Week-End/SCOPE

VENDREDI 4 AVRIL 2008 vibzen


VIBZEN

Slam

Lentement, le slam s'intègre dans le paysage artistique et culturel. Raconter sa vie et ses déboires en toute liberté et parler de phénomènes de société sont les thèmes récurrents des slameurs mauriciens. Six étudiants du Lycée Labourdonnais, slameurs, nous expliquent ce que ce phénomène signifie pour eux.

Définition

Lucie Walter, 18 ans : De mon point de vue, le slam, c'est de la poésie moderne. Ça ne prend pas plus d'importance que la poésie, c'est plutôt un autre mode d'expression. J'arrive à dire des choses sur un sujet quelconque grâce au slam.

Aurélie Adèle, 16 ans : Lorsqu'on me parlait de slam, la seule chose qui me venait à l'esprit était Grand Corps Malade. C'est de la poésie en musique. Ça regroupe une grande variété de gens aussi.

Leila Veerasamy, 15 ans : Le slam est une nouvelle manière de s'exprimer. On peut partager ses opinions de même que des bons moments avec des amis à travers le slam.

Cédric Merouani, 16 ans : Pour moi, le slam est une distribution d'idées. On partage ces idées avec un public. On peut aussi parler de poésie libre, qui est présentée sur scène devant un public qui peut critiquer notre œuvre.

Laurent Magon, 16 ans : C'est une manière d'exprimer ses sentiments, une possibilité de se libérer. On peut parler d'expression orale des pensées intérieures sans avoir peur de la réaction des autres.

Loïc Pierre, 17 ans : Un moyen de partager ses émotions à travers quelques phrases. C'est une forme de poésie moderne. On dit ce qu'on pense.

Possibilité d'expression

Lucie : Oui, ça permet de dire certaines choses. Personnellement, c'est une façon de prendre confiance en moi puisque m'exprimer devant les autres s'avère être difficile. Le fait d'avoir participé au Slam interscolaire m'a permis d'être plus sûre de moi.

Aurélie : Possibilité d'expression… pas vraiment pour moi. Je trouve que c'est plutôt de la poésie en groupe.

Leila : C'est le goût de la scène qui m'a fait aimer le slam au début. En gros, c'est une manière de s'amuser semblable au théâtre.

Cédric : En toute franchise, le slam n'a pas été quelque chose d'aussi important pour moi. C'est surtout la possibilité de dire aux autres ce qu'on a sur le cœur qui me plaît. Je peux même slamer à la maison, ce qui est intéressant. Le slam me permet juste de m'exprimer aux autres.

Laurent : Vu que je suis à 100% pour l'expression libre, je pense que le slam permet d'avoir ce partage des sentiments de quelqu'un, aussi une connexion unique avec son public, un message qui passe facilement.

Loïc : Moi, je suis quelqu'un d'assez renfermé. Une fois devant un public, je dis tout ce que je pensais tout bas. Ça sort tout seul, je ne réfléchis plus et je dis clairement ce que j'ai à dire sans aucune pudeur.

Phénomène de mode

Lucie : Spécialement, je ne pense pas parce que pour faire du slam, il faut savoir écrire de la poésie. Il faut une certaine culture et de la créativité pour écrire des choses originales. Tout le monde n'a pas cette capacité d'écrire des poèmes et c'est plutôt les gens cultivés qui le font.

Aurélie : Non, ce n'est pas vraiment un phénomène de mode. Le slam, en fait, on en entend parler, mais de différentes façons. Moi, avant, je pensais que le slam c'était de la musique. De l'improvisation avant tout, mais en musique. J'ai appris à connaître le slam lors du concours interscolaire et je peux dire que ça commence à devenir à la mode.

Leila : Ce n'est pas un moyen d'expression très connu. Il n'y a pas de commercialisation, comme dans le cas de la tektonik. C'est un peu plus un art qu'une mode.

Cédric : Contrairement aux autres, je pense que le slam est un phénomène de mode. Depuis la naissance du slam à Chicago, en 1984, cet art s'est répandu dans le monde. Les gens voyant les slameurs en action veulent leur emboîter le pas. La différence, c'est que le slam n'est pas commercial et un art libre.

Laurent : Les images qu'on a du slam sont différentes. Tout dépend de la personne. Je pense que le slam ne peut pas suivre une mode. Les gens s'approprient l'image qui leur sied le plus.

Loïc : On peut apporter la mode au slam. Il y a différents styles. Moi, j'ai ajouté du rap alors que d'autres ont préféré chanter. Chacun ajoute sa touche personnelle pour se différencier.

Inspirations

Lucie : Ma plus grande source d'inspiration, ce sont mes émotions. Quand j'écris quelque chose, je le fais pas forcément pour moi mais pour les autres. Je peux écrire sur la joie tout comme sur quelque chose de morbide. Ça dépend de mon humeur et de ce que j'écoute comme musique et j'aime particulièrement les artistes français à texte.

Aurélie : Je ne puise pas mon inspiration de quelque chose. J'écris plutôt de force, tout particulièrement quand il y a des concours. J'apprécie quand même Grand Corps Malade.

Leila : Je ne connaissais pas vraiment ce qu'était le slam avant. L'inspiration n'est pas venue en écoutant des artistes connus. Les choses du quotidien ont une grande place dans mes textes. Des choses qui me touchent et la plupart de mes textes parlent en gros de moi, tout cela dans l'humour.

Cédric : Il faut s'adapter au public lors des compétitions. Donc, j'étais un peu forcé de parler sur un thème spécifique. J'aurais bien aimé parler des thèmes qui me tiennent à cœur. La vie de tous les jours et ma vie personnelle me donnent des idées pour écrire.

Laurent : Comme la plupart des slameurs, je m'inspire beaucoup de moi. Qui d'autre peut me connaître mieux que moi-même ? J'exprime souvent mes propres sentiments. Un de mes textes parle du monde d'aujourd'hui ; donc, on a un choix diversifié, dépendant de son état d'esprit actuel. Je ne demande qu'à m'enrichir d'avantage.

Loïc : Je m'inspire de mes sentiments, de mon passé et du présent. J'ai vécu deux ans dans une banlieue en France et je parle beaucoup de ça, comment la vie était dure là-bas. J'ai fait un slam sur les sentiments et aussi sur les enfants qui subissent les erreurs des parents. Vraiment beaucoup sur mon vécu et sur le rap que j'écoute.


Loïc Pierre, vainqueur du concours interscolaire

Timide de nature, Loïc est un garçon. Il ne dit pas ce qu'il pense tout bas, préférant se morfondre sur ses états d'âme. Ce n'est que sur scène qu'il se lâche. "Dans la vie, je suis complètement coincé. C'est le bordel dans ma tête et mon humeur varie rapidement. Je peux être heureux et cinq minutes après, je broie du noir." Il entend parler du concours de slam interscolaire et se lance dans cette aventure, en pensant que c'est une compétition banale, "en m'inscrivant, je ne savais pas dans quoi je m'embarquais. C'est un peu mon amour pour le rap qui m'a aidé." Le jeune homme compte faire un album avec son frère, "juste pour le fun", dit-il. Au final, il remporte le concours et ne s'attendait pas du tout à un tel résultat. Ses slams accompagnés de rap ont fini par séduire le jury.