Week-End/SCOPE

VENDREDI 11 AVRIL 2008 artisanat


ARTISANAT LOCAL : CATHERINE MERVEN

L'autre approche

Catherine Merven a su revisiter à sa manière l'artisanat local. À Talents, son kiosque situé dans le nouveau complexe du Caudan, elle travaille essentiellement avec des ferblantiers et des tisseuses de vacoa. Au marché, elle s'inspire des épices pour décorer ses bougies parfumées et sur la plage, elle collecte des coquillages pour en faire des bougeoirs. Du flair, tout simplement.

Le concept de Catherine Merven plaît. Pourtant, elle ne sait ni peindre, ni dessiner et ne s'en cache pas. Sa trouvaille à elle réside en de bonnes idées, celles de réinterpréter notre tradition locale à sa manière. "J'aime aller à la rencontre des gens. Le ferblantier m'inspire quand il découpe le fer-blanc dans de la tôle pour en faire un arrosoir. Mon approche est d'apporter une touche de modernisme au traditionnel. Sur le fer-blanc, j'utilise une teinture de bois. Puis, je prends du papier d'emballage que je commande sur internet et je procède au découpage. C'est la finition qui fait le produit." Catherine Merven pratique l'art du découpage. "On appelle découpage toute œuvre de papier découpé, que ce soit aux ciseaux ou au cutter, qu'il soit composé d'une ou de plusieurs pièces de papier, qu'il soit de couleur pastel ou multicolore. Le découpage puise son inspiration dans le folklore de la vie."

Étapes. Munie d'un arrosoir en fer-blanc, Catherine Merven laisse son imagination vagabonder. Elle a décidé que les motifs de fond pour égayer l'arrosoir seront des fleurs blanches et jaunes. Elle voit déjà où disposer ses différentes couleurs, afin que le résultat donne cet effet de peinture. Avec ses ciseaux, elle coupe les fleurs se trouvant sur le papier d'emballage, les enduit de colle et commence sa technique de collage, en faisant bien attention aux bulles d'air. Plus loin, elle choisira un perroquet. Même travail précis. La même couleur peut se retrouver l'une à côté de l'autre, le tout étant pour notre interlocutrice de maintenir l'équilibre de son œuvre. Elle enduit de nouveau une touche de teinture de bois et le tour est joué. Catherine Merven ajoute : "L'eau, une plume, rien ne peut enlever le motif qui, au final, fait penser à de la peinture d'un artiste sur une toile."

Idées. L'intervenante n'est jamais à court d'idées. Dans une gamelle familièrement connue à Maurice comme catora, elle fait couler de la bougie - qu'elle fabrique elle-même - agrémentée d'un zeste de citronnelle ou de vanille et décore le tout avec des épices locales. Sur la gamelle, elle applique une fois de plus sa technique de découpage. Son papier, tout comme son œuvre, se veut épicé. "C'est surtout le touriste qui est friand de ce procédé. Du coup, il se retrouve avec trois produits en un : catora décoratif, bougie parfumée aux senteurs de notre île et parsemée d'épices se trouvant dans nos marchés. Je travaille aussi la bougie dans du bambou brut qui n'a subi aucun polissage, que je décore de même avec des épices. Idem avec le coco. Mon autre technique a été de prendre la brosse coco qui sert à polir le plancher et à y faire couler de la bougie. On ne se rend pas compte de la richesse que la nature nous apporte en terme de créativité ! Je travaille aussi avec les fruits des vergers du Labourdonnais. Je fais sécher des zestes d'oranges dans de la résine. J'y suspends des fils très minces et au final, on a un superbe rideau ou un objet de déco."

Couleurs. Catherine Merven fait ressortir qu'elle aime aussi observer les tisseuses de vacoa à l'œuvre : "J'adore m'imprégner du travail de la Mauricienne aussi bien que de la Malgache. Je me rends souvent à Madagascar où j'achète de la fourniture pour les sacs. Ce sont surtout les couleurs qui me plaisent, à la fois multicolores et chaudes, dans le ton des îles. À Maurice, je travaille à nouveau le concept en agrémentant les sacs d'une touche locale. Cela peut être des motifs de coquillages ou de la résine que je fais fondre (sous formes d'ananas, de letchis…) et dont je me sers pour décorer un sac."

Cisale. Plus loin, dans sa boutique, on remarque des perruques et des dreadlocks que Catherine Merven a enroulés autour du bambou. "C'est l'aloès ou sisal que je déroule qui me donne cet effet de perruque blonde tressée, à laquelle j'ajoute quelques fleurs de frangipanier. Pour les dreadlocks, je peins sur l'aloès, je fabrique des nattes et j'ajoute des petites boules multicolores. Les gens m'ont dit que c'est surprenant."

Parmi les produits phares du moment se vendant vite : des bijoux faits à partir du verre. "C'est un produit que je fais venir d'Asie. Le travail est comparable à celui de la verrerie de Phœnix et se décline sous formes d'objets comme l'étoile, le poisson, la goutte d'eau… À partir de cette matière - le verre -, je crée une parure correspondant au profil de chaque femme : coquette, in, romantique, etc." Avant de conclure : "Talents, le nom de mon enseigne, met en relief tous les produits de nos artisans et de la nature. Moi, je réadapte l'art traditionnel au goût du jour, selon ma vision et selon mes pensées créatrices."