'expression : de Carte Blanche à Vibration Zen en passant par le Kestionnaire et des reportages de proximité… Il y a aussi l'intérêt exceptionnel qu'offre le métier tel qu'on le pratique à Scope. Drogue, VIH Sida, on prend le pouls de cette jeunesse, de nos concitoyens. On leur offre des espaces de liberté pour qu'ils puissent s'exprimer. Inbox, sms. Zut, j'oublais… les humeurs de Chloé. Le ton se veut plus pertinent, l'approche originale et les sujets, autant que possible, qui suscitent un intérêt pour le lecteur.

Ambiance. À Scope, nous, journalistes, sommes aussi les spectateurs privilégiés de l'histoire immédiate. En ce moment, l'équipe rédactionnelle - composée de Géraldine Legrand, Khalid Atchia, Thierry Runghen, Pascale Souris, Julien Niven, Karine Raymond et moi-même - mettons la dernière main à la pâte. Pendant que Bouck Pillay et Brahms Mahadea, les photographes, immortalisent sur leur caméra numérique certains clichés précis qui illustreront nos textes. 20 ans après… on a trouvé nos repères. L'ambiance est sereine, l'équipe composée d'ancien (ne) s, Géraldine et moi, et de nouveaux cohabitent à merveille. De gauche à droite de la salle de rédaction, on entend le cliquetis des claviers. Dire qu'en 88, on tapait nos textes à l'aide de la machine à écrire ! "Quoi, pas vrai, tu tapais tes textes avec la machine à écrire ?" s'exclame Pascale, interloquée. Khalid, lui, lance d'un ton malicieux : "C'était l'âge de pierre…"

Parlons-en. Eh oui, il n'y avait pas encore l'internet ni les ordinateurs, encore moins la photo numérique. On connaissait alors pour ses premiers débuts l'angoisse de la page blanche. Sans parler du dead-line imposé. Nos textes, on les écrivait à la main, avant de les taper à la machine. Puis, on remettait nos copies au rédacteur-en chef, qui, après lecture, remettait ces copies aux dactylos. Devant chaque dactylo, il y avait la feuille de manuscrit des rédacteurs, portant ici et là des justifications des maquettistes qui décident en quel type de caractère et sur quelles dimensions le texte doit être dactylographié. Il y avait comme un système de pointillage. À savoir que le corps des textes est imprimé entre 8 et 10 points. 14 points pour les caractères de surtitres, intertitres et sous-titres, et 20 points à monter pour les titres. Tu parles, la galère d'autrefois…

Impression. Faute d'ordinateurs pour le montage, il y avait la photocomposition. 6 composeuses reliées à 3 terminaux. Le texte du journaliste était imprimé noir sur blanc sur un papier spécial, avant d'être monté sur des pages. Toto, un des employés, assurait alors le lien entre le service de photocomposition et la salle des correcteurs. Les originaux restaient à la salle de montage, les épreuves avec les correcteurs.

Si, telle Roselyne Lanfray depuis une décennie, les correcteurs interviennent à partir de leurs ordinateurs, en 1988, la méthode était différente. Ils étaient deux à traquer les "coquilles." Leur technique : le correcteur lisait et corrigeait l'épreuve à voix haute, et le suiveur comparait le texte photocomposé au manuscrit du rédacteur. Alors qu'aujourd'hui, l'ordinateur nous facilite la tâche.

Maintenant, ils sont nombreux à la salle de montage, on ne compte plus les claviéristes. En deux clics, on est déjà au montage. Il suffit juste d'y mettre sa légende sous la photo et de relire son texte. Pour les infos additionnelles, on a aujourd'hui recours à l'internet. Avant, c'était les dépêches de Reuters et les abonnements aux magazines aux librairies.

Exigences. À l'heure actuelle, on devient plus exigeant question photos. On veut des clichés qui puissent illustrer artistiquement et correctement nos textes. On a le temps de cadrer, de chercher un angle nouveau, des décors, de refaire si le résultat - obtenu instantanément - n'est pas celui souhaité. En 88, c'était pas le cas. Georges Michel, le photographe qui a réalisé nombre de couvertures pour Scope, avouait qu'il se contentait d'offrir l'image comme un esthéticien qui maquille tout en rectifiant les défauts.

Spécialités. L'évolution de Scope s'est faite parallèlement à celles de la société, de l'art, télé, mode, société, musique… Du côté musical, l'accent est toujours mis sur le travail des artistes locaux, musiciens, peintres, chanteurs. Le ton adapté à la fois sérieux, pertinent et humoristique. Formule aérée et diversifiée pour le cahier télé, dirigé par Hushna Ramjanally. Les nouveaux prennent leurs marques. Ce qui fait aujourd'hui la différence, c'est le métier, le sens du terrain et la maturité du reporter.

Continuité. Dans une rédaction, il n'y pas que le travail. On vit intensément chaque moment. Comme dirait Pierre Renaud, "quand on est journaliste et qu'on cherche autre chose à la vie que des informations, on doit bien s'arrêter quelque part, reprendre haleine et continuer à vivre." C'est ce que l'on fait présentement à travers le numéro 1 000. Notre mission étant que les 20 ans de Scope s'inscrivent en lettres d'or dans la continuité.