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VENDREDI 11 AVRIL 2008
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interview
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INTERVIEW : MICHEL DUCASSE
"De tendresse, mais aussi de drames"
Le poète Michel Ducasse livre son quatrième recueil.
Musicalité d'une enfance chantée au rythme du temps
qui passe. Autant qu'un chant pour caresser la mémoire
des mots dans les deux sens. Les explications du poète
révèlent l'essence du mot Calindromes, titre
du présent ouvrage.
Comment a commencé l'écriture de Calindromes,
votre 4e recueil ?
J'ai commencé après Soirs d'enfance à
écrire des textes sans structure. Ce sont des textes un
peu éclatés sur un thème ou sur un autre.
Sauf qu'à un moment, j'ai eu envie de sortir un livre et
j'ai mis un peu d'ordre dans ces textes. J'ai demandé à
David Constantin, aussi peintre, de m'illustrer le recueil. C'est
lui qui m'a un peu "obligé" à mettre de
l'ordre dans mes textes pour avoir la cohérence que ça
a maintenant.
Pourquoi Calindromes ?
Ça vient d'un jeu quand j'étais étudiant
en France. On inventait un mot et on lui donnait un sens. À
un moment, je m'étais intéressé à
un texte de Georges Perec, connu pour avoir écrit beaucoup
de palindromes. Dans ce petit jeu qu'on avait à l'époque,
j'ai demandé la signification de calindrome. Palindrome
est un mot qu'on peut lire dans les deux sens, calindrome
est un mot qu'on peut caresser dans les deux sens.
Et qu'avez-vous voulu exprimer dans le cas présent ?
Dans le mot même, on a "câlin" et aussi
"drame". Dans sa préface, Axel Gauvin a bien
dit une chose : ça parle de tendresse, mais aussi de drames,
si on prend des textes en créole comme sité Syber
ou ti-bandi qui parlent des drames de la vie
Le temps passe inexorablement, les gens disparaissent, des moments
qu'on ne vit plus. J'ai la chance d'avoir une fille qui a aujourd'hui
dix ans, ce qui fait que je peux quelque part revivre mon enfance
dans ses yeux. Je peux revivre mon enfance par procuration quand
je la vois découvrir les choses que j'ai découvertes
à l'époque.
Comment définir votre poésie aujourd'hui ?
Ceux qui ont lu mes quatre recueils trouvent une certaine maturité
dans l'écriture. Aujourd'hui, j'écris sur l'enfance,
mais pas de la même façon qu'il y a dix ans. Je me
rends compte que j'écris plus facilement
On retrouve une musicalité dans votre écriture.
La musicalité est présente depuis que j'écris.
Maintenant, ça a évolué. Parce que quand
on écrit à 16/17 ans, on fait un peu ses gammes.
Quand on découvre d'autres poésies, son écriture
évolue notamment sur les jeux de mots
À un
moment, j'en faisais de façon un peu gratuite. Aujourd'hui,
j'essaie de donner plus de profondeur à mes écrits.
L'écriture ressemble un peu à un jeu de grand
enfant chez vous ?
Ce que j'écris reste quand même quelque chose de
ludique, mais, maintenant, ça dépend aussi des thèmes
qui sont abordés. Le chemin des lucioles (partie
du recueil) comporte des textes écrits à des moments
différents pour les enfants et auxquels on peut aussi trouver
de la profondeur. Les textes de Prévert sur l'enfance peuvent,
par exemple, avoir différentes lectures.
Qu'est-ce qui explique chez vous ce fort attachement à
votre enfance passée à Goodlands ?
J'ai été à une école publique
où on était vraiment mélangé. J'ai
été bercé par une enfance rurale à
Goodlands. Sauf qu'à un moment, on s'ennuie un peu, mais
je me rends compte quand j'ai commencé à écrire
que j'avais vraiment une chance formidable d'y avoir véçu.
C'est là que j'ai appris à vivre en communauté.
D'où l'aspect un peu engagé de certains de mes textes
sur le respect de la différence. Ce thème-là
est lié à mon enfance, importante pour moi parce
qu'elle a été heureuse. J'ai souvent tendance à
dire que les écrivains écrivent en général
sur l'enfance ou contre elle. J'ai lu des livres où l'écriture
est une sorte de thérapie après une enfance malheureuse
Pourquoi l'enfance est importante à vos yeux ?
C'est pour moi le moment des premières fois. On ne revit
pas les premières fois. Le premier baiser, on n'en a pas
25 ! On n'aura jamais une deuxième première fois.
Je pense qu'il y a vraiment une importance aux premières
fois. Parce qu'après, on les perd quand on devient adulte
et que le temps passe. On perd aussi cette insouciance. C'est
un moment où on se construit, où on se déconstruit.
Votre lecture de la situation du livre à Maurice ?
(
) Je trouve qu'il y a un problème grave dans l'éducation
mauricienne. Nous avons de plus en plus d'auteurs mauriciens publiés
en France et reconnus. Ces gens-là ne sont pas forcément
au programme d'études. Les manuels de français sont
encore illustrés par des textes traditionnels. On ne va
pas me dire qu'il n'y a pas d'auteurs mauriciens qui peuvent figurer
dans ces manuels scolaires ! Qu'on donne au moins l'occasion aux
enfants de découvrir des textes d'auteurs mauriciens !
Par quel vers voudriez-vous conclure ?
Je reprendrais le vers qui fait l'objet du récit qui conclut
le recueil. C'est un vers d'Aragon où on retrouve de la
tendresse et aussi l'amour des mots. J'ai eu envie de conclure
par ce vers car pour mon prochain texte, je ferai un mélange
de prose et de poésie. L'idée est de faire un recueil
qui raconterait une histoire en vers en prose.
Quel est ce dernier vers de Calindromes ?
Sur le marbre où les mots entre nos mains s'aimèrent.
Calindromes, de Michel Ducasse, est en vente dans les principales
librairies à Rs 300
EXTRAIT
Tes mots m'ont pris par la main
En attente de caresses buissonnières
Sur le pupitre en bois
Déposées les lèvres
De nos baisers sucrés.
Tes mots m'ont dit le grain de ta peau
Parfum de craie couleur sablée
Prénoms aux lettres emmêlées
Je t'aimes, sans s, sans cesse
Tes mots de saveur tendre
Comme la mangue léchée
Avant les fruits défendus.
Tes mots sans mensonge
Sans promesse
Nus dans un regard.